Mes Univers

20 novembre 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 947 à 949 / 1803

X1Au Nord, la république vénitienne doit faire face à la concurrence de Gènes, à la rivalité des Aragonais en Adriatique et bientôt, à la découverte portugaise d’une nouvelle route du Cap, menace pour le lucratif trafic des épices. La guerre contre les Turcs – 1469 – 1479 – la prive de ses points d’appui en Morée et en Epire. Cependant, elle prend sous sa protection Chypre et Salonique et consolide ses possessions de Terre ferme. Elle aménage aussi les terres marécageuses entre Brenta et Pieve pour améliorer les débouchés de ses fleuves. Enfin, elle dispose du plus important arsenal de la Méditerranée.

 

Or, les luttes prolongées entre Milan et Venise font désormais connaître des Seigneurs tels que Sigismondo Malatesta ou Federico de Montefeltro. Le premier – 1417 – 1468 -, prince de Rimini, combat en Morée contre les Turcs. Le second – 1422 – 1482 -, est un des humanistes précurseurs, prudent, versé dans les arts et les lettres, qu’il cultive à Urbino, en exerçant un mécénat généreux.

 

Plus au Sud, après bien des péripéties ayant entraîné le Grand Schisme au cours du siècle précédent, un concile se réunit à Pise en 1409 ; celui-ci élit Alexandre V. Désormais, trois papes se disputent donc la légitimité : « le Pisan » Alexandre – puis, dès 1410 son successeur Jean XXIII - à Rome ; le « clémentin » Benoît XIII en Avignon ; et « l’urbaniste » Grégoire XII, réfugié à Naples, seul pape légitime aux yeux de l’Eglise.

Un nouveau concile se réunit. Mais cette fois, l’Empereur germanique, Sigismond de Luxembourg, fait jouer son autorité. Il le convoque sur ses terres, à Constance, en 1414. Il obtient aussi que l’on vote par nation, non par tète, ce qui diminue le poids des Italiens mais aussi de la France, divisée entre Armagnacs et Bourguignons.

 

Le concile qui se tient à Constance à donc les mains libres pour déposer les trois papes. Jean XXIII et Grégoire XII sont contraints de se soumettre, et se retirent Benoît XIII, lui, résiste jusqu'à sa mort, en 1423 ; mais il est abandonné de tous.

 

Surtout, les pères du concile comprennent que le Schisme est la conséquence du développement excessif de la « monarchie pontificale » : pour reconquérir leurs Etats italiens, les papes exilés en Avignon ont mis en place une fiscalité et une bureaucratie énormes, sacrifiant ainsi la direction de la Chrétienté à leurs intérêts temporels.

 

Prise dans le jeu diplomatique et militaire des puissances européennes, la foi des fidèles s’intériorise. Les courants mystiques progressent. Une nouvelle évolution, qui accorde une grande place à la lecture, la prière individuelle, et la méditation, se développe. Des Ordres, comme ceux des Observants ou des Chartreux, qui prônent une foi austère, dépouillée, et l’engagement personnel, apparaissent. Ces mouvements affaiblissent le contrôle du clergé sur les laïques, et favorisent la propagation d’hérésies.

 

Parmi les nouveaux dissidents, Jan Hus est un étudiant à l’université de Prague ; il y découvre la remise en cause radicale de l’Eglise établie. Prédicateur renommé, il dénonce les abus et la richesse excessive de l’Eglise. Son influence grandit, au point d’inquiéter le Concile de Constance. Hus s’y rend, grâce à l’Empereur Sigismond, pour expliquer sa position. Malgré cela, il est condamné, et brûlé vif en 1415. Il devient alors un héros national.

 

Les pères entendent donc à la fois remédier aux dangers les plus graves et proposer un nouveau mode de gouvernement de l’Eglise, où le monarque – le pape – et son conseil – les cardinaux – seraient épaulés et contrôlés par un « parlement » - le concile -. Le concile fait donc, en priorité, adopter les décrets « Haec Sancta » - ou « supériorité du concile sur le pape » et « Frequens » - ou « réunion du concile à date fixe ». Ensuite, seulement, il accepte d’élire un nouveau pape : la désignation de Martin V, en 1417, met un terme au Grand Schisme.

 

Toutefois, en 1419, un dernier sursaut de l’hérésie naît à Prague : les hussites – de tendances diverses – se révoltent. Sous la conduite de leurs chefs, Jan Zizka, puis Procope le Chauve, ils résistent victorieusement aux offensives de Sigismond et de la papauté. Ce n’est que bien plus tard q’un compromis est trouvé, qui leur laisse une certaine autonomie.

 

Puis, conformément au décret « Frequens », deux conciles se réunissent : à Sienne, en 1423, et à Bâle, en 1431. La papauté a le temps de reconstituer ses forces. Le nouveau pape, Eugène IV, craint les discussions sans fin. Il juge dangereuses les volontés de réforme des « universitaires », de plus en plus nombreux au concile – au détriment des « pasteurs », qui répugnent à quitter trop longtemps leur diocèse.

 

Le conflit ne tarde pas à éclater. D’abord contraint de reconnaître la légitimité du concile, Eugène IV finit par obtenir son transfert à Florence : il veut organiser une rencontre avec les orthodoxes, que l’avance turque contraint à nouer, à tout prix, alliance avec les chrétiens d’Occident. Le succès du concile de Florence, en 1439, achève de déconsidérer les dissidents, restés à Bâle. Ces derniers provoquent un schisme en élisant pape le duc de Savoie, qui prend le nom de Félix V. Mais les pays d’Europe soutiennent Eugène IV, et le schisme tourne court ; Félix V se soumet en 1449.

 

A suivre...


19 novembre 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 946 à 947 / 1803

X2Les Florentins ont déjà inventé la lettre de change au siècle précédent, puis la comptabilité en partie double, - faisant apparaître en même temps la situation de l’acheteur et celle du vendeur -. Ils développent au cours de cette période un système d’assurances destiné à répartir les risques entre les marchands et les navigateurs. Le préteur – l’assureur – déclare acheter au capitaine – l’assuré – un lot de marchandises qu’il s’engage à payer dans un délai déterminé. Mais le prix ne vas être versé que si les marchandises sont perdues : l’assureur ne paie donc qu’en cas de sinistre, mais il reçoit une prime à chaque voyage.

 

Plus de 200 contrats de ce type sont souscrits. Puis, les assureurs couvrent plusieurs expéditions, répartissant les risques et touchant une prime à chaque opération. La prime ne figure pas toujours dans les contrats, car l’Eglise interdit le prêt à l’usure – c’est à dire le prêt à intérêt -.

 

Le succès de Florence est donc lié à des changements qui agitent toute l’Italie. Dans l’ensemble de la péninsule, en effet, on observe la même évolution : les institutions médiévales, liées aux libertés communales, tendent à céder la place à un régime de principat ou de seigneurie personnelle, tandis que les cités-Etats se regroupent en unités territoriales plus importantes.

 

De fait, l’ascension des Médicis se fait progressivement, dans le respect des lois. C’est Jean de Médicis –1360 – 1429 -, dit « Giovanni di Bicci », qui fonde la dynastie. Ce banquier de Rome spécule habilement sur la victoire de la papauté romaine, puis s’installe à Florence en 1397. Libéral, ami du peuple, sans ambition politique, il n’inquiète en rien l’oligarchie lorsqu’il devient « gonfalonier de justice » - magistrat suprême de la cité – en 1421.

 

Son fils Cosme, en revanche, renforce de façon décisive la puissance de la compagnie Médicis et son crédit politique. Il s’assure une immense popularité auprès du « popolo munito » - ou « le petit peuple » -, au point d’effrayer les familles dirigeantes : en 1433, il est banni pour dix ans. Cosme s’installe alors à Venise, où il développe le rôle international de la compagnie Médicis, tout en regroupant autour de lui un parti d’opposition. En 1434, il est rappelé à Florence par la Seigneurie – l’instance dirigeante de la ville, qui comprend le gonfalonier de justice et huit prieurs -. Et, sans jamais paraître au premier plan, il devient le maître de Florence.

 

Pour permettre à plus de citoyens d’accéder au pouvoir, le Seigneurie est renouvelée six fois par an, par tirage au sort sur des listes. Cosme de Médicis n’est que trois fois gonfalonier, mais il fait établir des listes à l’avance. Aux conseils existants, il ajoute des commissions spéciales qu’il contrôle. Ainsi, sans heurter de front l’esprit démocratique, il vide les institutions de leur substance.

 

Mais, en même temps, la compagnie Médicis continue son ascension. Elle possède, à Florence, des fabriques de draps de soie ; elle vend des produits variés – huile, épices, fourrures – et détient un quasi-monopole de l’alun, indispensable aux teintures. Enfin, et surtout, elle contrôle des banques en Italie et dans le reste de l’Europe – Avignon, Genève, Lyon, Bruges, Londres -. Chacune de ces filiales est gérée par des « associés mineurs », qui présentent leurs comptes une fois par an. « Associés majeurs », les Médicis se réservent toutes les décisions importantes.

 

Cosme a l’habileté de maintenir les traditions démocratiques en évitant d’exhiber ses propres privilèges, et il s’assure les faveurs de la population par un généreux mécénat.

 

Il fait reconstruire l’église Saint-Laurent, édifier un palais que décore Gozzoli, consacre 40000 florins à la réfection d’un couvent de San Marco, qu’il dote d’une Bibliothèque, et où, Fra Angelico peint ses fresques. Verrocchio travaille pour lui.

 

Cosme n’est pourtant pas le seul mécène de la ville. Les familles riches, les Strozzi, les Pazzi, les Brancarri, en font autant. Les humanistes participent à la vie politique et de nombreuses fêtes associent le peuple à l’essor de la ville.

 

A la mort de Cosme, en 1464, l’autorité morale des Médicis est si grande que son fils Pierre peut diriger Florence sans quitter sa demeure. Laurent, le fils aîné de Pierre, succède à celui-ci en 1469. Mais l’opposition n’a qu’un but : reprendre le pouvoir aux Médicis. En 1478, une conjuration est montée par des membres de la famille Pazzi, avec le soutien du neveu du pape. Laurent échappe de peu aux meurtriers, mais son frère Julien est tué. La répression est impitoyable.

 

Laurent reprend et durcit la stratégie de son grand-père. Son gouvernement tend vers l’absolutisme : les Conseils recrutent leurs membres parmi les fidèles des Médicis, et ceux-ci sont reconduits dans leurs charges.

 

Par son mariage, Laurent s’apparente à la plus ancienne noblesse romaine, celle des Orsini, et par celui de sa fille, au pape. Son fils Jean est nommé cardinal. Une diplomatie prudente permet à Laurent de maintenir la paix en Italie.

 

Laurent de Médicis est un homme complexe, lucide, versatile, le prototype de l’homme de la Renaissance, ouvert à toutes les expériences. Les affaires ne l’intéressent guère. La banque familiale, qui prête trop, fait de grosses pertes. De 1477 à 1479, des filiales ferment, tandis que le conflit avec le pape, provoqué par la conjuration des Pazzi, fait perdre un important marché d’alun. Malgré ces déboires, Laurent, justement surnommé « le Magnifique », dépense toujours davantage, pour célébrer sa gloire et accroître le prestige de Florence.

 

La figure ascétique du moine prêcheur Savonarole est liée aux derniers beaux jours des Médicis. Et, appelé par Laurent lui même, Savonarole, prieur au couvent de San Marco, lance alors de terribles imprécations, exhortant la ville au repentir, si elle ne veut pas périr.

 

A suivre...

17 novembre 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 944 à 946 / 1803

X1A cette date, à Florence, les humanistes s’adonnent à la politique, à la poésie, à la philosophie, aux arts qui célèbrent la beauté, la sensualité, l’amour de la nature et de la raison, et s’intéressent à la place éminente accordée à l’Homme dans l’Univers. Ils ont des rapports ambivalents avec les Anciens, ils reprennent les idéaux de l’Antiquité en les conciliant avec les valeurs chrétiennes.

 

Les lettrés se mettent en quête de manuscrits grecs et latins, et les Seigneurs italiens encouragent les études platoniciennes. Grâce à l’imprimerie, les traités sont largement diffusés, soumis à la critique philologique et aux commentaires. Le goût de l’antique touche l’archéologie, et l’amour des statues grecques et romaines alimente les premiers musées.

 

Un des centres de la vie culturelle de l’époque est l’académie de Careggi, dont l’animateur est Marsile Ficin, helléniste, latiniste, esprit curieux et enthousiaste. La villa de Careggi, offerte par Cosme de Médicis, accueille des poètes, des juristes, des philosophes, bref, tout homme cultivé qui cherche à concilier le message biblique et la pensée antique, Platon et l’Evangile.

 

Pic de La Mirandole rejoint cette élite mystique. Il étudie l’hébreu, et, en particulier, la théosophie juive. La « somme » des 900 thèses qu’il présente à partir de ses lectures lui vaut une condamnation du pape, et seule la protection de Laurent le Magnifique le sauve de la prison. Pic cherche l’unité de l’esprit et l’harmonie du Monde dans la variété des doctrines, et son ouvrage principal, « la Digité de l’Homme » est un hymne optimiste à l’esprit humain.

 

L’influence néoplatonicienne imprime aussi sa marque sur les arts, sur la musique et sur la peinture. Les grands maîtres de la génération précédente sont morts : Fra Angelico ; Filippo Lippi ; Andréa del Castagno ; ainsi que Paolo Uccello, peu représentatif de son temps, avec ses grandes compositions de batailles qui réduisent l’Univers à une maquette géométrique. Les nouveaux sont Piero Della Francesca, qui a quitté Florence très jeune. Quant à Léonard de Vinci, après avoir étudié chez Verrocchio, il se rend à Milan.

 

Mais, en fait, c’est Botticelli qui incarne les visions et les rêves poétiques de Careggi. Le « Printemps » ; la « Naissance de Vénus », sont inspirés par Ficin. L’art de Botticelli est un art nerveux, délicat, irréel, qui rompt avec les préoccupations plastiques du temps – alors concentrées sur la perspective et le paysage -. Un art « maniériste » aussi, qui exprime les tourments d’une âme inquiète, émue des prédications d’un Savonarole.

 

Enfin, l’architecture et la sculpture de Bunelleschi, la géométrie de Manetti et le traité intitulé « De la Peinture », de l’humaniste Alberti, marquent la naissance d’un nouvel espace. Cet espace homogène est soumis à des règles mathématiques, déterminé par des rayons visuels qui forment un cône à partir de l’œil et se projettent sur la surface plane ; tous les rayons parallèles qui croisent perpendiculairement le plan de l’image convergent vers un seul point, dit « point de fuite ». La perspective éloigne ainsi le spectacle dont le peintre a la maîtrise des lointains infinis resserrés sur le plan du tableau et des raccourcis, où l’artiste italien Mantegna réussit des effets saisissants.

 

Par ailleurs, cette période favorise l’essor de la technique et le développement industriel. Des savants mettent au point toutes sortes de procédés et de machines pour alléger le travail humain. Leurs inventions ou les perfectionnements techniques qu’ils introduisent sont spectaculaires et modifient profondément la vie des hommes.

 

En fait, les hommes héritent leurs techniques du Moyen Age et ils étudient les traités anciens, que diffuse l’imprimerie. Mais, quel que soit ce remarquable essor, il ne faut pas le surestimer : le métal ne remplace que lentement le bois dans la fabrication des machines, l’esprit d’invention n’implique pas encore l’effort d’abstraction et de rationalisation capable de formuler les lois. Sauf en Astronomie, la finalité des ouvrages reste essentiellement pratique. Ainsi, le traité de L. Pacioli, « Summa de arithmetica » permet surtout à l’arithmétique commerciale de s’améliorer. En généralisant la notion du nombre négatif, il rend possible la comptabilité en partie double, qui permet d’éviter les erreurs de calcul et de tenir compte des paiements différés. En fait, l’algèbre ne joue aucun rôle dans le développement de la science. Reste que ces recherches préparent un nouveau regard. L’Humanisme naissant remet en question beaucoup de données, et en particulier les théories d’Aristote qui a conçu un Monde fini : un penseur tel que Nicolas de Cues propose la notion d’Univers illimité et affirme le rôle central des mathématiques ; en abandonnant le géocentrisme traditionnel qui veut que le Soleil, les planètes et les étoiles tournent autour de la Terre, il ouvre la voie à Copernic et à Galilée. De la même façon, le traité de Regiomontanus sur la trigonométrie, sert aux calculs astronomiques compliqués.

 

Le Siennois Francesco di Giorgio, sculpteur, architecte et peintre, lui, maîtrise à peu près toutes les techniques de son temps. Par son savoir, il est le type même de l’ingénieur de la Renaissance. A Urbino, il impose sa renommée : il construit les plus belles parties du palais et une série de forteresses. Son « Traité d’architecture civile et militaire » comporte une partie sur l’urbanisme, une sur les fortifications et une sur les machines.

 

Ce traité des machines est des plus originaux, avec des dessins de moulins à vent, une turbine hydraulique, des études d’armement naval, des grues et différents mécanismes d’engrenage. Il imagine même un véhicule original à quatre roues directrices et motrices.

 

Brunelleschi, lui, réalise une prouesse architecturale : sans échafaudage ni contrefort, il élève vers le ciel une extraordinaire coupole à base octogonale, le dôme de la cathédrale florentine. Avec Alberti, l’architecture est promue au rang des arts libéraux. Il propose un idéal mathématique et un vaste programme d’urbanisme – palais, villas, aqueducs – adaptés à l’art de vivre. Comme son ami Brunelleschi, Donatello, sculpteur, puise à la source des Anciens. Il donne à « David » une expression d’émotion et de sensibilité toute personnelle. Il travaille avec Ghiberti, qui fabrique les portes du baptistère de Florence. Verrocchio, de son coté, à la fois sculpteur, peintre et orfèvre, il s’intéresse aussi à l’architecture. Il reprend certains thèmes de Donatello, et les embellit.

 

A suivre...

16 novembre 2017

Mémoires, pages 60 à 62 / 311

X1Les deux fils de nos arrière-petits-cousins nous ont souvent emboîté le pas. Ils nous rejoignaient dans la cour de leur maisonnée. Nous dévalions ensuite la rue principale dans un sens ou dans l'autre. Car ma mère aimait nous concocter des itinéraires détournés.

Nous avons à des dizaines d'occasions emprunté le sentier goudronné bordant les parcelles herbeuses implantées entre notre agglomération et la suivante ; celle où se trouvaient la seule pharmacie et la seule supérette à des kilomètres à la ronde. En nous aventurant sur le chemin gravillonné passant à proximité de la pâture cernant notre propriété, nous dépassions le cimetière. Nous finissions par arriver à un croisement.

D'un coté, il remontait vers l'artère vitale du bourg ; là où l'église domine. Puis, nous nous en éloignions. D'un autre coté, il se métamorphosait en layon boueux et à peu près praticable tant que les pluies n'avaient pas fait de lui une tranchée boueuse.

Nous nous glissions dès lors sous les fils de fer barbelé empêchant les bovins de s'échapper des prés alentours. Nous choisissions des pâturages vides, bien qu'il nous soit arrivé une ou deux fois d'en traverser deux ou trois peuplés d'animaux. Or, il faut savoir que les vaches sont des bêtes dociles, douces, certes curieuses mais aussi peureuses. Et quand nous croisions leur route, elles ne nous importunaient pas. Tout au plus, cernées de centaines de mouches virevoltantes, elles nous dévisageaient. Quelques unes faisaient un ou deux pas vers nous. Mais nous n'étions les victimes d'aucun incident. Nous avancions sereinement jusqu’à l'autre coté du champs. Nous ouvrions sa barrière afin de le quitter. Ou, quand ce n'était pas possible, nous nous faufilions de nouveau sous les clôtures, avant de continuer à marcher.

Lorsque ma mère en avait assez de nous lancer à l'assaut de ces pistes, d'autres passages existaient. Qu'ils soient forestiers ou herbeux, ils étaient innombrables. Ainsi, plusieurs fois, dépassant les terres où nos arrière-petits-cousins laissaient leur troupeau tout l’Été, nous poussions jusqu’à un lieu dénommé « le Creux de Rénale ». Je ne connais pas l'origine de son nom. En tout cas, c'est un site à la configuration assez particulière. Aujourd'hui entièrement grillagé – il ne l'était pas durant mon enfance -, c'est une gigantesque cavité mesurant une quinzaine de mètres de diamètre. Il transperce le sol démesurément sur une bonne trentaine de mètres. Quand on atteint ses rebords, il est difficile de scruter ses profondeurs. Non seulement celles-ci sont invisibles du fait de sa hauteur. Également parce que les ombres qui le peuplent sont innombrables. Mais surtout, parce que saturent des immondices déversées là depuis des décennies.

Le Creux de Rénale a servi de décharge publique à ciel ouvert. Les habitants des environs y jetaient détritus et ustensiles usagers de toutes sortes. Généralement ils y arrivaient avec leurs utilitaires débordant de paniers ou de cagettes. Ils les y déversaient. Je ne les critique pas, puisque mes arrière grands-parents et mes grands-parents en ont fait de même. Je suppose malgré tout que ce n'est plus le cas puisqu'une haie infranchissable a été façonnée tout autour. Mais lorsque j'y suis passé il y a quinze ans, ses alentours étaient jonchés d'ordures. Y étaient présents des sacs plastique, des déchets alimentaires, de la ferraille rouillée, des panneaux étançonnés de menuisier ou de bricoleur du Dimanche. De plus, des centaines de volatiles ou de rongeurs, s'y étaient établi. Rats et corbeaux en avaient fait leur garde-manger privilégié.

Cet abîme aux parois mal dessinées ressemble à l'une de ces bouches dont on disait autrefois qu'elles accédaient aux portes de l'Enfer. Il y en a plusieurs autres – heureusement non pollués, eux ! - dans la région : le Puits de la Brême, le Gouffre de Poudrey, le Gouffre de Jardel entre autres. Et nombre de rumeurs courent à son sujet : on s'y serait débarrassé de conteneurs de pesticides encombrants. On y aurait balancé des cadavres d'animaux morts de maladies contagieuses. On y aurait déchargé des matériaux de constructions inutilisés ou détériorés, des pneus usés ou des emballages morcelés. Plus incroyable encore, durant la Première Guerre Mondiale, les corps de quelques allemands y auraient été propulsés. Des obus de cette époque les y auraient accompagné. D'autres datant du Second Conflit Mondial y dormiraient aussi.

Je ne les y ai jamais aperçu. Je dois toutefois avouer que je ne me suis jamais approché assez près de ses pourtours pour y discerner distinctement tout ce qui le remplit. La seule fois où je m'en suis soucié, j'y ai uniquement surpris des carcasses de tacots au milieu de la multitude de rebuts divers.

A suivre...

15 novembre 2017

Brèves Philosophiques, pages 362 à 364 ; Humanité et religion, dernière partie :

X1En même temps, là où cet objectif Religieux – dans le but proclamé d'approcher le Divin davantage – est vicieux, c'est qu'en s'appuyant sur celui-ci, la Religion incite à la culpabilisation de ce que fait de nous des êtres humains. C'est ce qui explique que les Religieux encouragent à la soumission totale à Dieu et à ses dogmes. Parce que, disent-ils, si nous voulons être sûrs de sauver notre âme, si nous voulons avoir une place dans l'Autre-Monde pleine de joie et de bonheur aux cotés du Seigneur, nous devons abandonner notre Humanité au profit de la Religion. Ce dont, évidemment – et ces clercs, imams, etc. le savent parfaitement – est impossible à réaliser.

Mais, il s'agit là d'un emprisonnement, d'un désir d'emprise totalitaire sur notre statut d'Homme. C'est pour cela encore, que dans leur esprit, il faut nous détacher de tout ce qui est « matériel », de toute « richesse », de tout « désir », etc. Parce que, plus nous en serons détachés, plus nous serons enchaînés à eux ; et donc, plus proches de Dieu.

Toute connaissance, toute ambition personnelle, toute individualité, toute volonté d'émancipation, etc. est le reflet de notre Humanité, des sentiments divers et multiples qui nous animent. L'amour d'une femme ou d'un homme, les passions humaines, la science remettant en cause la véracité des lois et des enseignements religieux, l'exploration de ce qu'il y a ailleurs, etc. ; tout cela est lié à cette étincelle humaine qui fait la spécificité de notre espèce.

Or, c'est très dangereux pour la Religion. Parce que cette Humanité amène le doute, conduit à désirer s'émanciper, à tenter de renverser l'ordre établi pour accéder à ces éléments de notre conscience muselée par ces préceptes. Parce que vouloir connaître ce qui existe ailleurs, parce que chercher à comprendre, se demander pourquoi, où, par d'autres moyens, fragilise le pouvoir que la Religion tente de nous imposer à tout prix. Il faut donc laisser les Hommes dans l'ignorance, la peur, et la culpabilité.

Alors, encore une fois, que parallèlement, la Religion, hurle à qui veut l'entendre, son amour de l'autre, sa tolérance, la prévenance, son écoute des besoins et des désirs de celui qui est perdu, terrorisé, incompris, blessé, humilié, etc. Alors qu'en réalité, ce que clame la Religion comme étant digne, étant honorable, comme étant des valeurs respectables et source de concorde, de bonheur, et d'espoir, sont déjà en nous. Il suffit juste de les développer par nos propres moyens, avec nos propres modèles, grâce à nos propres forces ou faiblesses, grâce aux rêves qui sont les nôtres. Grace à l'amour qui nous anime…

Tout simplement, parce que nous sommes humains, rien que des humains ; uniquement des humains. Et qu'à vouloir approcher des idéaux inatteignables, on en arrive, par le biais de la Religion, à nous transformer en intolérants, crédules, barbares, violents, capables de meurtres, de déclencher des guerres, de torturer. Puisque les préceptes Religieux qui nous portent, et au nom de ce qui devrait développer ce qu'il y a de meilleur en nous, nous métamorphosent en l'opposé de ces mêmes idéaux...


14 novembre 2017

Modifications du 14/11/2017 :

X1Ce soir, exceptionnellement, pas de texte poétique, de brève philosophique ou autre récit du mème genre. Non, ce soir, je présente les dernières figurines King and Country que j'ai reçues dans la journée. Je les ai sorties du colis que j'ai réceptionné en milieu d'après-midi, car j'ai eu une lettre à terminer d'urgence matin. En effet, celle-ci concernait des difficultés que j'éprouve actuellement avec la famille de ma compagne. En fait, je ne suis pas directement cité. Mais c'est bien moi qui suis visé.

 

X2En effet, ma compagne a été prise à parti par ses parents hier soir par téléphone. Parce qu'elle veut se protéger de leur influence ; ils ont déjà, à plusieurs reprises, tenté de nous diviser, de torpiller la relation de couple qu'elle et moi entretenons depuis quatorze ans. Ils ne l'ont jamais accepté parce que je n'appartiens pas à leur milieu, parce qu'ils rêvent d'avoir la mainmise totale et complète sur ma compagne ; qui ne sait pas se défendre contre eux. Elle est tétanisé, elle n'a pas un caractère suffisamment fort pour leur dire ce qu'elle pense, ce qu'elle veut, ce qu'elle ressent. Ils le savent et en profitent pour essayer, par tous les moyens, sur notre vie de couple, sur sa vie de femme, quitte à mettre sa santé en péril. Je rappelle en effet que ma compagne est atteinte de la sclérose en plaques, et qu'elle a besoin de calme, de tranquillité, de sérénité, de paix, pour que sa maladie soit stabilisée.

 

X3Le problème est que ses parents ne voient que par eux, par ce qu'ils veulent pour elle, par ce qu'ils considèrent être le mieux pour elle, par ce qu'ils ressentent. Et ce, sans se soucier de ce que veut, pense, ressent ma compagne. Pour eux, elle est toujours une petite fille de cinq ou dix ans qu'ils doivent couver, qu'ils doivent protéger, y compris contre son gré si nécessaire. Ainsi, juste après la découverte de sa sclérose en plaques, ses parents ont voulu la mettre sous tutelle, sous prétexte que s'il m'arrivait quelque chose, elle serait à l'abri. En fait, l'idée était de fissurer notre couple pour qu_'ils puissent la « récupérer ». Et ça a engendré des dégâts irréparables dans la famille de ma compagne, à maints niveaux, dont les effets se font sentir aujourd'hui encore.

 

X4De fait, pour se préserver, ma compagne a décidé de prendre ses distances avec ses parents. Je ne peux tout expliquer ici en quelques mots. Ce serait trop long et trop compliqué. Il y a tellement de paramètres à détailler pour comprendre les tenants et les aboutissants de cet aspect de mon existence lié à ma compagne et à ses proches. Mais elle souffre énormément de leur comportement, elle en est malheureuse. Tout ce qu'elle souhaite, c'est vuvre le plus tranquillement possible.

 

Pourtant, une fois de plus, hier soir, ses parents sont revenu à la charge en l'invectivant, en la bousculant verbalement, en me maudissant au passage de tous leurs maux. Car évidemment, c'est toujours de la faute des autres, jamais de la leur. Je ne dis pas que je n'ai pas des erreurs ou des maladresses à mon actifs. Qui n'en n'a pas ? Je ne suis pas différent des autres !!! Seulement, j'essaye d'apprendre de mes expériences, de ne pas renouveler mes erreurs ou mes fautes. Quand j'ai tort, je l'admet volontiers. Pas eux, ils sont en permanence arc-boutés sur leurs certitudes jusqu’à l'absurde. Ils s'emportent facilement, menacent. Je me souviens, personnellement, d'un épisode qui m'a marqué à vie au fer rouge, et dont je ne me suis jamais véritablement remis. Il a participé à ma fragilité de ces dernières années.

 

Et hop, voila qu'hier soir, au moment ou ma compagne nous y attendons le moins, à peine remis d'autres péripéties que j'ai relatées ici mème il y a peu vis-à-vis de ma propre famille, qu'ils en remettent une couche. Sans repos ni répit pour moi ou ma compagne.

 

Donc, j'ai du terminé une lettre que ma compagne a écrite à leur intention, avant de pouvoir ouvrir le colis de figurines dont vous voyez les photos à coté de ce texte. Ces figurines concernent trois époques et trois collections que je suis depuis que la marque King and country s'y est attelée : l'Empire Romain, l'époque des Croisades, et la période des conquêtes napoléoniennes. Les figurines que vous y voyez appartiennent aux séries qui y sont rattachées, parmi les plus récentes. Les autres qui les enrichissent, je les achèterai au fur et à mesure des mois qui viennent.

 

Ce n'est qu'après tour cela accompli que j'ai pu me pencher sur la poursuite de la correction du chapitre récemment terminé de mon livre sur les origines du Nazisme. Sur la trentaine de pages à corriger, j'en ai corrigé dix, en les accompagnant des notes de fin de chapitre. Donc, si j'ai accompli cela en deux jours, j'en aurai définitivement terminé avec lui d'ici la fin de semaine. Et je pourrais alors pleinement me consacrer à la rédaction du chapitre suivant, auquel j'ai hâte de m'attaquer…

 

Bonne soirée à vous tous et à vous toutes...

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 943 à 944 / 1803

X1Italie, XVème Siècle :

 

En 1405, la plupart des géographes Italiens considèrent toujours l’Ethiopie comme étant la dernière parcelle visible de l’Atlantide. Parfois, « Ancien Continent Englouti » apparaît encore sur leurs cartes.

 

En 1407, c’est Piri Reiss qui bouleverse la plupart des conceptions cartographiques établies. Contrairement à ses confrères, dits « officiels », il se réfère un certain nombre de cartes du IVème siècle avant J.C. ; il les aurait jadis découvert et suppose qu’elles renvoient à des sources beaucoup plus anciennes ; en expliquant en outre que leurs plans s’appuieraient sur des documents aujourd’hui disparus.

 

D’après lui, ces cartes démontrent que la Terre avait été entièrement cartographiée au-delà de l’an 4000 avant J.C. Et seule une Civilisation perdue, ayant atteint un haut degré de technologie avait eu la possibilité d’effectuer une telle prouesse. Par la suite, ses atlas ont été légués à d’autres Sociétés ; peut-être les Crétois de l’Ere Minoenne ou les Phéniciens ; sachant que ces derniers ont été le plus grand marins du Monde Antique pendant près de mille ans. Piri Reiss prétend qu’elles ont finalement atterri dans la Bibliothèque d’Alexandrie ; où elles ont été minutieusement étudiées et décortiquées ; avant d’être compilées par les savants de l’époque.

 

Les cartes que Piri Reiss a vues dans sa jeunesse concernent principalement les rivages de la Méditerranée et de la Mer Noire. Il y a noté la latitude et la longitude de l’Egypte jusqu'à sa frontière Méridionale. Il y a relevé les Observatoires Astronomiques qui y ont été implantés aux temps jadis. Mais il en a observé d’autres montrant le Continent Américain, les océans Arctique et Antarctique au moment où ils étaient libres des glaces. Et il ne doute pas qu’en des temps très reculés, d’anciens voyageurs aient parcouru la Terre du Pôle Nord au Pôle Sud ; en devant avoir des instruments de mesure et de calcul largement supérieurs aux siens. Piri Reiss est en outre persuadé que ces planisphères sont la preuve qu’ils aient minutieusement exploré ces territoires. Pour lui, elles sont les ultimes vestiges de l’existence de l’Atlantide. Il écrit donc à ce propos : « Ces cartes incorporent des données qui sont le reflet d’une Science Oubliée, et qui se rapportent à une époque où l’Homme était capable de déterminer la place du Monde au cœur de l’Univers par d’autres moyens que les nôtres. ».

 

En 1409, deux ans après Piri Reiss, c’est à Oronce Fine de remettre en cause les théories des cartographes officiels. Il accrédite en effet une thèse encore plus surprenante que son prédécesseur. En s’appuyant sur les mêmes renseignements, il prétend que l’Antarctique a bien été visité ; mais aussi qu’il a été habité par l’Homme lorsqu’il était dépourvu de glaces. Oronce Fine explique donc que les cartes de Piri Reiss remontent bien plus loin dans le temps. Elles font référence à un moment où le niveau des océans était beaucoup plus bas qu’à l’heure actuelle ; à une époque où la grande île apparaissait toujours au large de l’Amérique du Sud ; entre la grande dorsale de l’Atlantique et l’Equateur. Les minuscules rochers de Saint-Pierre et de Saint-Paul en sont aujourd’hui ses ultimes résidus.

 

Oronce Fine en conclut que les Atlantes ont dû exister à une période contemporaine de la fin du Premier Age Glaciaire dans l’Hémisphère Nord. Et, en s’interrogeant sur les travaux de ces derniers, il émet l’hypothèse qu’ils auraient dessiné leurs cartes sur plusieurs millénaires d’affilée. Ils se seraient ainsi arrogé la possibilité d’y consigner les moindres changements au fur et à mesure des bouleversements planétaires.

 

En 1409 également, beaucoup d’Occultistes se mettent tout à coup à utiliser une notion Magique nouvelle de manière inconsidérée. Parmi eux, le peintre Piranèse est le plus talentueux ; il la fait se refléter dans la plupart de ses œuvres graphiques rattachées à l’Egypte et à ses Mystères.

 

En 1410, Florence offre à l’Italie un miroir de l’excellence du Monde. « Cet Age d’Or, écrit le philosophe Marsile Ficin, rend à la lumière les arts libéraux presque abolis, la grammaire, la poésie, l’éloquence, la peinture, la sculpture, l’architecture et la musique. Et tout ceci à Florence. ».

 

Cette fierté, cette foi dans la mission humaniste et le retour de l’Age d’Or ne sont pas nouvelles : un siècle avant, Dante et Pétrarque en ont témoigné dans leurs écrits, et Giotto sur ses toiles. Mais foi et fierté triomphent avec la magnificence des Médicis, qui incarne l’idéal des humanistes.

 

Pourtant, territorialement, l’Etat florentin n’a pas grand poids dans la péninsule : 15 000 km², 750 000 habitants – moins de 80 000 pour Florence, dont la moitié a succombé à la Peste Noire. Non loin de là, il faut compter avec les Sforza, maîtres du duché de Milan, forts d’une armée solide et d’une économie prospère.

 

Malgré tout, Florence doit encore sa fortune au négoce et à la finance. Au début du siècle, elle compte près de cinquante maisons de commerce et contrôle le grand trafic international. Plus tard, les prodigalités de Laurent, les énormes pertes de la compagnie Médicis affaiblissent son économie. Mais c’est alors qu’elle devient la ville phare de l’humanisme. Autre paradoxe : cette cité si fière de ses traditions républicaines, se reconnaît dans un homme qui accapare seul le pouvoir.

 

A suivre...

13 novembre 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 942 à 943 / 1803

X1En 1479, Ferdinand II devient roi d’Aragon et Isabelle parvient à ses fins : les doux couronnes sont réunies, sans pour autant constituer encore un royaume vraiment fort, pris entre le Portugal en pleine expansion, la France des Valois, le petit Etat de Navarre et le royaume musulman de Grenade. De plus, les deux royaumes ont des institutions séparées et des vocations différentes : l’Aragon, avec une population de moins de un million d’habitants, se prête au commerce grâce à ses ports dynamiques, comme Barcelone, et à ses possessions en Italie, tandis que la Castille, avec ses cinq millions d’habitants, aspire à rayonner sur l’Europe. Sa célèbre université de Salamanque et sa vieille noblesse, chez qui la pauvreté et le sentiment de l’honneur se conjuguent pour susciter ardeurs et ambitions, la destinent à de grands projets.

 

En dix ans pourtant, avec un sens inné des réalités sociales et économiques, de la diplomatie et même de la propagande, les « Rois » construisent un Etat cohérent et puissant, cimenté autour de leurs personnes et d’un grand dessein : la Reconquista. Aussi ont t’ils recours à une fiscalité extraordinaire, qui s’élève jusqu'à 70 % des recettes en 1482 ; l’Eglise leur apporte son soutien : le pape leur permet de disposer des sommes recueillies auprès des fidèles et des revenus des Ordres militaires. Il promet aussi de récompenser les « croisés » par des indulgences. Le Conseil royal, rouage politique et administratif essentiel du pouvoir, est renforcé. L’armée, composée de gardes royaux et de vassaux, recrute également des troupes seigneuriales dont le Trésor assure la charge, tandis que les troupes municipales forment la « Santa Hermandad », préposée à la sécurité intérieure du pays. Enfin, le couple royal sillonne ses provinces : Ferdinand s’engage au milieu de ses soldats et Isabelle se rend sur le front, gestes qui leur assurent une très grande popularité.

 

Après quatre ans de trêve, le guerre entre Grenade et la Castille reprend en 1481 : c’est une guerre d’escarmouches, de harcèlements, d’offensives et de sièges. En 1487, de durs affrontements ont lieu près de Malaga et la ville tombe bientôt aux mains des chrétiens ; puis Barza cède à son tour, après six mois de siège. Le royaume de Grenade, également miné par des dissensions internes, s’effrite et, en 1490, les Rois décident d’en finir : ils massent environ 60 000 hommes dans la plaine de Grenade.

 

De fait, les négociations avec le dernier roi maure de Grenade, Boabdil, débutent à l’automne 1491.

 

La veille du 1er Janvier 1492, Boabdil fait envoyer 400 Maures en otages, chargés de présents pour les Rois, tandis qu’un petit peloton d’officiers chrétiens se rend sur la colline de l’Alhambra afin d’y occuper les points stratégiques. Le 2 au matin, le cortège royal s’ébranle avec, à sa tète, Ferdinand d’Aragon et les grands du royaume, suivis par la reine Isabelle avec le prince Jean et les infants ; les troupes viennent ensuite. La colonne arrête sa marche à une demi-lieue de Grenade, où le roi maure la rejoint. Boabdil remet au vainqueur les clés de la ville ; devant quelque cents-mille spectateurs musulmans, juifs, chrétiens, castillans et étrangers, la croix du primat d’Espagne s’élève sur la plus haute tour de l’Alhambra. Ni pillage ni mise à sac : la victoire des Rois s’achève par une cérémonie entre « gens d’honneur », au son de Te Deum. Ce succès tant attendu leur vaut le titre de « Rois Catholiques », que leur décerne le pape Alexandre VI. Cependant, Boabdil est contraint d’accepter les conditions des vainqueurs, conditions infiniment plus généreuses que celles qui sont imposées aux Juifs trois mois plus tard : liberté de culte, sécurité des personnes, liberté d’émigrer en vendant ou en emportant ses biens.

 

Car, dès le mois de Mars 1492, sous la pression de l’Inquisition et d’émeutes populaires, l’expatriation des Juifs est décidée. Le décret des Rois Catholiques donne trois mois aux intéressés pour vendre leurs biens et organiser leur départ : après le 30 Juin, ceux qui seront restés seront passibles de mort.

 

Mais, en réalité, l’émigration des musulmans apparaît bien vite comme inévitable, car les vexations et les pressions s’accumulent. Une grande partie des vaincus prend le chemin de l’exil à l’automne 1492, à la suite de Boabdil. Ceux qui demeurent sur place sont bientôt menacés par l’Inquisition et sont accablés d’impôts ; des révoltes éclatent car les promesses des Rois Catholiques ne sont pas tenues ; par ailleurs, en guise de représailles, des raids musulmans, menés à partir du Maghreb, ravagent les petits villages côtiers et raflent les habitants, qui sont réduits en esclavage. A partir de 1502, l’émigration perd toute apparence de liberté pour devenir une véritable expulsion. A ces départs forcés s’ajoutent ceux, volontaires, des colons vers l’Amérique ; aussi, l’Espagne unifiée, devenue une grande puissance européenne et mondiale, perd t’elle finalement près d’un million d’habitants.

 

Enfin, Ferdinand devient veuf en 1504 ; il conserve la régence de Castille, où il renforce son absolutisme contre les partisans de l’héritière Jeanne, sa propre fille.

 

A suivre...

12 novembre 2017

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux, pages 941 à 942 / 1803

X1En 1487 également, la Légende du fabuleux royaume du Prêtre Jean ressurgit une fois de plus ; comme d’autres avant eux, ce lointain pays chrétien intrigue les Portugais. En 1487, Jean II lance deux de ses hommes de confiance dans un périlleux voyage. Il charge Pêro da Covilha – un de ses agents secrets ayant déjà travaillé en Espagne - de visiter l’Inde, et Alfonso de Paiva de recueillir des informations sur le fabuleux royaume. Déguisés en marchands, les deux émissaires arrivent en Egypte. Ils rejoignent Alexandrie, puis le Caire. Ils gagnent Suakim, et de là, s’embarquent sur une petite chaloupe Arabe à destination d’Aden, de l’autre coté de la Mer Rouge.

 

Puis, en 1488, ils débarquent au Yémen. Là, diverses aventures les retardent considérablement : Alfonso de Paiva tombe malade et meurt. Pêro da Covilha, lui, visite ensuite Calicut, Goa, Ormuz, descend jusqu’au Mozambique. En 1493 finalement, il réussit à pénétrer en Abyssinie, et à se faire admettre à la cour du fameux « Prêtre Jean ».

 

Or, quelques mois plus tard, Pedro de Covilhan est incarcéré. Il est accusé d’espionnage pour avoir réussi à recueillir un certain nombre d’informations concernant l’Arche d’Alliance et la cathédrale d’Aksoum. Il a même tenté d’envoyer ses renseignements – sans succès – à des membres de l’Ordre du Christ installés en Afrique du Nord. Et il est condamné à mort.

 

 

Espagne, XVème siècle :

 

En 1412, une ordonnance de Valladolid prescrit aux Juifs de se tenir dans des quartiers clos de murs. Puis, en 1449, le premier statut de « pureté du sang » est proclamé à Tolède.

 

Au niveau Religieux, Sixte IV confère au souverain de Castille la possibilité de nommer des Inquisiteurs : l’Inquisition devient donc un organisme de l’Etat.

 

Son premier autodafé a rapidement lieu : six personnes sont brûlées. Puis, Tomas de Torquemada est nommé Inquisiteur général de Castille ; il combat tout ce qui menace l’unité de l’Eglise espagnole, prenant pour cible ces nouveaux chrétiens – « conversos » - qui demeurent juifs de cœur. Il promulgue une nouvelle organisation, un code de procédure unique et établit des tribunaux locaux d’une redoutable efficacité.

 

En 1469, Isabelle de Castille épouse Ferdinand d’Aragon ; nul ne peut prédire alors au jeune couple un brillant destin. Le prince Ferdinand est certes appelé à succéder à son père, Jean II ; en revanche, les prétentions d’Isabelle à la Couronne de Castille se heurtent à une grande partie de la noblesse castillane : celle-ci voudrait en effet voir monter sur le trône la fille du souverain régnant Henri IV, la petite Jeanne, promise au roi du Portugal Alphonse V. Avec l’appui de ses partisans – qui font valoir la probable naissance illégitime de Jeanne -, Isabelle, demi-sœur du roi, se fait proclamer en 1473 reine de Castille par les Cortes – assemblée représentative – de Valladolid, provoquant ainsi une véritable guerre dynastique.

 

A suivre...

11 novembre 2017

Danser avec le Diable :

X1Souhaitez vous danser ce soir au clair de lune avec le Diable ? Souhaitez vous vous laisser emporter par ses si délicieux tourments ; par ses si voluptueux cauchemars éveillés ?

 

Nul ne peut se mesurer au Démon ; surtout lorsqu'il s'incarne en femme !!! En cette sublime beauté qui nous envoûte et nous enchante tant. En cette mirifique luminescence qu'elle incarne avec tant de charme et tant d'aisance. En cette irradiance obscure qui nous ouvre les portes d'un paradisiaque Néant. En ce rêve absolu de félicité et d’Éternité qui nous échappe depuis l'Aube des Temps.

 

Nul ne peut lutter contre cette incarnation que nous révérons et maudissons. Nul ne peut combattre ce qu'elle éveille aux tréfonds de notre cœur et de notre âme suppliciés par tant de songes évanescents. Nous ne sommes capables que de se jeter à ses pieds en la suppliant de nous emporter vers des ailleurs où nous serions libres de nous évader de cette Réalité sans attraits ; presque dément.

 

Oui, le Diable est susceptible d'emprunter bien des formes et bien des apparences. Afin de nous attirer à lui ; afin que nous soyons désireux d'en être les captifs volontaires probablement. Et c'est volontiers que je me laisse subjuguer lorsqu'il est le réceptacle de tant de féminité.

 

Je ne sais pas pour vous. Mais moi, dans ce cas, je lui voue dès lors une totale vénération. Je me donne à lui sans retenu, avec plaisir et avec envie d'en découvrir davantage encore. Je signe les yeux fermés son pacte de sang ; rien que pour passer une nuit dans les bras de cette femme qu'il représente. De cette femme à laquelle je n'aurai jamais pu accéder sans son intervention.

 

Et tant pis si je n'en ressors pas indemne. Le tout, pour moi, et d'avoir atteint en sa compagnie cette félicité à laquelle j'aspire tant ; et pour laquelle je me suis battu depuis que je suis adolescent...