Mes Univers

12 mai 2018

Modifications du 12/05/2018 :

Ce matin, ainsi que je m'y attendais un peu puisque j'ai passé la commande il y a quelques jours déjà, j'ai reçu mon colis de figurines King and Country du mois de Mai. Ces figurines ont pour but, donc, de venir alimenter les différentes collections de figurines que je suis, depuis longtemps pour certaines, depuis plus récemment pour d'autres. Je n'ai jamais exactement calculé le nombre de figurines que je possède, depuis que j'ai débuté dans ce domaine dérivé de ma passion pour l'Histoire. Je dirai, entre 3200 et 3500 actuellement. Et chaque mois, j'en achète de nouvelles en fonction des nouveautés mises sur le marché pour un ou deux ans, avant leur disparition. En tout cas, ces collections révèlent une facette de mon intérêt pour l'Histoire de France, de l'Europe, et du Monde, depuis la plus lointaine Antiquité jusqu'à nos jours.
 

Z1La première photo ci-jointe dévoile donc une partie de cette collection consacrée à l'Empire Romain. Elle a débuté il y a une quinzaine d'années de cela, alors que je me lançais dans cette aventure. Il s'agit de l'une des toutes premières collections rattachée à King and country. J'en détiens toutes les séries, sauf celles qui sont en cours depuis plusieurs mois. Elles ont été interrompues durant une dizaine d'années, avant que King and country ne la relance en parallèle avec sa collection centrée autour de la vie de Jésus au sens le plus large de cette époque. Elle s'enrichit donc continuellement de nouveau en ce moment puisque deux nouvelles figurines ont été éditées ce mois-ci.

 

Z2Comme le montre cette seconde image de figurines consacrée à cette période de l'Histoire de l'Humanité. Cependant, si la figurine que vous y voyez est seule, c'est parce que c'est la première de la plus récente série liée à l'Empire Romain. Elle se démarque des autres par la spécificité des costumes portés par les soldats que l'on y voit. Cette série est constituée d'une dizaine de figurines. Je commanderai donc et achèterai les suivantes au fur et à mesure des mois à venir.

 

Z3Cette troisième série se réfère à la légende de Robin des Bois, et plus particulièrement aux gardes du Shérif de Nottingham, l'éternel ennemi de ce héros légendaire de l'époque de Richard Cœur de Lion et des Croisades. Pour l'anecdote, un Robin de Locksey a effectivement existé lors de cette période. Mais il s'agissait d'un noble, qui n'a aucunement vécu les aventures qu'on lui prête. Celles-ci ont été inventées de toutes pièces bien plus tard, afin d'alimenter la légende noire de Jean sans Terre - le Prince Jean - dont le règne reste teinté de malheurs et de souffrances populaires dans la mémoire collective anglaise. Il est vrai que Jean sans Terre est un sinistre personnage, dont les méfaits ne se sont pas limités à l'Angleterre, mais également à l'Aquitaine alors possession anglaise. Bref, il me manque encore deux ou trois figurines afin de terminer cette série ; à moins que King and country ne l'augmente prochainement.

 

Z4La quatrième image, elle, se réfère à un autre monument de l'imaginaire littéraire : les Trois Mousquetaires. Cette collection de figurines est parallèle à celle consacrée à la guerre civile anglaise du milieu du XVII ème siècle. J'ai d'ailleurs moi-même longuement étudié cette période, et notamment l'époque de la Fronde en France - 1649 - 1653 - dans le cadre de l'écriture de mon synopsis intitulé "le Crépuscule des Demi-Dieux". En tout état de cause, les Trois Mousquetaires se situent un peu avant, puisqu'il s'agit du règne de Louis XIII et de son principal ministre Richelieu. La figurine que j''ai reçue aujourd'hui, comme le montre cette photo, se trouve être Milady. L'espionne au service de Richelieu et de Rochefort, et ennemie de D'artagnan et de ses amis. Je ne sais pas si, à l'avenir, King and country va continuer de développer des séries de figurines autour de cette époque, puisque Milady est la dernière en date, terminant pour le moment cette collection.

 

Z5Enfin, pour terminer, j'ai également reçu un certain nombre de figurines liées à la période Napoléonienne. Avec la Première et la Seconde Guerre Mondiale - que je ne suis pas - c'est la plus riche et la plus développée. De nouvelles séries sont éditées régulièrement. Et en ce moment, celle qui est sur le devant de la scène est consacrée aux régiments apparaissant sur cette photo. Il me manque encore une dizaine de figurines avant de la conclure. Mais je gage que d'ici là, d'autres séries - sur les ennemis de Napoléon probablement - vont être éditées. Je vais d'ailleurs bientôt devoir réorganiser le positionnement de certaines de ces figurines sur les étagères qui leur sont dévolues, faute de place. Heureusement que j'ai d'autres étagères vides afin de les y mettre en valeur. Cependant, il est vrai que cet espace est de plus en plus restreint. C'est le lot de tout collectionneur, son casse-tête habituel, afin de poursuivre sa passion en toute quiétude...


23 avril 2018

Entretien du mensuel l'Histoire avec Emmanuel Macron ; Avril 2017 :

Z2Réconcilier les Mémoires », Entretien avec Emmanuel Macron :

 

A Orléans, Emmanuel Macron se veut consensuel quand il rend hommage à Jeanne d'Arc qui a « fendu le système ». A Alger, il offusque les pieds-noirs en réduisant la colonisation à un « crime contre l'Humanité ». Dans quelle tradition s'inscrit le leader « d'En Marche ». ? Il répond à nos questions.

 

L'Histoire : Chaque génération privilégie un certain prisme dans son rapport à l'Histoire. Quels sont les événements, les époques et les personnages que vous privilégiez ou que vous minorez par rapport aux autres générations politiques qui vous précèdent ? Pour être plus direct, vos totems et vos tabous ?

 

Emmanuel Macron : Je suis d'une génération qui n'a, d'un point de vue historique, ni totems ni tabous. Totems et tabous sont généralement le fait de gens que de vastes mouvements historiques ont structuré en profondeur – une guerre, une révolution, une idéologie puissante… Je suis de la génération où fut théorisée la fin de l'Histoire, où advint la chute du mur de Berlin. Voilà de quoi ébranler bien des certitudes. Le 21 Avril 2002 fait partie des chocs politiques : là encore, ce que l'on croyait impossible s'est produit.

Certains regretteront ce qui peut apparaître comme une certaine in-définition historique. Je suis conscient qu'il est plus épique d'avoir comme bagage historique la Résistance, le messianisme communiste, le tiers-mondiste actif. Pour ma part, je me réjouis souvent d'appartenir à un temps de redéfinition. Tout est à reconsidérer. Tous les codes politiques sont à réécrire. Pour entreprendre ce travail de redéfinition qui est la mission de notre génération, il est hors de question de faire l'économie de l'enseignement historique. Ce qui est devant nous n'est rien d'autre qu'une vaste rupture dans l'ordre politique et moral comme le monde en a déjà connues. D'une certaine façon, cette révision complète de nos paradigmes se compare à la fin de l'Empire Romain. Ou à la Renaissance. Ou aux bouleversements apportés par la Révolution Industrielle.

Le monde vers lequel nous allons est largement inconnu mais il n'y a aucune raison de le redouter : ce n'est pas la première fois que l'Humanité est confrontée à ces tournants historiques, où le pire côtoie le meilleur. C'est là aussi que l'usage de l'Histoire prend son rang. Il ne s'agit plus désormais de choisir quelques figures de référence dont on se sent proche politiquement, mais de déployer un maximum l'arc historique pour comprendre et analyser la situation que nous vivons. Il est nécessaire de passer d'une Histoire marquée par une identification structurante – Gaullisme, Communisme, Socialisme… - à une véritable Histoire universelle convoquant tous les modèles et tous les phénomènes. C'est pourquoi je crois nécessaire de revenir à Jeanne d'Arc comme aux racines de la Colonisation, à l'Antiquité comme à l'Age des Lumières, à Valmy comme au plateau des Glières : c'est dans ce tout historique que se trouvent les réponses à nos interrogations contemporaines, plus que dans une Histoire réduite à des filons idéologiques.

 

L'Histoire : Quelle fonction dans la culture politique ou l’Éducation Nationale attribuez-vous au roman national, auquel vous vous référez de manière ostensible : Jeanne d'Arc ou la fresque du Puy du Fou ?

 

Emmanuel Macron : J'ai parlé de roman ou de récit national parce que précisément je ne crois pas à la segmentation de notre Histoire en épisodes clos sur eux-mêmes. Je n'ignore pas qu'il existe des filiations profondes dans notre horizon national. Les gens de Gauche sen sentent les enfants de 1789, de 1848, de 1905, de 1936, de 1968, ou de 1981. Les gens de Droite s'ancrent, au choix, dans 1805, 1830, 1852, 1916, 1946, ou 1958. Je simplifie, mais c'est précisément au gré de ces simplifications que s'est construite une part des identités politiques de notre pays.

Lorsque je prône le retour au récit national, c'est pour dure que 1805 naît de 1789, qui naît lui-même de courants profonds qui se sont formés sous l'Ancien Régime (qu'on pense au rôle des jansénistes dans la Révolution Française), que Jeanne d'Arc est aussi une héroïne de la République, que Clovis n'est pas l'apanage d'une certaine tradition catholique, que la IIIe République naît dans le sang de la Commune de Paris. Que l'Histoire segmentée mise au service des idéologies ne livre pas les clefs nécessaires pour forger les réponses du monde qui vient.

La complexité reprend ses droits, les repères moraux évoluent, le bien et le mal se brouillent, l'identification identitaire se renforce, des revendications nouvelles apparaissent. Nous sommes d'un temps qui exige la prise en compte de la multiplicité des facteurs et des acteurs. C'est pourquoi nous devons réapprendre à retrouver dans notre Histoire même le sens de cette complexité. Comme Marc Bloch, je pense qu'il faut refaire le lien entre le sacre de Reims et la fête de la Fédération, entre Charlemagne et De Gaulle, entre Jeanne d'Arc et Jaurès, et même entre 1789 et 1793.

Nous devons aussi retrouver l'intelligence de ce qui, dans notre roman national, nous vient d'ailleurs. Le projet national français n'a jamais été un projet clos : il a été un projet de conquête mais aussi le récipient d'influences variées venue du monde entier – il n'est pas la France sans influences italiennes, espagnoles, anglaises, allemandes, et plus tard orientales, maghrébines, ; africaines, américaines, asiatiques…Notre culture s'honore d'être le fruit de ce syncrétisme, c'est pourquoi j 'ai dit qu'il n'y avait pas une culture française : lle ne s'est jamais construite dans la poursuite imaginaire de racines populaires définissant une culture nationale – contrairement par exemple à ce que firent les allemands de Herder à Heidegger – mais dans l'ouverture au grand large, dans la confrontation avec l'ailleurs. La culture française laisse à l'Autre une place immense et c'est ce qui la rend si riche : c'est par essence une culture du dialogue, de l'accueil, de l'intelligence du monde. La culture française est une parce qu'elle est diverse, comme l'est notre Histoire. Voilà tout ce que l’Éducation Nationale a pour mission de transmettre.

 

L'Histoire : Vous faites souvent référence à des lectures philosophiques. Pouvez vous citer quelques titres d'ouvrages historiques, de films, ou même de séries qui vous ont marqué ?

 

Emmanuel Macron : Ils sont très nombreux, de Kantorowicz à Marc Bloch : la liste en serait très longue. Récemment, j'ai été très intéressé par la stimulante « Histoire mondiale de la France » dirigée par Patrick Boucheron.

 

L'Histoire : Assimiler la Colonisation à un « crime contre l'Humanité » a choqué : voudriez vous vous expliquer sur ce terme juridique d'accusation ? Et par ailleurs, ne vous mordez vous pas les doigts d'avoir utilisé après le formule chiffon rouge « je vous ai compris » à l'adresse des pieds-noirs ?

 

Emmanuel Macron : Beaucoup d'historiens ont parfaitement compris mon point de vue, notamment Benjamin Stora. Il n'a pas été compris de ceux qui se sont sentis englobés par ce terme. Je précise d'abord que le crime contre l'Humanité ne se définit pas nécessairement par l'intention génocidaire. La définition du traité de Rome intégrée en 2010 dans notre Code Pénal en élargit notablement les critères : massacres de masse, déplacements de population, etc.

Lorsque je parle de « crime contre l'Humanité » à propos de la Colonisation, je ne traite pas de criminels ceux qui ont vécu dans ce cadre et, plus, tard, en ont souffert dans leur chair, notamment les harkis et les pieds-noirs. Je ne parle pas non plus des soldats appelés en Algérie. In connaît les exactions commises par certains mais cela n'est pas mon point. Je parle très précisément des conditions mêmes de la Colonisation : on sait que les premiers colonisateurs n'ont hésité sur aucun moyen pour conquérir les territoires convoités. En Algérie, il a fallu soixante-dix ans de guerre et de massacres pour imposer la présence française. Je ne suis pas le premier à pointer du doigt ces débordements. Clemenceau le fit dès 1885. Charles de Foucauld, qui voyait cela se passer sous ses yeux, fit part lui aussi de sa vive réprobation. Les travaux de François Maspero, Jacques Berque, Benjamin Stora, ont montré la réalité de cette colonisation.

J'ai dit et je redis, que dans les colonies ont vécui des gens qui faisaient le bien, qui donnaient autour d'eux ce que la civilisation a de meilleur – des professeurs, des ingénieurs, des fonctionnaires, des entrepreneurs. Mais la racine du phénomène colonial est est mauvaise. Elle se nourrit du massacre et du malheur. Ces souffrances ont longtemps été tues, mais elles sont encore vivantes dans la mémoire des peuples colonisés. Y compris chez ceux qui ont reçu cette souffrance en héritage bien que nés en France.

Pourquoi, aujourd'hui, garder ces mémoires sous l'étouffoir ? Pourquoi ne pas en parler ? Nier cette mémoire là, ce n'est pas honorer la mémoire de nos compatriotes eux-mêmes massacrés ou exilés. Les deux souffrances ne s'annulent pas. Elles s'additionnent. Je peux d'une même main reconnaître la souffrance des harkis et des pieds-noirs, et reconnaître celle des colonisés qui ont payé de leur sang l'implantation de l’État français sur leur sol. Il faut en revanche beaucoup de mauvaise foi pour m'accuser de nier la souffrance des uns au profit des autres. Ou pour prétendre que j'ai qualifié les harkis, les pieds-noirs ou les militaires français de criminels. Il faut ignorer l'Histoire ou désirer attiser les haines : c'est ainsi qu'on a découvert qu'une association particulièrement en pointe dans la réplique violente à mes propos était en réalité dirigée par un proche de François Fillon. Instrumentaliser ainsi les mémoires dans l'arène politique n'est pas raisonnable. Je souhaite réconcilier les mémoires, non les opposer.

Lorsque je m'en suis expliqué dans mon discours de Toulon, je me suis adressé à un ami d'origine pied-noir et soutien qui était au premier rang et qui m'avait demandé une clarification. Je lui ai dit combien comptaient pour moi les souffrances des harkis et des pieds-noirs, combien j'étais désolé d'avoir pu le heurter. J'ai conclu en paraphrasant la formule du Général de Gaulle, « Je vous ai compris. », car à cette formule j'ai aussitôt ajouté : « Et je vous aime. »… L'essentiel pour moi n'est pas d'assurer ceux que j'ai pu blesser de ma compréhension, mais de mon affection. Là encore, on n'a retenu qu'une partie de la formule. Ainsi va le combat politique, hélas.

 

L'Histoire : Vous avez affirmé votre conviction européenne : quels rapports croyez vous nécessaires entre la nation et l'Europe ?

 

Emmanuel Macron : Un terme s'est invité dans le débat sur le rapport entre la nation et l'Europe : c'est le terme de « souveraineté ». Dans les années 1980 et 1990, il est devenu le concept fondamental pour dénoncer l'emprise de l'Europe sur les nations qui la constituent. La prétendue « perte de souveraineté » organisée par l'Europe a été vécue comme une atteinte aux droits de la nation et donc du peuple français. On connaît toutes les critiques qui s'en sont suivies sur Bruxelles, la technocratie européenne, l'édiction des normes, etc.

Il serait absurde de nier les dysfonctionnements de l'Europe. Oui, l'Europe pourrait et devrait être plus sensible aux singularités nationales, aux désirs des peuples d'être représentés et non gouvernés par des hauts fonctionnaires. Oui, il y a place en Europe pour plus de démocratie et de dévolution. Mais le terme de souveraineté, dans ce contexte, fausse tout. Car la vérité est que l'Europe nous donne plus de souveraineté que nous n'en n'aurions seuls. La souveraineté n'est pas seulement une notion juridique. C'est une notion politique. C'est à dire qu'elle s'inscrit dans le cadre d'un rapport de forces. Or, le rapport de forces tel qu'il existe aujourd'hui sur le plan international exige une taille critique suffisante pour imposer ses critères culturels, commerciaux, économiques, juridiques, face à des mastodontes politiques (la Russie, les Etats-Unis, la Chine – tous dotés d'une immense zone d'influence) ou des mastodontes économiques (les fameux Gafa – Google, Apple, Facebook, Amazon).

Prétendre au nom d'une vision conservatrice de la souveraineté que nous pourrions tenir tète à ces puissances sans nous unir est une fadaise. Au contraire, nous devons faire fond sur tout ce qui nous unit – notre Histoire, notre droit, notre culture, notre géographie – pour peser dans les négociations et faire valoir notre point de vue. Certains diront qu'au sein même de l'Union européenne, les intérêts parfois divergent. C'est vrai. Mais au sein même de notre pays, les intérêts parfois divergent aussi. Surtout, les désaccords entre pays européens seront toujours moins vastes qu'entre l'Union européenne et les acteurs dont je viens de parler. Les divergences intra-européennes ne sont rien par rapport aux gouffres qui souvent nous séparent de nos interlocuteurs principaux. Au prix de quelques concessions, nous pouvons avec l'Union européenne préserver l'essentiel et lui donner sur la scène internationale une portée majeure.

C'est pourquoi le projet européen est plus que jamais d'actualité. Il est même confirmé par l'évolution du monde et la reconstitution des grands blocs géopolitiques : c'est décidément un projet visionnaire. Y renoncer aujourd'hui serait délibérément aller à rebours de l'Histoire et plomber toutes nos chances de faire notre place dans la mondialisation. Cela n'interdit nullement d’œuvrer pour que l'Europe soit plus proche des peuples. Je dirais même que le devoir de tout Européen est aujourd'hui d'être critique envers l'Europe. Mais la démolition de l'Europe rêvée par beaucoup au nom de la nation n'est qu'un retour au spectre des nationalismes qui, par le passé, ont détruit notre continent.

 

L'Histoire : Votre action, votre ambition, votre projet sont-ils fondés sur une vision de l'Histoire ?

 

Emmanuel Macron : Lorsqu'on aspire à diriger l'une des plus grandes puissances du monde, il n'est pas permis ignorer l'histoire, et plus largement l'histoire du monde. Je porte une volonté d'avenir qui s’enracine dans une histoire millénaire. Pour ma part, je retire de cette connaissance – certes imparfaite – de l'Histoire le sentiment que les grandes mutations sont des moments d'une extrême fragilité. Tout ce sur quoi reposaient nos sociétés est soudain fragilisé. Si on laisse les forces de l'entropie l'emporter, tout peut s'effondrer.

Mais l'Histoire nous apprend que l'esprit de construction est toujours possible. Il n'est pas toujours le plus populaire, car l'Humanité a toujours éprouvé une fascination étrange pour l’abîme. Néanmoins, il est cet esprit qui trouve en lui-même les ressources du renouveau, de l'invention, de l'avenir. L'Histoire nous enseigne que certaines crises sont en fait le moment où le passé et l'avenir se nouent en un lien puissant qui propulsent l'Humanité vers l'avant. La douloureuse naissance de la IIIe République a permis des avancées inouïes alors que le chaos était proche. De même le programme du CNR en 1944 a refondé entièrement la solidarité sociale au moment où les français ne savaient plus s'ils voulaient vivre ensemble, car la méfiance dominait.

C'est ce nouveau pacte social qu'il faut aujourd'hui opposer aux pessimismes de tout poil, cette confiance dans notre pays et dans notre capacité à déployer notre énergie qu'il faut proclamer quand beaucoup aimeraient nous enfermer dans le déclin : oui, nous sommes face à un choix historique, face à un carrefour comme la France en a déjà connus. L'Histoire française est toujours aussi une volonté d'accéder à l'universel. C'est par l'énergie et l'audace qu'elle s'en est toujours sortie.

 

 

 

Propos recueillis par Michel Winock et Guillaume Malaurie.

 

L'Histoire hors-série : La Grande Querelle, l'Histoire de la France, Avril 2017.

13 avril 2018

Modifications du 13/04/2018 :

Je partage avec vous ces cinq photos montrant les dernières figurines historiques rattachées à mes collections en ce domaine, que j'ai reçues ce matin.

Z1La première montre une série évoquant la légende de Robin des Bois. En fait, il s'agit des soldats du Shériff de Nottingham. Cette collection a débuté il y a deux ans - déjà - et se développe progressivement. Cette série se rattache à un ensemble plus vaste concernant le Moyen-Age, et plus particulièrement la période des Premières Croisades - 1095 - 1291. J'avoue que je ne suis pas foncièrement passionné par la légende de Robin des Bois. Mais comme cette collection se rattache au Moyen-Age et à ses différents aspects, elle s'y intègre bien.

Z2Justement, la seconde image, elle, se concentre sur la période du Moyen-Age proprement dit. Cette collection se nomme "la Croix et le Croissant". Elle évoque la confrontation entre chevaliers francs d'Occident, et Sarrasins musulmans du Proche et Moyen-Orient. C'est une série qui a beaucoup de succès, puisqu'elle a débuté il y a une petite dizaine d'années, et dévoile des aspects divers et variés de cette époque. Personnellement, ce qui m'intéresse à travers cette dernière, c'est l'histoire de cette période, qui ne se cantonne pas aux batailles et conflits qui ont secoué le Moyen-Orient pour la reconquête de Jérusalem - déjà -, mais la société, le mode de vie, les civilisations, etc qui l'enrichissent énormément.

Z3La troisième photo s’arrête, quant à elle, à l'une des séries les plus récentes évoquant la période des guerres napoléoniennes. C'est la plus développée de celle que je suis, puisqu'elle est constituée de centaines de figurines, et a débuté au tout début du lancement de la marque King and Country, il y a plus d'une quinzaine d'années désormais. Enfin, pour les collections que je suis puisqu'en fait, les plus développées sont celles sur la Première et la Seconde Guerre Mondiale. Mais je dois faire des choix. Mon budget figurines n'est pas extensible à l'infini ; j'y consacre déjà un budget relativement important. Dès lors, la période Napoléonienne est celle qui possède le plus de figurines. Et il m'en manque encore un certain nombre récemment éditées pour la compléter définitivement.

Z4Ainsi, comme vous pouvez le voir avec l'image suivante, ce mois-ci est venu s'y rajouter un cavalier de la série que vous distinguez sur cette photo. Il faut savoir que chaque cavalier coute environ 120 euros, et chaque piéton 50 euros. De plus, ce sont tous des séries limitées qui disparaissent de la vente au bout de deux ans de distribution à travers le monde. Ensuite, ces figurines ne sont plus accessibles que lors de ventes aux enchères, et leurs prix peuvent parfois s'envoler. Que dire dans quarante ou cinquante ans, lorsque ces collections seront considérées comme appartenant au patrimoine des collectionneurs de ce genre d'objets. Je pense ainsi à des fabricants de figurines de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, dont chaque pièce vaut des milliers d'euros.

Z5Enfin, la cinquième et dernière image se concentre sur les légions de l'Empire Romain. Il s'agit d'une série qui a été interrompue pendant plusieurs années. Elle redémarre depuis un an. Peut-être que des collectionneurs de figurines plus récents s'intéressent de nouveau à cette période de l'Histoire de l'Occident. Il est vrai qu'elle est passionnante, foisonnante, et fondatrice des états d'Europe tels qu'ils sont aujourd'hui, par bien des aspects. Il m'en manque, là aussi, un certain nombre avant de la clôturer définitivement. A moins que, comme pour les autres que je suis régulièrement, King and Country ne vienne rajouter de nouvelles figurines d'ici peu ; ce qui ne m’étonnerait guère....

10 avril 2018

Brève du 11/04/2018, Emmanuel Macron et l'Eglise :

X1Les mots d'Emmanuel Macron concernant "la réparation du lien entre l’Église et l’État" sont, au pire, malheureux, au mieux, maladroits. Une atteinte à la laïcité qui mérite quelques éclaircissements de sa part.

La séparation de l’Église et de l’État est l'un des garants de nos institutions. Elle ne peut et ne doit pas être remise en cause, quelle que soit la religion concernée. Elle est là pour que les citoyens de notre pays soient libres de croire - ou pas. Que l’Église, comme les autres religions, traversent des périodes difficiles, qu'elles doivent s'adapter et se transformer en fonction du monde et de notre civilisation, c'est une évidence.

L’État, et encore moins le chef de l’État, n'a pas à prendre parti, a s’immiscer dans les débats qui l'agitent, c'est aussi une évidence. Tant que l'intégrité des hommes et des femmes de notre nation - persécutions, violences, manifestations de haine ou de ressentiment, etc. - n'est pas touchée, l’État n'a pas à intervenir. Les lieux qui l'incarnent - école, mairie, etc. - n'ont pas à montrer leur préférence pour telle ou telle religion - ou pas.

Individuellement, on peut, dans son cercle personnel, amical, familial, montrer sa préférence pour tel ou tel dogme. Dès que cela sort de ces limites pour entrer dans la sphère publique, la laïcité prime...

06 avril 2018

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 1043 à 1045 / 1803

X1Pays-Bas, seconde moitié du XVIème siècle :

 

L’essentiel de l’œuvre de Pieter Bruegel se situe autour de 1557. Pour échapper à l’atmosphère empoisonnée des persécutions, il quitte Anvers et s’installe à Bruxelles avec sa jeune épouse, fille de son maître Pieter Coecke.

Aux grands sujets romanisants – thèmes antiques et mythologiques -, Pieter Bruegel préfère les descriptions familières de villages, kermesses et marchés, travaux et peines de saisons. Ses tableaux sont, pour leur précision et leur composition panoramique, de véritables paysages cartographiques. La raideur des personnages du « Repas de Noces », l’utopie du « Pays de Cocagne », pays de mangeaille et de matérialisme, la fausse gaieté, le caractère répétitif des comportements, la vanité de la conduite humaine révèlent beaucoup de lassitude. Dans « le Triomphe de la Mort », la tristesse devient tragique.

S’il faut éviter de chercher à tout prix un engagement politique dans l’œuvre de Bruegel, le peintre, comme son maître Jérôme Bosch, n’écarte pas les allusions symboliques – en particulier bibliques -, et son inspiration réaliste porte témoignage d’une époque en crise.

 

En 1559, Philippe II d’Espagne laisse le gouvernement des provinces des Pays-Bas à sa demi-sœur, Marguerite de Parme, et il superpose aux institutions locales un Conseil composé d’étrangers ; parmi lesquels, l’intransigeant évêque Antoine Perrenot de Granvelle, chargé d’extirper l’hérésie. En accord ave Rome, le souverain espagnol réorganise les provinces ecclésiastiques et prive la haute noblesse de l’accès aux dignités.

Celle-ci, mécontente, rallie à sa cause la petite noblesse catholique ou protestante, qui supporte mal que Granvelle, subordonnant tout aux intérêts espagnols, lui retire la direction des affaires publiques et les grands commandements de l’armée. Issu de cette alliance, le « compromis des nobles », signé à Breda en 1565, réclame l’abolition de l’Inquisition et la convocation des Etats Généraux. Mais la régente, consciente du lien entre les intérêts économiques et la situation religieuse – dès 1560, le départ de nombreux calvinistes vers l’Angleterre affaiblit l’industrie textile -, renvoie Granvelle et demande à Philippe II d’adoucir les mesures contre les hérétiques, affichées sur des « placards ».

Une voie modérée semble finalement se dessiner ; mais des calvinistes fanatiques, encouragés par le renvoi de Granvelle, se livrent à de terribles pillages d’églises. Cette « furie iconoclaste » effraie les catholiques et retourne l’opinion : le compromis des nobles se dissout, tandis que Philippe II durcit sa position et décide d’encadrer l’Inquisition pour la rendre plus efficace. Désormais inflexible, le souverain espagnol tente tout pour que les Pays-Bas rebelles retournent dans le giron de l’Eglise catholique.

 

En 1570, aux Pays-Bas, la cartographie accomplit une nouvelle percée fulgurante car elle correspond à l’accroissement des connaissances géographiques, mais aussi parce qu’elle peut être utilisée à des fins militaires, commerciales ou pour des travaux hydrauliques.

Branche du savoir, mais aussi représentation du Monde, la cartographie a désormais des liens avec la peinture : Pieter Bruegel est l’ami intime d’Abraham Ortels, dit « Ortelius ». Celui-ci publie une carte du Monde en huit feuilles ; mais son œuvre maîtresse reste le « Theatrum orbis terrarum ». Ce prestigieux recueil de soixante-dix cartes, illustré par cinquante-trois planches gravées sur cuivre, est le premier atlas universel de cartes systématiquement dressées. Pour le réaliser, il a fallu la collaboration de géographes de différents pays ; il est, dès lors, souvent réédité et complété.

 

Approuvée par le consistoire de Genève, où siègent Calvin et Théodore de Bèze, la « Confessio Belgica » est publiée en wallon, puis en flamand l’année suivante, alors que le premier synode des Eglises réformées wallonnes se tient en 1571.

Quant à la conduite à adopter vis à vis des catholiques, Théodore de Bèze, consulté, prône modération et prudence. Il conseille d’utiliser la persuasion plutôt que la force.

 

Malgré tout, Guillaume de Nassau, prince d’Orange, incarne la résistance à l’absolutisme espagnol. Ses convictions religieuses sont complexes : il a reçu une éducation catholique – sous la tutelle de Marie de Hongrie, la sœur de Charles Quint -, puis est devenu luthérien, avant de s’affirmer calviniste en 1573.

Esprit plus politique que religieux, Guillaume veut surtout desserrer la pression espagnole et alléger les impôts, en faisant appel à la tolérance pour unir les provinces. Mais, contraint de s’appuyer sur les calvinistes exaltés de Hollande et de Zélande, il voit la confiance des catholiques lui échapper. De son coté, en 1567, Philippe II envoie Alvarez de Toledo, duc d’Albe, remplacer Marguerite de Parme. Homme violent et passionné, ce vieux soldat arrive en compagnie de régiments éprouvés. Aussitôt installé, il créé un Conseil des Troubles, bientôt appelé « Conseil du Sang », qui procède à des milliers d’arrestations et d’exécutions ; d’autre part, il instaure une fiscalité très lourde, « l’alcabala », prélevée sur le commerce afin de payer les soldats et d’alimenter la guerre contre les Turcs.

Face à ces mesures draconiennes, la résistance néerlandaise s’active : les « gueux de terre », organisés en maquis, lancent des interventions armées contre le clergé catholique et les fonctionnaires de Philippe II, tandis que les « gueux de mer », aidés par des marins anglais, piratent sur la côte. Le 1er Avril 1572, ils occupent le port de Brielle, au Sud de la Hollande, tète de pont vers le Continent.

Rapidement, Zélande et Hollande s’insurgent, et Guillaume est nommé chef – « stathouder » - de l’insurrection. La tolérance réciproque demeurant une notion inconnue, les calvinistes se livrent à des violences sur les catholiques, d’autant plus qu’ils attendent l’aide du parti protestant français ; mais le massacre de la Saint-Barthélemy réduit cet espoir à néant. Guillaume d’Orange doit se replier en Hollande, province ravitaillée par mer et noyau dur de la résistance. Constatant l’échec des armes et le coût énorme de la guerre, Philippe II remplace le duc d’Albe par un homme plus modéré, don luis de Requesens.

La liberté d’action de cet ancien gouverneur du Milanais est limitée, et le « pardon général » qu’il octroie, au nom du roi, n’implique aucune liberté de culte ; devant si peu de concessions, les rebelles reprennent les armes. C’est alors que, mises en difficultés, les troupes espagnoles se mutinent – les terribles « tercios », ou « régiments » n’étant pas payés depuis des mois. Don Juan d’Autriche, demi-frère de Philippe II, succède à Requesens, qui vient de mourir. Mais il arrive trop tard pour éviter le pire : le 4 Novembre 1576, les soldats pillent Anvers, brûlant près de 1000 maisons et tuant environ 7000 personnes. Après ce désastre humain et économique, la célèbre place boursière, déjà en déclin, ne joue plus de rôle européen.

A suivre...


30 mars 2018

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 1041 à 1043 / 1803

Z1En 1584 toujours, par sa politique, Elisabeth rend définitive la rupture avec Rome, ce qui ne facilite pas ses relations avec l’Irlande catholique. Quand Henri VIII s’est fait proclamer roi d’Irlande, en 1541, l’île était loin d’être conquise. Sous Elisabeth, les choses s’aggravent encore. L’Irlande, alliée traditionnelle de l’Espagne, résiste à la domination anglaise, mais ses tentatives de soulèvement populaire sont écrasées. La dure répression des révoltes marque le début d’une colonisation systématique et cruelle dans le contexte d’irréductible hostilité.

 
Quant aux relations avec l’Ecosse, elles sont empreintes de la dimension personnelle et passionnelle que leur donne le duel des deux reines, Elisabeth Ière et Marie Stuart. Fille de Jacques V, reine d’Ecosse deux ans après sa naissance, en 1542, Marie Stuart est envoyée à la cour de France, où elle est élevée par les ducs de Guise, ses oncles maternels. A six ans, elle est fiancée au dauphin François, futur François II. Le mariage a lieu en 1558 et François monte sur le trône un an plus tard. Mais il meurt dès 1560 et Marie Stuart regagne alors son royaume. 
 
Catholique, elle gouverne un pays peuplé de presbytériens. Après un temps de compromis, Marie multiplie les imprudences et, en 1567, face au soulèvement de ses sujets, elle doit abdiquer en faveur de son fils Jacques. Réfugiée en Angleterre, elle est d’abord traitée avec égards par sa rivale, Elisabeth.
 
Mais bientôt, accusée d’encourager des complots contre la reine, elle est arrêtée. En 1587, Elisabeth la fait juger, condamner par le Parlement et décapiter. Avec une certaine duplicité, elle prétend avoir été mal obéie et contrainte à une telle sévérité. Ce subterfuge peu glorieux lui permet de préserver ses relations avec celui qui va hériter de la Couronne d’Angleterre : le propre fils de Marie Stuart, Jacques VI d’Ecosse, futur Jacques 1er d’Angleterre.
 
En même temps, les choix politiques et religieux d’Elisabeth ont d’autres conséquences car les relations de l’Angleterre avec l’Espagne se détériorent. Le sort des catholiques anglais et de Marie Stuart ne peut laisser indifférent le roi « très catholique », qui supporte également mal les incursions anglaises dans son Empire. Lors de son tour du Monde, le navigateur Anglais Francis Drake intercepte un convoi Espagnol et s’empare de son or. Comme Elisabeth brave les plaintes de l’ambassadeur espagnol en armant Drake chevalier, Philippe II prend la décision d’éliminer ces adversaires. Il réunit une flotte, considérable, et la baptise lui même « l’Invincible Armada » ; le 20 Mai 1588, 10 300 marins et 19 000 soldats entassés sur 130 bâtiments quittent le port de Lisbonne.
 
L’invincible Armada est cependant vaincue à la fois par les marins anglais et par la tempête. Seuls 63 bateaux regagnent l’Espagne. Cette humiliation n’entame pas réellement la domination espagnole sur l’Atlantique, mais l’Angleterre montre sa puissance et elle peut maintenant se lancer à la conquête du Monde.
 
1593 est marquée par un grand dynamisme démographique et économique. L’industrie drapière poursuit son expansion, l’exploitation de la houille et du fer progresse de façon spectaculaire et le commerce est florissant. La célèbre « Compagnie des Indes Orientales » est créée, et sir Walter Raleigh fonde la Virginie, marquant ainsi le début de l’emprise anglaise en Amérique du Nord ; il en ramène le tabac et la pomme de terre.
 
Par ailleurs, en cherchant à atteindre la Chine par le Nord-Est, Jean Davis parvient au cœur de la Russie par les voies fluviales, ouvrant ainsi la route aux explorateurs de l’Asie Centrale. Ralph Ficht va jusqu'à l’Euphrate, atteint l’Inde et est reçu par le Grand Moghol. Enfin, en 1594, Jacques Lancaster renouvelle l’exploit de Vasco de Gama en faisant le tour de l’Afrique ; ils sont trois-cents à partir mais seuls quinze reviennent.
 
La société se transforme aussi. L’aristocratie terrienne doit s’adapter, car le commerce maritime, qui permet d’importer des céréales, lui fait concurrence. Le mouvement des « enclosures » - clôture de champs – se poursuit inexorablement et tend à substituer à l’exploitation collective et traditionnelle du sol un système de grandes propriétés individuelles. Ouverte à toutes les activités, la « gentry » - petite noblesse – gère avec soin ses domaines sans mépriser le commerce ou l’industrie. Les bourgeois des ports, de Londres notamment, s’enrichissent et participent à la politique locale.
 
En revanche, le sort des classes populaires est plus contrasté. Le statut des artisans constitue un véritable code du travail. A la campagne, les « yeomen » - petits et moyens agriculteurs propriétaires – forment une paysannerie plutôt aisée, mais les enclosures chassent les plus pauvres et les font affluer vers les villes. Les lois sur les indigent tentent de porter remède à cette situation nouvelle : les invalides sont placés dans des hospices, financés par des collectes obligatoires ; les pauvres en bonne santé sont soumis au travail forcé.
 
A la fin de l’année 1596, au cours de son voyage à travers toute l’Europe, John Dee quitte Prague pour Leipzig. Mais, le nonce du pape soumet un document au roi Rodolphe, dan lequel il accuse John Dee d’évoquer des « Esprits défendus ». Début 1597, il est donc obligé de retourner en Angleterre.
 
Or, il arrive juste à temps dans la capitale pour voir une populace déchaînée mettre le feu à la maison qui renferme son laboratoire et sa Bibliothèque de plus de 4000 volumes rarissimes.
 
La fin du règne d’Elisabeth, après 1599, n’est pas seulement une époque de grands bouleversements politiques, religieux et économiques, elle est aussi celui de l’art et de la culture. La langue littéraire s’affirme avec des poètes comme Spenser, qui publie « la Reine des Fées », en hommage à Elisabeth.
 
Le théâtre est l’une des deux réussites les plus éclatantes et les plus originales de cette période. S’ouvre à Londres, sur la rive Sud de la Tamise, le théâtre du Globe, qui rassemble nobles, marchands, ouvriers et matelots pour ses séances de l’après midi. Les pièces de Marlowe – Docteur Faust - et de Ben Jonson – Valpone – y connaissent un grand succès.
Mais c’est Shakespeare qui s’affirme comme le maître incontesté du lieu : à la fois auteur, acteur, administrateur de troupe, il triomphe dans tous les genres. Puis, après vingt ans de carrière, il regagne son village natal, où il meurt, riche et respecté.
 
Quoiqu’il soit l’auteur d’admirables poésies, dont les célèbres « Sonnets », c’est surtout au théâtre que Shakespeare doit sa réputation. Il écrit plus de trente pièces, réparties en comédies – « la Mégère Apprivoisée », « Beaucoup de bruit pour rien »… -, drames historiques – « Richard III », « Henri V »… - et tragédies – « Hamlet », « MacBeth », « Othello », « Roméo et Juliette », « le Roi Lear »… -. D’ailleurs, pour cette dernière pièce, Shakespeare – Initié depuis longtemps à la Tradition Esotérique de l’Angleterre – se sert du Symbolisme britannique pour situer le lieu de naissance de la guerre des Deux Roses.
 
Il sait en effet très bien à quoi correspondent la Rose Rouge des Lancastre et la Rose Blanche des Plantagenêts. Il est également au courant que la capitale du pays, comme un pavé de mosaïques, possède en son sein un Mystère lié au chiffre « 2 ». De plus, d’une extraordinaire richesse de langage, elle campe des personnages inoubliables, confrontés aux jeux de l’amour, aux drames du pouvoir ou à la solitudes de la conscience humaine.
 
L’autre grand art de cette époque, c’est le portrait de cour, dans lequel excellent les Allemands et les Hollandais. La reine Elisabeth est marquée par les peintres flamands Hans Eworth et Marcus Gheeraerts père et fils. Leurs œuvres décrivent avec une merveilleuse précision les costumes. Mais le miniaturiste Nicholas Hilliard, fait preuve de plus d’originalité ; il doit son talent à sa triple formation de miniaturiste, d’orfèvre et de sculpteur, et quand il meurt, en 1619, il jouit d’une réputation internationale. Dans ses œuvres destinées à la cour, Hilliard s’attache à la pureté des lignes ; en revanche, dans ses portraits privés, il adopte un style plus libre mais toujours raffiné.
 
A suivre...

23 mars 2018

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 1038 à 1041 / 1803

X1Angleterre, seconde moitié du XVIème siècle :

Après la mort d’Henri VIII en 1547, l’Angleterre vit une période de forte instabilité religieuse et politique. Edouard VI engage le royaume dans la voie de la Réforme, mais sa mort, en 1553, remet en question les orientations de l’Eglise d’Angleterre. En effet, Marie Tudor, qui lui succède, est la fille de la première femme d’Henri VIII, et ses sympathies vont à l’Eglise de Rome. Elle veut tenter d’abattre ce Christianisme Réformé qui a, entre autres, permis à son père de répudier sa mère. Son mariage avec Philippe II, roi d’Espagne, est particulièrement impopulaire et marque le début de persécutions antiprotestantes, qui valent à la reine le surnom de « Marie la Sanglante ».

En 1555, un procès retentissant secoue l’Angleterre : un Mage est accusé d’avoir reçu la Reine de Fées et des Elfes des herbes curatives et des breuvages magiques. Il est condamné, et est chassé à coups de pierres de l’île.

En 1557, Gerhard Kremer, plus connu sous le pseudonyme de « Mercator », se rend en Egypte pour visiter la Grande Pyramide. Ensuite, il s’adonne inlassablement à la recherche de sources remontant aux temps les plus reculés. Il passe également de nombreuses années à constituer avec patience une Bibliothèque de référence, aussi vaste qu’éclectique.

Il devient bientôt le plus fameux cartographe d’Occident. Après avoir recopié des dizaines de planisphères datant de l’Antiquité, il est célèbre du jour au lendemain pour la projection qui porte son nom, et qui est bientôt utilisée sur toutes les cartes du Monde.

En 1558, lorsque Marie Tudor meurt, sans descendance, c’est Elisabeth qui lui succède. Fille de la deuxième femme d’Henri VIII, Anne Boleyn, bâtarde aux yeux des catholiques, qui ne reconnaissent que le premier mariage du roi, Elisabeth revient tout naturellement au protestantisme, mais avec un grand souci de modération.

Elisabeth laisse partout son empreinte sur l’Angleterre. Avide de gouverner, machiavélique, autoritaire, cruelle à l’occasion, la reine sait organiser son propre culte et le transmettre à la postérité. Soucieuse de régner sans partage, Elisabeth, toujours sollicitée, ne se résout pas à choisir un époux, au risque de mettre en péril la succession de la Couronne. Cela permet le développement d’un thème original de propagande, celui de la reine vierge, mais n’exclut pas certaines liaisons secrètes.

La reine s’appuie sur son conseil privé et, parmi ses proches, William Cecil est le plus écouté. Ses favoris, Leicester et Essex, ont aussi une certaine influence. Grâce à une gestion financière stricte, la reine réussit à limiter les convocations du Parlement et à assurer son indépendance. Le domaine royal, les confiscations, les douanes, dont le produit croît avec l’essor du commerce maritime : tout cela assure à la Couronne des revenus suffisants.

Au cours de cette période, la célébration officielle de la reine prend une ampleur inégalée, qui culmine rapidement. Cette femme édentée, mais de plus en plus coquète et coléreuse, est assimilée à « la reine des fées », à la Lune, à Diane et surtout à la vierge dont parle Virgile et qui annonce le retour de l’Age d’Or.

Il n’y a pas de grands chantiers religieux au cours de cette époque. En revanche, les nobles édifient des châteaux d’un style particulier où l’influence italienne reste très limitée. L’architecture qui triomphe se caractérise par un mélange de géométrie et de lumière, de symétrie et de légèreté.

Dès 1559, Elisabeth fait voter par le Parlement l’Acte de suprématie, qui exige de tous les évêques un serment de fidélité à la reine, « gouverneur suprême » de l’Eglise. Ce serment implique la rupture avec Rome. Or, les évêques mis en place sous Marie Tudor, sont catholiques. Comme ils refusent de prêter serment, ils sont enfermés dans des résidences surveillées et remplacés. En 1563 sont proclamés les « Trente-neuf Articles de Religion », qui constituent la véritable charte de l’Anglicanisme : ils maintiennent la hiérarchie épiscopale et une partie du cérémonial catholique, tout en abandonnant l’usage du latin et l’obligation du célibat des prêtres, mais, sur le plan du dogme, ils se rapprochent du calvinisme.

En matière de foi, Elisabeth n’entend pas sonder les consciences, mais elle veut être obéie. Or, le compromis anglican est attaqué tant par les catholiques que par les calvinistes stricts. Ceux-ci, proches du réformateur John Knox et du mouvement presbytérien écossais dont il est le fondateur, veulent purifier l’Eglise anglicane du « papisme » : la répression s’engage alors contre ces protestants extrémistes. Mais la vindicte royale s’exerce également contre les catholiques. En 1570, Elisabeth est officiellement excommuniée par le pape, qui n’accepte comme seule souveraine légitime que Marie Stuart, reine d’Ecosse. Tout catholique est donc un traître en puissance et, à partir de 1584, les prêtres d’Angleterre fidèles à Rome risquent la mort. 200 catholiques, prêtres ou laïques, sont exécutés.

En 1584 également, le moine Camdem, qui passe quelques jours à étudier le site de Stonehenge, estime que celui-ci est un monument funéraire.

En 1584 encore, le docteur John Dee s’interesse à la Kabbale. Il publie une « Monas Hieroglyphica Mathematice Cabalistice Anagogiceque Explicita » et une « Philosophia Mosayca ». Il est également l’un des principaux Astrologues de la reine Elisabeth d’Angleterre. Il ne possède pas lui même de pouvoirs « paranormaux », mais il collabore régulièrement avec les « voyants » de la cour. Il est d’ailleurs très proche du plus doué d’entre eux ; un dénommé Edward Kelly. Ce dernier utilise en effet tantôt une boule de cristal, tantôt un verre d’eau, pour faire ses prédictions.

Or, un jour, la rumeur prétend que Kelly est un voyou et un charlatan. Ses pouvoirs ne sont que mystification. John Dee l’abandonne alors à son triste sort et se fait oublier des Grands du royaume. Kelly, lui, est décapité.

Quelques mois plus tard, John Dee se livre à des expériences Magiques à l’aide de pierres à la surface scintillante ; il prétend qu’elles possèdent des vertus extraordinaires : « Les Esprits qui se dégagent d’elles, écrit t’il en langage codé dans un livre intitulé « Liber Logaeth », m’apparaissent sous la forme d’hommes ou de femmes. ».
Puis, un peu plus tard, un Etre Surhumain se révèle à lui. L’individu lui donne un miroir mystérieux ; il s’agit d’un morceau d’anthracite extrêmement poli. Il lui dit qu’en regardant ce cristal, il pourra voir d’autres Mondes, qu’il pourra entrer en contact avec des Intelligences autres que celle de l’Homme.

Puis, après la disparition de l’Entité, John Dee s’aperçoit que les Secrets qui se cachent à l’intérieur de ce « Monade » s’avèrent peut-être de la plus haute importance pour l’avancée de ses travaux Esotériques.

John Dee utilise ensuite un Livre qu’il a acheté longtemps auparavant, le « Liber Mysteriorum Sextus ed Sanctus » - ou « Sixième Livre des Mystères Sacrés » - en plus du Liber Logaeth, pour progresser plus avant dans ses expérimentations. L’ouvrage lui sert dès lors d’index permettant de construire une série de Carrés Magiques de 49 x 49. Et, grâce à son miroir, il s’auto hypnotise. A l’aide de ses tableaux, il étale un certain nombre de Lettres et de Symboles Occultes devant lui. Il entre profondément en transe. Sa main tremblante et autonome désigne l’un ou l’autre d’entre elles. Il en soulève une et note ce qui y est écrit. Et, enfin, au bout d’un moment, il les répète de multiples manières et avec différentes intonations.

Il parvient donc à ouvrir, puis à franchir une Porte entre les Mondes.

John Dee s’aventure alors au cœur des multiples Réalités se cachant au-delà de l’Univers Connu. De même, il est ainsi le premier à laisser un compte rendu détaillé du commerce des Humains avec ceux qui peuplent les gouffres insondables séparant le Cosmos. Il est enfin le seul à offrir une preuve pratique de l’existence de créatures non humaines en dehors de la Terre.

Car John Dee a de longues conversations avec ces Esprits ; et il rapporte chacune de celles-ci dans les milliers de pages qui composent le Liber Logaeth. Il explique que ces Mânes ne sont pas des Ames de Morts, mais des Anges et des Démons. Dans un chapitre, il déclare aussi que ceux-ci ont accepté de lui apprendre une série d’invocations, ou « Clefs » ; elles sont très anciennes et uniquement exprimées dans un dialecte appelé « l’Enochien ». John Dee est donc peu à peu amené à s’intéresser au « Livre d’Enoch » ; un texte apocryphe issu de l’Ancien Testament.

En fait, grâce à un de ses amis du nom de Bruce, il obtient relativement vite une copie des fragments du Livre d’Enoch existantes. Elle est rédigée en Hébreu. Et, en parcourant ces pages, quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il découvre qu’à l’Aube des Ages, un certain nombre d’Anges ont entretenu des rapports avec des jeunes filles humaines ; puis, qu’avant de quitter ce Monde, ils leur ont Enseigné les principaux Secrets de la Magie et de l’Occultisme.

Dans un autre chapitre du Liber Logaeth, John Dee décrit un entretien particulier qu’il a eu avec un Esprit. Il y dit que celui-ci a été amené à lui parler de la ville de Dunwich. Il lui a raconté qu’autrefois, cette cité a en partie submergée par la mer ; mais qu’auparavant, elle a été la capitale de l’Est-Anglie. Il lui apprend encore qu’elle existe pourtant toujours et qu’elle se situe non loin de Suffolk, à quatre miles au Sud-Ouest de Southwold. Il lui révèle enfin qu’un énorme cercueil de pierre ayant forme humaine y est enterré, et que c’est à l’intérieur de ce dernier qu’est dissimulée l’intégralité du Livre d’Enoch, ainsi que le « Nécronomicon ».

John Dee écrit alors : « Lors de la démolition de l’église Saint-John de Dunwich, tombée en ruines, les excavateurs ont mis au jour un tombeau. Les ouvriers l’ont ouvert. Ils ont examiné ce qu’il y avait dedans. Et, en fait, il renfermait un énorme cercueil ayant l’apparence exacte d’un homme. Ils ont donc crocheté les scellés du second caveau. Ils y ont trouvé un cadavre à peu près humain curieusement vêtu ; mais dès qu’ils le frôlèrent, il tomba en poussière. ».

A suivre...

19 mars 2018

Amour fou

X1Tout ce que j'éprouve pour toi, tout ce que mon âme, mon cœur, et mon corps ressentent à chaque seconde du jour et de la nuit sont pour toi. Tout ce qui brule en moi t'appartient. Mon souffle de vie est tien. Mes batailles, mes épreuves, mes souffrances, mes larmes et mon sang, endurent tout ce qu'ils ont à endurer, dans un seul et unique but : t'aimer.

T'aimer passionnément, à la folie. Plus que mes mots ou mes gestes ne peuvent l'exprimer. Plus que ce que je suis ; plus que ce que j'ai en moi de bon ou de mauvais, de fort ou de faible, de grand ou de petit. Plus que ce que je n'aurai jamais. Plus que ce que je crois, sais, vois. Plus que ce que peut signifier la Réalité ou la Vérité.

Je t'aime, c'est tout ce que je sais. Je t'aime à mourir mille morts s'il le fallait. Je t'aime à en devenir fou ou en être maudit si c'était nécessaire afin d'avoir le bonheur et le privilège de me tenir à tes cotés. Je t'aime ; c'est pour cela que je suis né.

Tu es ma soif ; tu es ma faim ; elles sont sans cesse inassouvies, inextinguibles. Tu es mon air, tu es mon oxygène. Sans toi je ne suis rien ; pourtant, pour toi, je suis capable de tout. Te tenir dans mes bras, m'offrir à toi, sentimentalement, psychiquement, physiquement, est tout ce que je souhaite, tout ce que je désire. C'est ma quête ; elle est sans repos, sans répit. Tu a marqué de ton empreinte mon existence pour le reste de l’Éternité, ne l'oublie jamais...

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16 mars 2018

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 1037 à 1038 / 1803

X2Pourtant, en 1570, après deux ans de violences, l’édit de Saint-Germain en Laye semble assurer le triomphe des « politiques », partisans de la paix civile, regroupés autour du chancelier Michel de l’Hospital et du connétable de Montmorency. Mais ces efforts sont remis en cause par la situation aux Pays-Bas et par la faiblesse du pouvoir : les édits de pacification, qui renoncent à l’axiome « une foi, une loi, un roi », scandalisent les catholiques.

De fait, chez les Guises, la haine grandit contre le puissant amiral de Coligny, calviniste, qui exerce une influence croissante sur le jeune Charles IX. Coligny presse le roi de soutenir – aux Pays-Bas - par les armes le parti des gueux contre Philippe II d’Espagne ; le 6 Août, en plein Conseil, il ose même menacer Catherine de Médicis de guerre civile si elle refuse cette intervention à l’étranger. Pour sauver la paix, la reine décide de faire abattre l’amiral ; ainsi, le 22 Août, celui-ci est atteint au bras par un coup d’arquebuse. L’auteur de l’attentat est un homme des Guises, mais, dans les milieux réformés, on accuse la reine.

Catherine, se sentant démasquée, décide d’en finir avec le parti protestant : elle arrache au roi son accord et prépare le massacre.

Et, à l’occasion du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, , célébré le 18 Août, de nombreux seigneurs protestants viennent habiter au Louvre : le 24 Août, ils sont surpris dans leur sommeil par les Suisses et exécutés. Henri de Navarre est sommé d’abjurer. De son coté, Henri de Guise, accompagné d’hommes d’armes, se rend chez Coligny et le tue. A la même heure, les massacres commencent à Paris, et la population déchaînée règle ses comptes, faisant plus de 3000 victimes ; en province, sur ordre de Charles IX, les meurtres se poursuivent durant tout le mois de Septembre.

Ces atrocités sont connues à l’étranger. Le pape, à qui l’on présente le massacre comme une réponse au complot protestant, applaudit. Philippe II fait entonner un Te Deum. Les chefs épargnés se réfugient à Genève et à Bâle ; d’autres se regroupent à La Rochelle, assiégée par les armées royales. Le bain de sang a creusé un fossé infranchissable : les protestants ont perdu toute confiance dans le roi et s’organisent en conséquence – certaines villes, comme Nîmes, Montauban et La Rochelle, passent sous leur loi.

Puis, en Juillet 1572, Henri, troisième fils de Henri II et de Catherine de Médicis, est élu au trône de Pologne. Préoccupé par la situation française, il se rend sans enthousiasme dans sa nouvelle capitale : Charles IX, son frère aîné, n’a pas de fils et phtisique, il peut mourir brusquement. François, leur cadet, s’unit aux modérés, comme Montmorency, et prend la tète des « malcontents ». Ce « tiers parti », qui a la faveur des réformés, prône une politique équivoque de tolérance, destinée à protéger l’unité de l’Etat.

Quand Charles IX s’éteint, le 30 Mai 1574, épuisé moralement et physiquement, Henri s’empresse de se rendre à Paris pour recueillir la couronne et contrecarrer les agissements de son cadet. Les violences se rallument. François tend la main aux réformés et rejoint les troupes qui, réunies par le prince de Condé et par l’Electeur palatin, envahissent l’Est de la France. Faute de subsides, Henri III signe la paix, suivie de l’édit de Beaulieu – 1576 - : la Saint-Barthélemy est condamnée, les protestants obtiennent le libre exercice du culte – sauf à Paris -, huit places de sûreté et la présence de chambres mi-parties dans chaque Parlement. Cet édit, jugé trop libéral, indigne les catholiques, dont les passions antiprotestantes ont été exacerbées par les furies iconoclastes.

C’est alors la formation de la Ligue – déjà ébauchée dans plusieurs régions -, dont l’acte de naissance officiel a lieu à Péronne, place qu’elle refuse de livrer aux protestants en dépit des prescriptions de Beaulieu.

Si Henri de Guise, dit « le Balafré », est le chef incontesté de la Ligue, c’est Henri III qui en prend la direction afin de mieux la contrôler. Le roi s’efforce alors de rétablir l’ordre et d’imposer sa loi. En 1577, la guerre reprend. Quelques mois plus tard, la paix de Bergerac y met un terme, et un nouvel édit revient sur certaines concessions de celui de Beaulieu. Mais d’autres événements compromettent bientôt l’espoir de détente et rallument les hostilités. La « septième guerre de Religion » - 1579-1580 – se conclut par la fragile paix de Fleix. Aux Pays-Bas, la révolte des gueux s’est transformée en révolte générale, soutenue par les protestants français, solidaires de leurs frères néerlandais.

En 1580 également, Henri III édicte un règlement qui institue une étiquette sévère et un cérémonial de plus en plus formaliste. La cour, suivant l’exemple italien, s’habille luxueusement : robes d’une ampleur démesurée, pourpoints à « passeron » - bosse dans le dos -, fraises empesées et couleurs vives. Il est vrai que le roi manifeste un goût étrange pour les riches étoffes, les bijoux, les parfums et les travestissements. De nombreux pamphlets brocardent les « mignons » - ducs d’Epernon et de Joyeuse, comte de Guiche -, compagnons d’armes et de fêtes qu’Henri III couvre de libéralités.

François, quant à lui, apporte son aide aux révoltés, pour entamer la puissance de Philippe II. Comme il est le seul héritier direct d’Henri III, sa mort, en 1584, fait d’Henri de Navarre, descendant du sixième fils de Saint-Louis, le prétendant au trône. Le royaume peut t’il accepter pour futur roi un prince hérétique, relaps qui plus est ? Le réveil de la Ligue est la réponse de la France catholique.

Car le duc de Guise, appointé par le roi d’Espagne, est très populaire. Henri III lui interdit pourtant l’entrée de la ville, mais doit lui même fuir sa capitale après la journée des Barricades, le 12 Mai 1588. Convoqué aux Etats Généraux de Blois, le Balafré est poignardé dans le château, le 23 Décembre, par la garde personnelle du roi. Il ne s’agit pas d’un assassinat, mais de l’exécution particulière d’une condamnation prononcée par le roi, juge suprême.

A suivre...

09 mars 2018

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 1035 à 1037 / 1803

X1En 1561, à Poissy, un colloque se réunit en séance solennelle en présence de la reine, du jeune roi et de sa famille. Des représentants du clergé catholique et douze ministres de l’Eglise réformée sont rassemblés pour débattre de problèmes dogmatiques. Les échanges sot d’abord courtois, mais ils n’aboutissent pas. Le climat se tend quand le général des jésuites s’adresse directement à la reine, de surcroît en italien, et qu’il la met en garde contre toute immixtion dans les affaires qui ne concernent que l’Eglise du Christ. Finalement, le colloque de Poissy est un échec qui met fin aux espoirs de réconciliation doctrinale entre les Français. Il ne reste alors plus que deux solutions aux ministres du roi catholique Charles IX : rétablir l’unité religieuse du royaume par la force ou trouver un accord politique qui fasse appel à la « tolérance civile ».

C’est la deuxième voie que choisit le chancelier Michel de l’Hospital en rédigeant en Janvier 1562 un édit qui, pour la première fois en France, autorise officiellement le culte réformé. Mais celui-ci doit d’abord se dérouler de jour et en dehors des murailles des villes du royaume. Le ministère des pasteurs est reconnu, à condition qu’ils prêtent serment aux autorités locales, et des synodes peuvent se réunir. L’édit autorise enfin la création de consistoires, ces organismes collégiaux qui dirigent les communautés calvinistes.

Mais le plus intransigeant des catholiques français, François de Guise, se dirige, le 1er Mars 1562, vers Paris. En Champagne, à Wassy, il surprend un culte protestant qui se déroule dans une grange et auquel participe un millier de fidèles. Ce culte est t’il autorisé par l’édit de Janvier ? Se déroule t’il en ville ou à la campagne ? Les hommes du duc de Guise, sans se poser ces questions de droit, se livrent à une effroyable tuerie : près de 80 personnes sont égorgées et une centaine sont blessées. Ce triste fait d’armes déchaîne les passions ; à Tours, à Sens, dans le Maine, des huguenots sont massacrés, puis, c’est au tour des protestants de recourir à la violence. L’anarchie qui s’installe en France est une aubaine pour les puissances étrangères, et Philippe II d’Espagne menace d’intervenir pour défendre le catholicisme. Elisabeth Ière d’Angleterre se fait quant à elle livrer le Havre par les chefs protestants, en échange de son aide financière.

 

En 1562 également, de religion réformée, Ambroise Paré est reçu comme barbier-chirurgien à Paris, et il fait son apprentissage à l’Hôtel-Dieu. Il est aussi formé à la rude école de la chirurgie militaire pendant les campagnes d’Italie. Au siège de Boulogne, c’est lui qui soigne François de Guise, dont la blessure au visage vaut alors à ce dernier le surnom de « Balafré ». Puis, Ambroise Paré devient le premier chirurgien du roi Charles IX.

Paré, s’il croit aux prodiges et aux monstres, et si ses cataplasmes n’empêchent pas les plaies de s’infecter, n’en n’est pas moins un grand novateur. Il réfléchit sur les blessures par balle et comprend que la poudre des armes à feu n’est pas un poison qui est responsable de la mort des blessés. Son grand apport est de remplacer, au cours des opérations, la cautérisation au fer rouge par la ligature des artères. De plus, s’il lit les médecins de l’Antiquité, comme Hippocrate et Galien, c’est en français qu’il écrit plusieurs ouvrages et il n’hésite ni à attaquer certaines doctrines anciennes, ni à lutter contre les préjugés.

 

En 1562 toujours, paraît un ouvrage, « l’Exhortation aux Princes ». Ce texte est écrit par un catholique qui pense surtout en termes de raison politique. Pour lui, la tolérance est un remède pour préserver l’unité de la nation malgré les divisions religieuses.

Après ce manifeste, c’est un protestant, Castellion, qui écrit « le Conseil à la France Désolée ». Sa perspective est tout à fait différente car, en rappelant que le Christ a prêché la patience, l’accueil, la douceur et l’humilité, il défend le respect de l’autre religion au nom de la morale chrétienne.

La position de Michel de l’Hospital, quant à elle, se situe entre ces deux points de vue, le moral et le politique, ce qui l’éloigne de Catherine de Médicis, qui finit par consentir à la répression pour « raison d’Etat ».

 

Mi 1562, au cours du siège d’Orléans, tenue par les réformés, le duc François de Guise est assassiné. Bien que l’opinion publique en rende responsable le chef protestant Coligny, cette disparition permet à Catherine de Médicis d’apaiser les esprits. En 1563, un nouvel édit est rédigé à Amboise. Comme il fixe des bornes rigides au protestantisme, il est mal accueilli par les autorités réformés, et sa tolérance est jugée trop grande par les catholiques. Il donne cependant au pays deux années de paix, pendant lesquelles Catherine de Médicis organise un tour de France pour le jeune roi Charles IX, afin de lui présenter son royaume. Malgré tout, en 1567, les guerres civiles reprennent.

 

A cette date, Catherine de Médicis, en proie en doute face à la flambée de violence qui agite le royaume – de même que Charles IX -, s’entiche d’Astrologie et de Sciences Occultes. Elle fait alors bientôt de Michel de Nostre-Dame – ou « Nostradamus » - son Devin de Cour. Et celui-ci lui annonce peu après la prise du pouvoir dans un avenir plus ou moins proche, d’Henri de Navarre – Henri IV -, puis de la dynastie des Bourbons. « En effet, lui révèle t’il, ce dernier aura pour descendants Louis XIII et Louis XIV. ».

Dès lors, certaines rumeurs commencent à se répandre à travers la capitale : Catherine de Médicis s’adonnerait à la Magie Noire en compagnie de Nostradamus ; d’autres supposent qu’elle est devenue Sorcière.

 

De son coté, Jean Bodin fait publier en 1568 une « Réponse aux Paradoxes de M. Malestroit », qui est le premier traité d’économie européen. Dans cet ouvrage, il cherche les raisons de la flambée des prix, et il l’explique par l’afflux d’argent résultant de la colonisation américaine. Jean Bodin a bientôt de nombreux disciples ; tandis qu’Antoine de Montchrestien, qui donne son nom à cette nouvelle science, publie en 1615 un « Traité de l’Economie Politique ».

Quant à Philibert Delorme, en 1569, fils et petit fils de maîtres maçons, il laisse une œuvre écrite importante : « le Premier Tome de l’Architecture » unit pour la première fois l’expérience et la théorie : « L’architecte doit avoir des connaissances techniques et du talent, mais aussi le sens de l’administration. Il faut qu’il ne soit pas du tout ignorant de philosophie, des mathématiques, ni aussi de l’histoire pour rendre raison de ce qu’il fait. Il doit savoir discerner la nature des lieux, les parties du monde, la qualité des eaux, assiettes et propriétés des vents, la bonté des bois, des sables et le naturel des pierres. ».

Philibert Delorme reçoit des commandes du pape, de Diane de Poitiers, et, protégé par Henri III, il bâtit Limours, Anet, Montceaux, Saint-Germain en Laye. Son ascension rapide et son mauvais caractère lui attirent des inimitiés et des moqueries. Mais Catherine de Médicis, consciente de son génie, lui confie de grands projets. Théoricien des proportions, maître de l’école classique avec Pierre Lescot et Jean Goujon, Philibert Delorme innove aussi dans le domaine technique : il remplace les énormes pièces de bois nécessaires à la construction des charpentes de grande portée par un assemblage de petites pièces à faible section.

 

A suivre...