Mes Univers

16 juin 2021

Etre différent :

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C'est sur la souffrance et sur le malheur d'une minorité que le bonheur et la tranquillité de la majorité s'édifie. C'est de l'indifférence, de la médiocrité, des platitudes, auxquels ces derniers sont assujettis que se battit le désespoir et la solitude des premiers. Pas une seule personne issue de la masse ne lèvera jamais le doigt pour les aider à cicatriser leurs blessures, à moins d'y être contraints, ou à moins d'y trouver un intérêt personnel.
 
Jusqu'au jour où, évidemment, la roue de la fortune ne tourne en leur défaveur à la suite d'un accident de la vie, d'une période de chômage les faisant basculer dans cette précarité à laquelle est enchainée cette minorité. A moins que la maladie ou le handicap, ou toute autre forme de souffrance, ne les atteigne brusquement et irrémédiablement ; sans possibilité de retour en arrière. Alors là, ces personnes issues de la masse égoïste et stoïque, ne souhaiteront qu'une chose : c'est que cette majorité à laquelle ils appartenaient il y a encore peu, se souviennent d'elles, les regardent et les considèrent pareillement qu'autrefois. C'est que cette masse ne les oublie pas, ne les rejette pas. C'est qu'elles puissent toujours faire partie d'elle ; comme avant.
 
Mais non !!! Le regard de la masse sur ces personnes aura changé, et définitivement. Désormais, en effet, ces personnes seront liées à cette minorité qu'elles ont contribué à fuir, à rejeter, à moquer, à isoler. Elles tenteront en vain de leur rappeler qu'elles faisaient partie de cette masse placide, imperméable à sa douleur et à sa détresse. Mais la masse des gens "biens nés", "normaux", ancrés dans un quotidien dénué de scrupules, d'empathie, de bienveillance à l'encontre de ceux et celles qui ne sont pas comme eux, ne faiblira pas.
 
Être en contact, être ami, être ouvert et accueillant vis-à-vis des personnes que la vie n'a pas - ou n'a plus - favorisé, n'est pas ce vers quoi cette masse tend. Elle veut être uniquement constituée de gens qui ressemblent aux foules qui la composent. De gens qui pensent, qui agissent, qui croient, qui ont les mêmes habitudes ou préoccupations, qui ont les mêmes projets ou les mêmes rêves, qui ont les mêmes passions ou les mêmes existences que leurs semblables.
 
Ces gens ne veulent pas de personnes différentes parmi eux. Alors, lorsque l'un d'eux devient malheureusement différent, ils s'en séparent sans regret ni remord. Lorsque quelqu'un nait différent - et peu importe la forme que prend cette différence -, cette masse le juge et le condamne à la déportation, à l'exil, à la solitude, et ce à perpétuité.
 
Je plains de tout cœur cette masse de gens. Je la plains parce qu'inévitablement, un jour, ces gens qui la constituent rejoindront malgré eux cette minorité qu'ils ont toujours cherché à fuir. Parce qu'ils deviendront trop vieux, parce qu'ils ne seront plus aussi vifs, plus aussi dans le coup que quelques années auparavant, parce que leurs préoccupations, parce que leur vision du monde sera celle-ci : "Ah, c'était mieux avant", ils seront relégué au statut d'antiquités. Parce qu'ils seront à la retraite, forcé à l'inactivité, parce que l'invalidité les aura frappé, la masse les contraindra au silence et à l'obscurité.
 
Éventuellement, ils seront autant maltraités, humiliés, rabaissés, fui que cette minorité qu'ils ont jadis abandonné. Et ils pleureront toutes les larmes de leur corps d’être victime de l'indifférence et de l'apathie de cette masse discriminante et violente à leur égard. Et ils maudiront leurs enfants qui auront fait leur vie, et qui ne viendront leur rendre visite que très rarement ; parce que jeune et bien portante, ils ne désireront pas subir leur déchéance. Après tout, ils auront d'autres choses plus importantes à leurs yeux à faire.
 
Dans une société où le culte de la performance, où le culte du corps, où le jeunisme et ses attraits voluptueux sont la norme, on est vieux de plus en plus tôt. La moindre imperfection physique est considérée comme un motif de rejet ou de moquerie. Or, nul n'est parfait ; la perfection n'est pas de ce monde. Et tant mieux, sinon cela voudrait dire que la diversité nécessaire à la perpétuation des espèces - et l'espèce humaine notamment - n'aurait pu droit de cité.
 
Et leur déclin, puis leur extinction, et la notre, serait inéluctable. Voila ce que cette masse de gens médiocres et communs propagent comme doctrine lorsqu'ils ne désirent pas se mélanger à cette minorité qui ne leur ressemble pas. La standardisation des corps, des pensées, des rêves, des projets, des ambitions, etc. qu'ils encensent est le moteur de leur propre déchéance. Oui, le jour où ils seront obsolètes, remplacés par d'autres critères d'homogénéisation, ils deviendront des membres de cette minorité qui les effrayait tant ; et qu'ils rejetaient avec force.
 
Regardez-vous !!! Vous qui rejetez ou fuyez des personnes comme moi parce que physiquement et intellectuellement je ne vous ressemble pas ; parce que je n'adhère pas à vos critères de ce que doit être la normalité - cette normalité teintée de médiocrité, de petitesse d'esprit, de métro-boulot-dodo, de pain et de jeux, et j'en passe - ; dites-vous bien qu'un jour, inévitablement, inéluctablement, vous serez à ma place. Dites vous bien que la souffrance que vous m'infligez, que le désespoir dont vous êtes la cause, vous l'endurerez également. Que vous les ressentirez probablement mille fois plus durement, vu que vous n'y avez jamais été confronté du fait de ne pas être né différent...
 
Dominique Capo

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15 juin 2021

Pendant ce temps-là :

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Pendant que des millions d'idiots décérébrés se pâment devant une compétition sportive destinée à détourner leur attention des vrais problèmes que rencontre notre pays, notre continent, notre société, pendant que la télévision les abreuve d'images de ces "héros" qui transforment les foules en sauvages dès qu'ils marquent un but, pendant que les accros de la performance sportive, s'inquiètent lorsque l'une de leurs idoles fait la une de l'actualité parce qu'il est victime d'un "bobo" à un mollet ou une clavicule, des millions des gens crèvent de faim, dorment dans la rue, meurent du Covid-19 ; et ils s'en moquent.
 
Ces stars du foot qui valent des millions juste parce qu'ils savent courir derrière un ballon ; qui engrangent encore plus d'argent lorsqu'ils font de la publicité pour tout et n'importe quoi à la télévision ; dont le quotidien - y compris le plus insignifiant et le plus puéril - est suivi par des millions d'abrutis sur les réseaux sociaux ; la seule façon qu'ont ces derniers de rêver, d'espérer, de "croire", puisque tout le reste - politique, religion, culture, science, etc. - ne les intéresse pas. Pire : ils les dénigrent et les remettent en question à coup de fake-news, de distorsion des faits afin qu'ils correspondent à LEUR Vérité ; et ce, à la première occasion. Fanatiques et acharnés qu'ils sont à remodeler l'histoire ou l'actualité.
 
Peu importe le niveau social de ces millions de personnes, peu importe qu'ils soient riches ou qu'ils soient pauvres, peu importe qu'ils soient intelligents ou pas, peu importe qu'ils aient fait de longues études ou non, peu importe qu'ils soient dotés d'une culture encyclopédique ou pas, etc., à ce moment là, ils redeviennent des barbares dignes des premiers ages de l'Humanité, qu'ils n'ont jamais cessé d'être. Pire : qu'ils n'ont jamais voulu cesser d'être.
 
Un match de football, ça ressemble à une affrontement sur un champs de bataille. Deux armées qui se font face. Deux nations, deux régions, deux villes, deux tribus en fait, avides du sang de l'adversaire, prêtes à annihiler ceux qui s'imaginent être supérieurs parce que dignes de remporter la victoire. Parce que leur honneur, parce que leur amour-propre, parce que leur dignité, parce que leur vanité, dépend de l'issue de ce combat à mort.
 
J'entends leurs grognements et leurs vociférations. J'entends leurs insultes et leurs menaces - qui tournent à l'orgie de violence parfois dans les rues de nos cités - ; je vois leurs haines et leur sexisme, leur chauvinisme, ou leur racisme autorisant tous les débordements. Oui, vraiment, un retour aux âges les plus primitifs, où la seule option à la portée de ces êtres frustres était : c'est eux ou nous. C'était de montrer ses muscles, de défendre son territoire face à ces envahisseurs, face à ces étrangers qui n'y avaient pas leur place.
 
Et pendant que ces barbares du XXIe siècle se roulent dans cette fange qui avilit cette part d'humanité qu'ils devraient élever au-dessus du médiocre et du vulgaire, d'autres, ailleurs - tout près de chez eux parfois -, se battent pour trouver à manger, pour ne pas être victimes des guerres qui ravagent leurs pays, pour ne pas succomber à la pandémie qui engendre des millions de morts partout sur la planète.
 
Regardez-les, ces supporters qui se rassemblent dans les cafés, chez eux, dans les rues, sans protection, alors que le Covid-19 y est toujours présent. Ils s'en foutent. Après-tout, c'est l’Été, il fait beau, il fait chaud, les vacances sont bientôt là. Qu'est-ce qu'on vient m'emmerder avec la solidarité à l'encontre des plus faibles, de ceux que cette épidémie pourrait emporter si moi et mes potes oublions nos masques ou l'appliquer les gestes barrières. Ce n'est pas mon problème. En plus, je suis vacciné. Que je puisse continuer à le propager par inadvertance, je m'en fous. Je n'ai aucun remord, aucune honte. Pour moi, ce qui importe, c'est de profiter pleinement de la vie et du retour à la "normalité". Qui vivra verra.
 
Tant pis si dans deux ou trois mois, après l’Été certainement, une quatrième vague et un troisième confinement font leur apparition. Du moment que j'ai profité de mes congés. Du moment qu'on m'a foutu la paix pendant l'Euro 2020. Du moment que j'ai pu passer mes soirées avec mes amis, y compris dans des lieux fermés propices à la propagation du virus. Tant pis, si j'ai pu faire la fête, me saouler, fumer mes joints en leur compagnie pour accompagner la victoire de mes héros ; ou pour me consoler de leur défaite.
 
Après-tout, tous les prétextes sont bons pour se laisser aller aux dérives les plus dissolues. Les autres, j'en n'ai rien à foutre. Du moment qu'on me fout la paix et que je peux aller en boite de nuit, au restaurant, à la plage pour griller allongé sur mon mètre carré de sable chaud. Du moment que je peux ensuite m'exhiber auprès de mes collègues, fier d'avoir pu semer la mort parce que je n'ai pris mes précautions en portant mon masque, mème à l'extérieur, surtout dans les endroits bondés comme les rues des cités où j'ai passé deux ou trois semaines de vacances avec ma greluche et mes marmots. Surtout sur les plages où tout le monde est rassemblé parce que tout le monde fait pareil que moi.
 
Les matchs de foot ou autres manifestations festives de même acabit, c'est pareil. La fraternité, le partage, la convivialité, les valeurs humanistes qu'ils sont censé porter, c'est pour les autres. Moi, je m'en désolidarise, parce que je suis immunisé, parce que je suis sans respect pour ceux qui m'entourent, même si ceux qui m'entourent, eux, me doivent évidemment le respect ; c'est normal, c'est naturel. Que des gens meurent alors que des millions sont dépensés pour un spectacle d'un mois qui ne profite qu'à des privilégiés, ce n'est pas important. Que mes joueurs favoris gagnent des millions parce qu'ils courent derrière un ballon pendant 90 minutes de match, alors qu'il y en a tant qui ne gagnent mème pas le Smic, on s'en fout. Mon plaisir avant tout.
 
Que des invalides, que des malades, que des handicapés, se retrouvent abandonnés, délaissés, incapables de se débrouiller seuls lorsque leur conjoint s'écroule devant eux, et qu'ils sont dans l'impossibilité de le remettre debout... du moment que le match se poursuit, ça ne me pose aucun souci. Qu'ils croulent sous la fatigue, sous le désespoir, sous l'impuissance à se sortir des situations dans laquelle ils se trouvent du fait d'une différence qu'ils n'ont pas demandé, mais pour laquelle on les met de coté, n'est pas le problème de ces footeux. Ce n'est pas le problème des gens qui ont une vie normale, une vie médiocre enchainée à un "métro-boulot-dodo" qui obscurcit leur horizon. Ces gens qui ont un quotidien dont la seule perspective est le prochain match ou les prochaines vacances sur la plage, les écrasent de leur suffisance, de leurs revendications à retrouver leur vie d'avant auxquels d'autres n'ont jamais eu accès, auxquels d'autres n'auront jamais accès.
 
Alors oui, pendant ce temps-là, il y en qui souffrent, il y en a qui aimeraient mourir parfois, plutôt que de subir. Il y en pour qui "vivre normalement", profiter de ce que ces personnes "normales" ont ou revendiquent, est à mille lieues de leurs possibilités et de leurs capacités. Il y en a qui, de voir ces mêmes personnes se plaindre des inconvénients qu'ils subissent, ou qui se foutent des conséquences de leurs gestes ou de leurs actions, détruit. Il y en a qui voient dans le sport - et le football notamment - un vecteur de moutonnage, d'amoindrissement de la pensée et de la raison, un refus de la culture, une exaltation de la violence et de la haine de celui qui est différent. Et ça le meurtrit, ça le rend fou de douleur, ça le fout en l'air, tout simplement...
 
Dominique Capo

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11 juin 2021

Rien à foutre du foot :

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Aujourd'hui, tous les beaufs et autres fans de football frustrés de ne pas avoir pu communier devant leur petit écran - seul ou en groupe -, au café du coin, ou sur les gradins d'un stade, vont pouvoir se réjouir : l'Euro 2020 débute ce soir. Les chaines sont prêtes à les diffuser ; à diffuser des émissions spéciales et des après-matchs vantant les mérites de l'équipe de France. Tant que celle-ci gagnera, la une de l'actualité sera dominée par cette compétition. Une fois qu'elle sera éliminée, elle sera reléguée au second plan, évidemment.
 
Ah !!! Le retour du vautrage dans le canapé, une canette de bière dans une main, un morceau de pizza à moitié froid dans l'autre. Ah, les pronostics de chacun(e), les hurlements au moment d'un but de son équipe favorite ; les larmes lorsque cette dernière est vaincue par son adversaire. Ah, les vitupérations et les insultes, les embrassades et les coups de klaxons débiles après une victoire. Ah, ce retour à l'instinct le plus primitif et le plus primaire ; de celui qui est censé rassembler les foules autour d'un mème idéal, mais qui en fait exacerbe la violence et la haine de celui ou celle qui n'appartient pas à sa communauté de supporters.
 
N'avez-vous jamais remarqué qu'une "compétition" de sport, et notamment de football, s'apparente à une bataille digne des guerres de l'ancien temps ? Le terrain équivaut au champs de bataille. Les équipes qui "s'affrontent" sont les deux armées qui s'y défient. Les supporters sont les spectateurs des jeux du cirque attendant la mise à mort de leurs ennemis. D'ailleurs, n'est-il pas étrange que les mêmes termes soient repris dans les deux cas : compétition, affrontement, vaincre, remporter la victoire...
 
Je ne sais plus qui a dit : pour qu'un peuple se tienne tranquille et n'ait pas le désir de renverser le gouvernement en place, il faut lui donner du pain et des jeux. Je me demande si ce n'est pas Jules César ou l'un de ses augustes successeurs. Depuis deux-milles ans, rien n'a changé. Les instincts bestiaux de l'Homme sont exacerbés lors de ces compétitions. Quand on voit les supporters s'exclamer parce qu'un joueur - un attaquant, encore un terme guerrier - a mis un but, la foule en délire devient une bête furieuse. Les supporters se transforment en abrutis, en barbares dignes des barbares de jadis. Leur comportement n'est plus animé par la raison ou le sens commun.
 
Ils laissent également ressortir tout ce qu'il y a de plus sauvage et inhumain en eux. Assoiffés de sang, vindicatifs, haineux lorsque leur équipe a perdu, ils sont prêts à "venger les leurs" pour réparer l'affront qui leur a été fait. Comme si leur vie en dépendait, comme si c'était eux qui s'étaient "soumis" et que c'était inacceptable, injustifiable et injustifié.
 
Quelle honte d'en arriver à de telles extrémités. Et on dit que l'Homme est civilisé, qu'il est un être pensant et évolué. Qu'il est doté d'intelligence et de raison. Une petite chiquenaude, et il fait ressortir tout ce qu'il y a de plus primaire en lui. Les soi-disant valeurs sportives que sont le partage, la fraternité, la tolérance, ou le respect, hop, envolées. Le courage, l'endurance, la gloire, le succès, les honneurs, ne sont-ils pas des mots directement empruntés aux joutes guerrières d'antan. Et que dire des millions que les joueurs des équipes internationales gagnent par mois ? Leur statut de star que l'on suit passionnément sur les réseaux sociaux, et à qui l'on s'identifie, à la place de laquelle on aimerait être pour briller, pour être adulé, pour être riche !!! Ah, elles sont belles ces valeurs sportives dont on nous rebat les oreilles en permanence...
 
Comme si déverser ses émotions les plus vindicatives au travers de ces compétitions était honorable. Ah, c'est sûr, on ne parlera que deux minutes d'un scientifique qui a permis de découvrir un remède pour guérir du cancer !!! On ne parlera que deux minutes d'un artiste qui a consacré des années de sa vie - sans salaire mirobolant - pour peindre, sculpter, écrire, un chef d’œuvre qui perdurera des décennies ou des siècles !!! Par contre, exacerber les émotions les plus viles et les plus basiques associées à ces confrontations sportives, là, il y a du monde !!!
 
Et les gens participent volontairement et consciemment à cette addiction. Car il est vrai que dans une société où tout n'est que spectacle, éphémérité, challenges, rivalités, violence, rentabilité, etc., personne ne trouve à y redire. C'est normal, c'est banal. Valoriser ce qu'il y a de pire en nous est une fierté. L'éloge du groupe déshumanisé mais institutionnalisé, soumis et orgueilleux, a de beaux jours devant lui. J'y vois surtout de la barbarie : réactualisée certes, prenant des formes alternatives à celles de jadis certes. Mais de la barbarie quand même.
 
J'irai même plus loin : c'est ainsi que l'on domine et soumet les masses. Hitler l'avait bien compris avant nous, lui qui a usé des mêmes stratégies pour anesthésier son peuple, avant de le transformer en peuple de guerriers partis à la conquête de l'Europe. La masse fanatisée, dont on a ôté toute capacité de réflexion parce que c'est le groupe qui compte avant tout. Parce que l'individu n'est rien s'il n'est pas qu'un simple rouage de la machine guerrière à laquelle on le destine. Ce sont les mêmes mécanismes qui sont ici à l’œuvre. Des mécanismes auxquels on adhère en toute conscience avec la conviction que son groupe, que sa nation, que sa "race" est meilleure ou plus puissante que son voisin. Des mécanismes aussi à l'origine de tous les maux de l'Humanité depuis que la civilisation existe ; et perpétués ainsi.
 
J'imagine ces supporters se congratulant virilement - hommes et femmes - au premier but marqué. J'imagine leur rage si leur équipe perd. Certains se retrouvant dans les rues pour se bastonner. D'autres se saoulant - que la victoire soit dans leur camp ou non -, fumant des joints ou sniffant un peu de coke pour se mettre dans l'ambiance. Et peu importe son niveau social, son éducation, le montant de ses revenus, le territoire où on est né, l'intelligence dont on est pourvu ou pas... Non, tout ça ne compte pas. Ce qui compte, c'est de participer à cette ferveur, à cette exaltation, à ce fanatisme déshumanisants. Tout est bon pour se perdre, pour que sa foi en son équipe perdure - il est noter que la religion utilise de même des ressorts semblables pour enchainer ses fidèles à ses préceptes.
 
Eh bien, tout ça, ça me fout la gerbe. Je vomis cette annihilation de la conscience au profit de l'immersion au sein de la masse. Là où mon individualité, ma réflexion, ma raison, mon humanité, n'ont plus court. Je méprise cette abandon de sa personnalité, de son sens commun, de son incapacité à se détacher de la pensée globale. C'est salir le terme "être évolué, intelligent, et conscient". C'est le pervertir. Se considérer comme noyé au milieu de la masse, comme c'est le cas dans ce genre de circonstances, c'est se rabaisser humainement, c'est médiocre, c'est dérisoire. Et je le clame haut et fort parce que je n'ai ni honte ni orgueil à me distinguer de ceux qui ne voient pas les choses comme moi...
 
Dominique Capo

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10 juin 2021

Jeudi 10/06/2021 :

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S'il y a une chose dont je suis viscéralement persuadé, c'est que l'estime, le respect, et l'amitié éprouvés pour une ou plusieurs femmes laisse l'immense majorité d'entre elles indifférentes. Elles sont impitoyables, elles sont insensibles, elles sont glaciales, surtout lorsqu'elles sont particulièrement attirantes ou séduisantes ; surtout lorsqu'elles sont lumineuses et "paraissent humainement intéressantes".
 
Pour autant, cet aspect de leur personne que je rêve de découvrir et d'apprendre à connaitre et à apprécier est sans effets. Automatiquement, parce que je suis un homme, que parce qu'elles ont des milliers - davantage peut-être - d'admirateurs qui les encensent pour les attraits dont la nature les a généreusement pourvue, elles considèrent que je suis là pour les draguer. Elles supposent que si je les contacte, que si je désire échanger avec elles, que si je désire leur parler de vive voix ou les rencontrer autour d'un verre, c'est pour les séduire, voire les mettre dans mon lit. Comme s'il n'y avait pas d'autre alternative. Comme si le sexe était l'unique ambition de tout homme qui cherche à savoir qui elles sont au-delà des apparences.
 
Non seulement ça me rend malheureux, mais ça me blesse profondément. Depuis que je suis adolescent, cette réaction de leur part à mon égard m'a toujours meurtri physiquement et mentalement. Pire, ça m'a souvent et régulièrement fragilisé, condamné à me replier sur moi-même. Ces préjugés et ces à-priori ont plusieurs fois failli me rendre fou de douleur et de désespoir au point d'avoir attenté à ma vie en de multiples occasions.
 
Oui, je suis atteint d'une hémiplégie partielle du coté droit de mon corps. Oui, je suis victime de la maladie de Sturge-Weber ; une maladie orpheline qui touche un enfant sur cinquante-mille à sa naissance. Oui, j'ai un angiome facial externe et interne qui lui est lié, et qui provoque parfois chez moi des crises de convulsions passagères. Oui, je suis en coupe depuis seize ans avec une femme atteinte de la sclérose en plaques, et dont l'état de santé se dégrade lentement et inéluctablement. Oui, du fait de cette situation, je ne sors pratiquement plus de chez moi, ayant changé d'itinéraire personnel il y a longtemps pour me consacrer entièrement à ma vocation d'écrivain et d'historien. Oui, je n'ai pas de moyen de locomotion, mon parcours professionnel concernant un emploi "normal" a abouti un échec suivi d'un burn-out dont je ne me suis jamais vraiment remis. Oui, mon existence n'a été qu'une continuité d'épreuves, de souffrances, de difficultés, d'obstacles, liés au regard que la société et les gens ont porté sur moi.
 
Je me suis battu toute ma vie, j'ai bravé ce qu'il y a de pire en ce monde, j'ai dépensé des fortunes, j'ai cherché partout et par tous les moyens à ma disposition, pour enrayer cette fatalité. Tout ce que j'ai toujours souhaité, c'est d'approcher une ou plusieurs de ces femmes qui me captivaient - qui me captivent - par l'aura qui se dégage d'elles. Parce que partager une amitié, des centres d’intérêts, des discussions, des instants amicaux privilégiés, pour moi, c'est ça être heureux. Véritablement et fondamentalement. Ce but a toujours été celui que j'ai désiré atteindre, parce que c'est lui qui me permet de me débarrasser de mes peurs, de mes douleurs, de mes hantises ; de me sentir être un être humain comme les autres.
 
Pour quelqu'un que l'on toujours vu comme "à part", "différent", "anormal", à cause de sa tâche de vin, de son hémiplégie partielle, de sa maladie, c'est essentiel. Pour quelqu'un d'intellectuel parce que c'est grâce aux livres, aux connaissances, à l'écriture, aux choses de l'esprit, qu'il a réussi à survivre à cette mise à l'écart permanente et systématique, c'est une question d'estime de soi. Suis-je assez respectable, honorable, apte à être considéré par une ou des femmes que j'admire, que j'estime, de qui je rêve d'être l'ami - et uniquement l'ami -, pour que ces femmes m'acceptent dans leur entourage ; m'acceptent avec mes différences ; m'acceptent tel que je suis véritablement ?
 
Les rares fois où j'ai eu cette chance, ce privilège, oui, à ces moments là, fugitivement, j'ai été heureux, épanoui, et serein ; en paix avec moi-mème. Oui, ces moments ont marqué ma vie à tout jamais. Oui, ces moments m'ont donné la force de renverser les obstacles qui se dressaient devant ; m'ont donné l'envie de me dépasser, de surmonter les épreuves et les difficultés qui émaillaient mon itinéraire de vie. Malheureusement, parce que la vie est ainsi faite que nos chemins ont dû se séparer - travail, famille, etc. -, ça n'a jamais duré. Et je suis alors retombé dans l'obscurité et le silence, dans la souffrance, la peur, et le désespoir.
 
Qui peut comprendre ça, lorsqu'on ne nait pas "différent" ? Qui peut comprendre à quel point c'est dur, c'est épuisant, c'est source de tourments et de fragilités émotionnelles, de ne pas pouvoir approcher les personnes avec lesquelles vous désirez être amicalement, sans que ce ne soit une source de vulnérabilité et de désarroi. Oui, quand on est "normal", ce que l'on nomme "les rapports humains", est quelque chose de simple, de facile, de naturel, d'instinctif.
 
Quand on est "différent", c'est un véritable parcours du combattant, c'est à l'origine de déchirements - on ne veut pas gêner ou embêter la personne dont ont tente de tirer l'attention. C'est à l'origine de mal être : comment faire pour attirer son attention sans l'indisposer ? Comment lui montrer que mes intentions sont sincères, honnêtes, et sans aucune arrière-pensée ? Comment ne pas être maladroit, mal à l'aise, timide ? Comment lui faire comprendre que, même si elle est en couple, mariée, avec un ou des enfants, ça ne me gène pas ? Qu'au contraire, elle peut leur parler de moi et de l'amitié que j'ai pour elle ; et ceci notamment pour ôter toute ambiguïté sur mes intentions ? Comment faire pour qu'elle ne focalise pas que sur mon apparence "ingrate" je le sais ? Pour qu'elle envie de connaitre qui je suis en réalité ? Et alors, me permettre d'être heureux, d'être épanoui, d'être en paix avec moi-même ?
 
Mais non, ces femmes sont dénuées d'empathie. Tous les prétextes et tous les subterfuges - parfois grossiers et visibles comme le nez au milieu du visage - sont les bienvenus pour repousser la main que je leur tends. Pour me repousser, et par là même, m'humilier, me détruire un peu plus que je ne le suis déjà. Elles alimentent ainsi mes peurs, les violences morales dont je suis victime depuis mon enfance. Elles me renvoient aux moqueries, aux rejets, aux isolements, aux traitrises, aux traumatismes qui ont émaillé mon itinéraire de vie. Elles me condamnent à la solitude, alors que j'aimerai tant en sortir en accomplissant cette aventure humaine et amicale qui pourrait tout changer.
 
Mais non, je serai l'éternel sacrifié, l’éternelle victime expiatoire permettant aux uns et autres de se donner bonne conscience en favorisant l'entre-soi. En mettant en exergue leur superficialité, leur vanité, leur orgueil parce que le destin les a privilégié. Parce que leur corps est attirant et séduisant, et qu'ils se croient supérieurs aux gens comme moi pour cette raison. En oubliant qu'un accident est vite arrivé, et que du jour au lendemain, leur beauté peut s'effacer, qu'ils peuvent être atteint d'une maladie ou d'un handicap. Et qu'à ce moment-là, ils se rendront compte que les faux amis ou les relations superficielles dont ils sont si fiers, se détourneront d'eux. Et que seuls resteront ceux et celles qui les apprécient pour ce qu'ils sont au-delà des apparences.
 
Oui, apprécier au-delà des apparences, cette barrière infranchissable que je désire franchir en les connaissant davantage, en discutant avec ces femmes qui m'attirent, mais que je veux découvrir au-delà de la plastique admirable et admirée dont elles sont le réceptacle. Cette barrière infranchissable que notre modèle de société rend de plus en plus infranchissable. Cette barrière infranchissable qui pousse à s'isoler les personnes comme moi, à force d'être moquées, humiliées, rabaissées, exilées, parce qu'elles ne correspondent pas aux normes en vigueur. Et qui incite à l'indifférence, à l'impassibilité, à l'insensibilité, et aux préjugés...
 
Voila ce à quoi me condamne votre comportement à mon encontre, mesdames et mesdemoiselles auxquelles je tends la main sans vous rendre compte des conséquences de votre refus de la prendre en toute amitié afin que nous fassions en tout bien tout honneur un bout de chemin ensemble...
 
Dominique Capo

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08 juin 2021

Mardi 08/06/2021 :

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Je suis meurtri dans ma chair et dans mon âme, parfois au-delà du supportable. La peur et le désespoir m'étreignent souvent. La solitude face à l'imprévisible, face à ce sur quoi je n'ai aucune prise et qui m'afflige, qui me terrorise, me mutile mentalement, m'étouffent et me brisent.
 
Car c'est toujours l'imprévisible, ce dont je ne suis ni responsable ni coupable, qui s'acharne sur moi. Les épreuves, les difficultés, et les obstacles, qui font de mon existence un cauchemar, je ne les ai, le plus souvent, ni voulues ni provoquées. Et pourtant, ce sont eux qui s'acharnent sur moi, qui reviennent sans cesse à l'attaque, qui me harcèlent jusqu'à me détruire, jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Pensez-vous qu'elles stopperaient leurs véhémences à ce moment-là ? Bien-sûr que non !!! Elles redoublent d'ardeur pour me détruire, pour que je sois incapable de me relever ou récupérer un peu de mes forces physiques ou mentales.
 
Écorché vif, elles poursuivent leur œuvre de destruction. Je me bats en permanence, j'y use ma santé, j'y mets toute mon énergie ou toute ma volonté pour les éviter, pour les repousser. J'en vainc une ou deux de temps en temps. Mais, un peu plus tard, elles reviennent me hanter plus déterminées que jamais à m'abattre. Et moi, l'handicapé, l'homme à la santé fragile, l'homme épuisé et terrorisé par ces ennemis invisibles, je n'ai ni repos ni répit. Je suis incapable, il m'est impossible, de trouver un moment de calme, apaisé, serein. Il m'est impossible de vivre un moment tranquille sans craindre que le ciel ne s'effondre sur moi. Sans craindre que les êtres humains ne me fassent encore plus de mal que je ne peux l'endurer.
 
Mes émotions sont tellement vives, qu'elles sont toujours sources de souffrance. La main que je temps, repoussée, évitée, fuie, est condamnée a être mordue, déchiquetée, alors qu'elle ne cherche qu'un peu d'amour ou d'amitié. Et ces émotions, déjà exacerbées par ces épreuves, ces difficultés, ces obstacles, quotidiens, est secouée de spasmes de souffrance ; des larmes de sang coulent irrémédiablement. Et je me replie sur moi-même, je m'isole, pour ne plus être confronté à l'indifférence de ces personnes, pour ne plus être la proie d'émotions que je ne peux pas partager, pour ne pas être tenté de vouloir échanger, sachant que la réciproque n'est pas vrai.
 
Voilà, une vie sans alternative, sans espoir, sans rêve susceptible d'être atteint. Voila : juste écrire, juste lire, juste apprendre et découvrir le monde, raisonner, réfléchir, tenter d'évoluer humainement, mais seul dans son coin. Parce que l'Humanité dont je suis ne souhaite pas être confrontée à des êtres qui doivent se battre bien au-delà des limites du supportable pour survivre. Elle préfère les personnes pour qui le bonheur et la joie, pour qui la convivialité et l'existence, sont des éléments simples et faciles.
 
Oui, l'Humanité n'a pas envie d'être confrontée aux gens qui vivent le pire alors qu'ils se battent pour atteindre le meilleur. Et même si parfois, ces derniers remportent quelques maigres batailles, l'immensité des défis qui les attendent, l'Humanité n'en tiendra pas compte ; persuadée qu'elle est qu'elle vaut mieux que ces gens au destin semé de périls et de désillusions....
 
Dominique Capo

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31 mai 2021

Le 31 Mai 2021 : des nouvelles de ma santé et quelques pensées sur l'art de l'écrit et mon amour des livres :

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Aujourd'hui, ça va mieux. A force d'obstination et de l'utilisation de crèmes destinées à lutter contre, mes crises aiguës de furonculose s'amenuisent. Les furoncles et les taches rouges éparpillées du haut de ma nuque à la portion droite en haut de mon dos et de mon épaule, s'effacent progressivement. C'est loin d'être gagné. Je pense que des semaines d'emploi de ces crèmes à raison de trois ou quatre fois par jour, seront nécessaires afin d'en venir à bout.
 
Pour la première fois depuis des mois, je n'ai pas eu de crampes, de symptôme de jambes sans repos, ou de tout autre supplice, qui s'est déclaré cette nuit, et j'ai pu dormir "normalement" et d'une traite. Je sais que ça peut paraitre négligeable aux yeux de beaucoup. Mais pour moi, c'est un miracle, et c'est considérable pour ma stabilité physique et mentale...
 
Aujourd'hui, je reprends donc la correction de trois premiers chapitres de mon autobiographie intitulée "Quel roman que ma vie". J'en ai fini avec le premier des trois - avant ma naissance - ; j'ai entamé la correction du second qui va de ma venue au monde à notre déménagement en région parisienne. Deux événements y sont particulièrement développés : la découverte de la maladie de Sturge-Weber liée à l'angiome facial interne et externe dont je suis pourvu ; mes premières crises de convulsions, mon hospitalisation, le diagnostic des médecins, etc. Puis, la tempête de neige qui a eu lieu à la toute fin de 1970, et qui nous a bloqué plusieurs jours durant sur l'autoroute aux abords de Montélimar en compagnie de centaines d'autres automobilistes.
 
Oh, je me doute bien que peu de gens liront ces Mémoires lorsque je les publierai. Il faudrait déjà qu'un éditeur soit intéressé par elles, et ait le courage éditorial de s'engager auprès d'un auteur quasiment inconnu du grand public. Aujourd'hui, les éditeurs ne prennent plus de risques. Ils préfèrent les auteurs connus et reconnus dont ils savent qu'ils peuvent immanquablement leur rapporter de l'argent. C'est la loi du marché qui dicte ses règles. Et lorsqu'on a ni contact ni relais dans cet univers, il est quasiment impossible de franchir les barrières qu'ils dressent devant pour décourager ceux ou celles qui viendraient bousculer cette mécanique parfaitement huilée.
 
Surtout lorsque, comme c'est le cas pour moi, il faut des mois ou des années pour terminer son projet. Car, à coté de ça, bien entendu, je m'occupe de ma compagne atteinte de la sclérose en plaques au quotidien. Et de la même manière que lorsque j'écris, je m'investis démesurément dans ma tache. J'y mets tout mon temps, toute mon énergie, toute ma volonté, de dépasser les obstacles, les épreuves, et les difficultés qui se dressent devant moi. Je ne renonce pas ; je me bats jusqu'à la limite de mes forces, et même au-delà, pour lui offrir la meilleure vie possible ; la plus sereine et la plus tranquille ; même si c'est moi qui en subit des conséquences dont elle ne se rend pas toujours compte. Mais ce sont les symptomes de sa sclérose en plaques qui veulent ça.
 
Et encore, il y a énormément de choses que je ne peux et ne veut pas dire ici. Ma famille est loin de moi ; elle m'aide autant que faire se peut. Quant à la sienne, de famille, j'aborderai le sujet dans mes Mémoires. Pour que mes lecteurs et lectrices comment nous en sommes arrivés à couper les avec elle ; c'était une question de survie pour notre couple, c'est tout ce que je peux expliquer pour le moment.
 
Enfin, si un jour mes Mémoires sont lues. Oh, je suis conscient que les gens lisent de moins en moins. Je suis conscient que la lecture de "pavés" de 600 à 700 pages est considérée comme du temps gâché, perdu. Les gens préfèrent les romans ou les texte courts, vite lus, vite oubliés. Comme n'importe quel bien de consommation, le livre est devenu hautement périssable, éphémère. Énormément d'auteurs, mais rarement de qualité ; rarement qui marquent les esprits plus de quelques jours ou de quelques semaines en vérité. Par ailleurs, rédigés en trois à quatre mois, surfant sur l'actualité ou les émotions les plus basiques, ils ne s'encombrent pas d'approfondir trous les aspects qu'ils pourraient explorer.
 
Je le sais pour lire davantage que la moyenne des gens - deux à trois livres hebdomadairement ; en fonction de son nombre de pages, en fait -, la plupart des romans proposés sortent rarement des sentiers battus. Ils n'ont rien de véritablement original. Leurs auteurs se contentent de se réapproprier des thèmes usés. J'en veux pour preuve le thème des vampires, puisqu'il m'est cher pour des raisons personnelles. Si Anne Rice l'a réactualisé, l'a sublimé, les écrivains qui se sont engouffrés dans cette brèche ont réduit cette réactualisation à néant. Ils l'ont ridiculisé ; voyez la saga "Twilight" et ses succédanés qui ont réduit ce mythe à des histoires d'amour pour adolescent(e)s boutonneux. Alors qu'il mérite bien plus que ça ; qu'il e a tellement d'autres aspects de l'humain à explorer.
 
Moi mème, je m'y suis essayé à une époque ; et un jour, à l'occasion, ça ne me déplairait pas d'y revenir. Mais, ça n'aurait rien à voir avec ce qui est publié actuellement!. Mes deux essais de nouvelles non-abouties mais ouvrant des portes sur des aspects extrêmement riches et tout en finesse de ce mythe en sont l'exemple. Pour autant, c'est un univers immense dont rares sont les personnes qui osent emprunter la route, découvrir ce qu'il a à offrir. C'est plus facile de se contenter d'une histoire vite écrite, vite publiée, vite lue, vite oublie, vite jetée. Comme pour tout le reste de cette société de consommation qui broie ceux qui essayent d'y trouver une issue.
 
C'est pour ça que j'estime que rares seront les gens qui voudront lire mes Mémoires. Déjà, la plupart des textes que je poste ici, sont lus en biais, sans chercher à les approfondir, où à lier les pensées que j'y exprime, à d'autres textes ou raisonnements que j'ai partagés plus ou moins récemment. La plupart des gens se contentent d'en retenir une phrase ou deux qui va dans le sens du concept ou de l'émotion qu'ils ont envie d'entendre, de voir, ou de ressentir. Le pourquoi, le comment, ne les intéresse pas. Surtout lorsque c'est long à lire ou compliqué à assimiler. Alors, lire des Mémoires de 600 à 700 pages, au secours, n'est-ce-pas !!!
 
Enfin, moi qui suis perfectionniste - sauf lorsque j'écris au kilomètre sans relecture sur Facebook ; à quoi bon rédiger des textes exemplaires littérairement parlant ; autant donner du lard à des cochons -, lorsque je lis ce qui est publié ici, des fois, j'ai envie de m'arracher les cheveux. Coquilles, longueurs, répétitions, fautes de grammaire et d'orthographe, style sms. Les gens ne savent plus écrire correctement. Leur vocabulaire est d'une pauvreté inouïe. Leur imagination est à ras des pâquerettes.
 
Forcément, il est avéré que plus on lit, plus on acquiert ces éléments de langage susceptibles d'approfondir la manière de retranscrire, l'exactitude des propos, que l'auteur a voulu partager. Forcément, plus on lit, plus l'imaginaire d'une personne se développe. Le cerveau, le langage, le raisonnement, la pensée, etc. sont des outils : plus on s'en sert, plus on est adroit à s'en servir. Or, que constate t'on généralement : les correcteurs d'orthographe automatique remplacent la lecture et la relecture nécessaires à la remise en forme des textes. La grammaire, on s'en fout.
 
Éventuellement, on invente de nouveaux mots parce que ceux qui existent déjà ne sont plus utilisés par la majorité "pourquoi la "problématique, plutôt que dire le problème, alors que la définition est la mème et que les deux mots ont la mème fonction". Les nouveaux mots utiles, voire indispensables, du fait de l'évolution du langage et des interaction lexicales entre les différentes langues, sont employés à tout bout de champs pour être "à la mode", "dans l'air du temps". La tablette tactile ou le smartphone décrédibilisent l'écriture manuscrite. Il arrivera un jour où les gens ne sauront plus du tout écrire, à force de tout dématérialiser. Et à ce moment-là, ils seront totalement soumis à la machine, incapables de penser, de parler, d'échanger, humainement. Et ils seront définitivement devenus les moutons que notre société d'hyper-consommation leur demande d'être ; tout en sachant que cette perspective n'est qu'une vie à très court terme.
 
Je me demande ce que deviendront ces gens le jour où ils ne seront plus qu'une variable d'ajustement de es machines ; remplaçables à l'envi et au gré des besoins de celles-ci ; forcément plus rentables, qui n'ont ni besoin de salaire, ni besoin de repos, ni besoin de manger, etc. C'est vers cette société que nous nous dirigeons. Ou bien, lorsque ces gens, devenus obsolètes et inutiles - ou encore lorsqu'un bug remettra en cause cette hyper-technologie -, que deviendront-ils s'ils ne savent plus se diriger sans leur GPS, se transmettre des informations sans savoir les écrire, compter sans calculette automatique ? Nous reviendrons à un age où seuls quelques-uns détiendront le pouvoir parce qu'ils ont su ou voulu conserver ces aptitudes essentielles au "savoir vivre, voire survivre - ensemble.
 
Tout cela pour dire que ce que j'observe actuellement, et de plus en plus ici, annonce tout ça. Ça me fait dire que rares seront les personnes intéressées par mes Mémoires. Les mémoires d'un handicapé atteint d'une maladie orpheline dont la trajectoire est impossible à relater sur 200, 300, voire 350 ou 400 pages. La norme en vigueur concernant la plupart des livres vendus et à succès. Avec des mots pas trop compliqués. Avec de petits chapitres pas trop "prise de tète". Avec une histoire qui finit bien parce que les gens sont accrocs aux contes de fées, vu que leur existence ordinaire et médiocre a besoin de sensationnel pour qu'ils se sentent véritablement exister.
 
Oui, je gage que tous ces inconvénients vont faire que l'immense majorité des gens vont se détourner de mes Mémoires, de la mème manière qu'ils vont se détourner de cet article ; comme à l'accoutumée. Pourquoi changer lorsqu'on est institutionnalisé, standardisé, normalisé ; jusqu'à se transformer en moutons incultes et illettrés ? Pourquoi ce culte du corps, de la beauté, si ce n'est pour détourner l'attention des gens des choses de l'esprit qui leur permettent de réfléchir, de résonner, et éventuellement de faire évoluer la société vers plus d'humanité et d'équité ? Il y en a qui ont trop à perdre pour ça. Il est préférable pour "tout le monde" d'appauvrir intellectuellement les gens ; c'est le meilleur moyen de les soumettre.
 
C'est ainsi qu'a toujours fonctionné la civilisation afin de maintenir la distance entre riches et pauvres - et pas seulement une distance sociale ou financière. Une distance entre ceux qui sont capables de s'en sortir et ceux qui ne le sont pas. Savoir écrire, savoir lire, savoir réfléchir, savoir comprendre, savoir apprendre, savoir se débrouiller sans smartphone - pas être contre, juste quand c'est nécessaire ou utile -, est ce qui fait le différence entre les uns et les autres. Tel est ce que je défends. Et mes Mémoires sont une pierre que je pose au sommet de cet édifice ; même si presque personne ne les lira...
 
Ces Mémoires vers la rédaction desquelles je retourne immédiatement avec un plaisir comparable à nul autre. Des tonnes de livres à coté de ma table de chevet dans lesquels je me plonge quotidiennement entre deux à trois heures, avec une joie et une félicité que bien peu d'entre vous peuvent concevoir ou ressentir, c'est évident. Des plaisirs simples, des plaisirs de l'esprit de plus en plus négligés, méprisés, ridiculisés, haïs, que l'on cache pour ne pas être mis au ban de notre société. Mais des plaisirs un bonheur auquel jamais je ne renoncerai ; fussé-je le dernier à m'y adonner...
 
Dominique Capo

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26 mai 2021

Une journée supplémentaire en enfer :

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Hier a été une journée en enfer ayant générée une crise de furonculose aiguë, beaucoup de stress et de perte de temps. Comme souvent, mon besoin de calme et de sérénité a été dévasté. Le fragile équilibre qui me permet de me sentir en sécurité, protégé des incertitudes de l'existence, a été malmené ; comme c'est souvent le cas, d'ailleurs.
 
C'est usant, c'est dévastateur, c'est une torture autant physique que mentale qui ne me laisse aucun répit, aucun repos. C'est une intolérable souffrance et énormément de larmes retenues. Pour mon entourage, on ne pleure pas !!! On ne se plaint pas !!! on endure en serrant les dents et on avance !!! Au pire, on fuit ceux qui sont dans la détresse, la peur, et l'affliction.
 
Mon entourage ne comprends pas et n'accepte pas que je réagisse à ces instants d’extrême souffrance de cette façon. Elle se sent démunie face à eux certainement. Toutefois, même les émotions les plus basiques telles que la compassion, les mots rassurants, la présence et l'écoute attentive et durable afin d’atténuer les tourments de celui qui les éprouve, il s'en détache. Pour lui, parler, échanger, n'est pas son rôle. Son rôle est de profiter des moments heureux et sans soucis avec la personne qui les vit.
 
L'empathie, l'attention, la réceptivité, l'indulgence, ou la complicité durant ces minutes ou ces heures éprouvantes sont considérés comme de l'apitoiement. Et on ne s'apitoie pas sur soi, chez nous, même juste un moment. C'est de la faiblesse, de la lâcheté, du découragement. Et il ne faut pas montrer que l'on peut être faible, lâche, ou découragé. L'image et la réputation, sauver les apparences, priment avant tout le reste. Et accentue ainsi mon calvaire, ma solitude, et mon désespoir.
 
Seule ma compagne - au grand dam et à imperméabilité de mon entourage - comprend à quel point cette souffrance est intense et génère des meurtrissures qui rejaillissent régulièrement sur maintes parties de mon corps ; qui brisent mon âme et me mettent à genoux pour longtemps. Ma compagne a beau être atteinte de sclérose en plaques, quand elle me voit dans cet état, elle sait que j'ai besoin d'extérioriser cette souffrance pour ne pas sombrer définitivement. Que j'ai besoin de la verbaliser à outrance. Que j'ai besoin d'affronter l'épreuve à laquelle je suis soumis jusqu'à épuisement.
 
Et ça, mon entourage ne l'entend pas, ne m'épaule pas, me fuit pour ne pas le voir, évidemment. Pire : ça le fatigue, ça le saoule, ça l'emmerde, ça l'ennuie. Quand je suis dans cet état et qu'il se retrouve en face de moi, il rompt aussitôt la communication en disant qu'il est impuissant, "que je le recontacte quand je serai calmé". Et ma douleur ne s'en accroit que davantage. El ma solitude, et mon impuissance à juguler mon ressenti pareillement. Au final, c'est un cercle vicieux à l'intérieur duquel j'ai été emprisonné malgré moi depuis l'enfance.
 
J'ai parlé de tout ça aux différents psys que j'ai consulté au fil des années. J'ai creusé ces thèmes en long, en large, et en travers. Et tous m'ont répondu que je devais verbaliser tout ceci et tout le reste, afin de faire retomber la pression. Mais comment est-ce possible face à un entourage insensible à ce genre d'arguments, dont ce n'est pas la priorité, et qui vous incite à vous taire, à cacher émotions et ressenti. Seule ma compagne, même si elle ne m'aide pas de la manière qui me serait nécessaire, au moins, me permet de prendre mon temps, d'user de mon énergie, de mes capacités, et de mes possibilités, afin d'aller jusqu'à la limite de mes forces mentales et physiques pour déverser ce mal qui me ronge en profondeur.
 
Parler, dialoguer, expliquer, est la meilleure façon d'apaiser son âme dans de telles circonstances. Il n'y a pas d'autre alternative. Surtout pour quelqu'un dans ma situation. Alors, puisque je ne peux pas parler, puisque je n'en n'ai pas le droit auprès de ceux et celles sur lesquels je devrais pouvoir normalement m'appuyer, c'est ici que je le verbalise. Souvent, certes. Mais souvent parce que c'est souvent que la vie me malmène. C'est souvent que mon équilibre personnel est bousculé, attaqué, brisé, par des événements sur lesquels je n'ai aucun contrôle, aucun pouvoir. C'est souvent que des péripéties extérieures viennent me perturber et détruire le fragile équilibre que je tente à tout prix de maintenir au prix d'efforts parfois incalculables. D'efforts bien plus importants que je suis en capacité de supporter ; inévitablement.
 
Mon corps est couvert de cicatrices. Il est couvert de traces rougeâtres, symptomes de furoncles qui m'ont agressé plus ou moins récemment. Je saigne souvent des dents, ai des gingivites régulièrement. J'ai beau me soigner ; mon docteur a beau me fournir toutes les médications destinées à apaiser mon corps, à le réparer, ces mortifications se manifestent malgré tout invariablement. Je me bats contre un corps qui me détruit ; comme si la maladie de Sturge-Weber dont je suis atteint, comme si les crises de convulsions qui l'accompagnent, comme si les crampes et les douleurs qu'il me fait subir quotidiennement, ne suffisaient pas !!! Pourtant, je me bats, j'affronte ces douleurs afin de les atténuer ; du matin au soir et du soir au matin. Parce le plus souvent, c'est la nuit que ces dernières se réveillent. C'est au moment où je devrais pouvoir me reposer et dormir, qu'elles surgissent et m’empêchent de m'assoupir.
 
Je suis né handicapé. Je n'ai jamais demandé à être le réceptacle d'un corps invalide ou estropié. Je ne suis pas coupable de ce handicap. C'est vrai, je ne fais de sport. Je déteste mème l'activité physique. J'en ai été dégouté depuis que je suis tout petit - je j'en expliquerai en détails le pourquoi et le comment, à quel point ça m'a marqué, dans mon auto-biographie. Comment puis-je apprécier un corps qui me malmène, qui me gène, qui me demande dix fois plus d'efforts à fournir pour arriver au même résultat que n'importe qui ? Oui, je préfère les choses de l'esprit, les livres, le savoir, la spiritualité, etc. Eux ne sont pas sources de tourments et de larmes. Eux me rendent heureux et épanouis, serein et apaisé.
 
Oui, mon corps est un poids dont je me passerai volontiers. D'autant plus volontiers que même les plaisirs charnels ou intimes - que ce soit avec ma compagne ou avec une amante d'un soir - me sont interdits. Mon corps est trop monstrueux aux yeux des femmes pour qu'elles aient envie de le toucher, de l'explorer, d'en jouir. Alors, pour compenser tout ça, j'écris, je lis, j'use de ma raison et de mon savoir pour évoluer et faire briller mon âme de mille feux ; même si très peu ont le désir d'accepter ce qu'elle aimerait leur offrir. C'est pour ça que j'en termine là avec ce que j'avais à dire ; et que je retourne immédiatement à la rédaction de mes Mémoires dont tout le monde, ici du moins, se fout...
 
Dominique Capo

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21 mai 2021

Pour aller plus loin, le dictature du bonheur :

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Plus largement, on me serine à longueur de journée que j'ai tout pour être heureux : malgré mon handicap, malgré mon hémiplégie du coté droit, malgré mon angiome facial et mes crises de convulsions, malgré mes crises de stress, d'angoisse, malgré mes insomnies et mes douleurs articulaires, il y a plus malheureux que moi. Malgré la sclérose en plaques de ma compagne, malgré ses déficiences de plus en plus prononcées, malgré le fait que je doive tout prendre en charge pour elle du matin au soir et du soir au matin, il y a plus à plaindre que moi.
 
C'est vrai, quoi !!! Je n'ai pas de problèmes d'argent : nous sommes locataires d'un bel appartement, dans une rue tranquille, où il n'y a pas de problèmes de voisinage. Je peux m'adonner à ma vocation qu'est l'écriture assez souvent : au minimum une heure par jour ; et jusqu'à quatre ou cinq heures quotidiennement parfois. Nous sommes tous les deux les bénéficiaires d'une allocation adulte handicapé à 90 %. Nous avons une aide-ménagère qui s'occupe de l'entretien de notre appartement deux fois par semaine, qui nous fait nos courses commandées à l'aide du Drive ; ma compagne à un kinésithérapeute qui se déplace à domicile deux fois par semaine également. Elle est suivi par un neurologue tous les six mois pour surveiller l'évolution de sa maladie. Nous pouvons faire appel à une spécialiste de cette dernière grâce à l'antenne du Réseau SEP (sclérose en plaques) installé à Cherbourg ; à 15 km de chez nous. Nous avons les moyens de nous payer livres, DVD, BD, figurines historiques pour moi, de Schtroumpfs (la nouvelle passion de ma compagne) autant que nous le désirons ; dans la limite de nos moyens, évidemment...
 
Ce ne sont là que que quelques exemples, bien entendu. Alors, franchement, de quoi nous nous plaignons. Franchement, il y a pire que nous. Des personnes qui vivent des situations plus dramatiques, voire, plus désespérées que la notre.
 
Ce que ces personnes qui s'indignent de notre mécontentement ne comprennent pas, c'est que le bonheur personnel ne se mesure pas à son niveau de confort matériel. Il y a des personnes richissimes, entourées de gens qui les aiment et qu'elles aiment, qui sont favorisées par la nature, etc., et qui, pourtant, ont le sentiment d'être les plus malheureuses, les plus seules, les plus désespérées, du monde. Oh, j'entends déjà la foule de moutons qui ne s’arrête qu'aux apparences s'écrier : "Moi, si j'étais à la place de ces personnes "favorisées matériellement", je n'aurai pas de tels états-d'âme. Je me contenterai de profiter de ce que j'ai sans me poser de questions".
 
Eh oui, réponse typique de ceux et celles pour qui tout ce qui a trait à la réussite sociale, professionnelle, matérielle, prime sur le reste. Réponse de personnes individualistes à l’extrême, nombrilistes, égoïstes et égocentriques qui s'imaginent que l'argent, que la célébrité, que l'admiration, sont à même de remplacer le manque d'humanité dont ils sont dotés... jusqu'au jour où ce sont elles qui en sont les victimes.
 
Un accident de la vie est si vite arrivé. Et ce que l'on croyait important, nécessaire, hier, ne l'est plus le lendemain. Lorsque la maladie, lorsque le deuil, lorsque la solitude; lorsque la souffrance physique, morale, ou spirituelle vous frappe, elle ne vous épargne pas. Ses coups sont d'une violence inouïe. Et il y a des personnes assez fortes pour les éviter, pour y répondre, pour surmonter les obstacles et les difficultés personnelles qu'ils génèrent. Il y a d'autres personnes qui s'écroulent tout de suite parce que leur endurance n'est pas assez développée pour les endurer. Il y en a d'autres encore (et c'est mon cas) qui, durant des années ou des décennies, les affrontent, les domptent, les vainquent éventuellement ; qui, même à terre se relèvent et continuent à avancer quoiqu'il en coute ; qui n'abandonnent pas leurs rêves, leurs espoirs, leurs projets ; qui s'y épuisent, qui vont jusqu'à la limite de leurs forces physiques en mentales pour ne pas abandonner. Des personnes qui, au final, parce qu'elles ont reçu trop de coups, parce qu'on leur sans cesse martelé qu'il y a plus malheureux qu'elles et qu'il faut penser aux plutôt que de se lamenter sur son sort, n'en peuvent plus.
 
Mais aujourd'hui, il faut paraitre heureux ; il faut en permanence montrer que tout va bien. Aujourd'hui, il faut montrer qu'on est jeune, qu'on est en forme, qu'on est performant, qu'on est séduisant !!! A n'importe quel prix !!! Il faut "paraitre". Il faut faire semblant afin de susciter l'admiration, l'envie, afin d'attirer à soi des personnes qui se comportent pareillement. Des personnes qui, une fois la porte de chez eux fermée, qui une fois les rideaux tirés, ne le sont pas autant que ça ; voire pas du tout; Cependant, il faut "paraitre" détendu, optimiste, prospère, réjoui. Il faut montrer qu'on n'a pas de soucis, qu'on est béni des dieux.
 
Mème s'il y a des personnes que ce "paraitre" fait souffrir ou torture, tant pis. La dictature du bonheur uniformisé impose sa loi pour que ceux et celles qui s'y soumettent se sentent bien dans leur peau par l'intermédiaire de ce "paraitre". Peu importe qu'il y ait des personnes qui soient écrasées, qui étouffent sous le poids des apparences trompeuses. Tant pis si elles sont obligées de s'isoler ; quand on ne les délaisse pas parce qu'elles n'obtempèrent pas aux conventions en vigueur. Qu'elles n'y arrivent pas, que ce soit au-dessus de leurs forces, n'est pas important. L'important c'est de faire semblant pour contenter les autres, pour qu'ils vous acceptent parmi eux et vous voient comme ils désirent vous voir. C'est-à-dire comme une distraction éphémère et superficielle que l'on oublie rapidement. C'est-à-dire, selon une vision galvaudée de ce qu'est le bonheur affiché.
 
Chacun est différent. Chacun ressent les choses différemment. Et c'est normal, naturel. Les bonheur est une notion relative, qui est propre à chacun de nous. A une époque, j'étais moins argenté qu'aujourd'hui. Mais j'étais plus entouré. Les personnes que je croisais s’intéressaient véritablement et sincèrement à mes écrits. Elles m'encourageaient à persévérer ; elles me répétaient à l'envi que je devrais faire publier mes textes afin qu'ils soient connus et reconnus par un public le plus large possible.
 
Et pourtant, déjà à cette époque, je souffrais de ma différence physique et intellectuelle. Beaucoup me regardaient comme un étranger, comme un intrus au sein de leur petite vie pépère constituée de leur "métro-boulot-dodo. Leur existence morne, insipide, et médiocre constituée de leur famille et de leurs amis proches ; et qui ne tolérait pas que quelqu'un de différent vienne bousculer leurs habitudes ou leurs certitudes.
 
Je m'en accommodais parce qu'au sein de la vraie vie, j'avais des personnes qui étaient présentes ; mieux, qui me respectaient et m'honoraient pour ce que je leur apportais. A cette époque, je côtoyais des personnes de tous les milieux sociaux - de l'ouvrier de base au chef d'entreprise, du chômeur à l'universitaire, du manuel à intellectuel. Sans distinction, sans préjugé ni à-priori. Toutes ces personnes me considéraient, et considéraient mon travail d'historien et d'écrivain. Pour elles, il avait de la valeur. Mon petit frère Aymeric, décédé le 25 Juillet 1998 dans un accident de voiture, était fier de la vocation qui était la mienne. Il n'hésitait pas à en parler autour de lui, à se pencher sur les textes que je rédigeais. Il n'hésitait pas à m'interroger, à me pousser à continuer. Il était d'ailleurs le seul, dans ma famille, à avoir ce comportement à mon égard.
 
Les autres membres de ma parentèle me désapprouvaient ; ils pensaient que je ferai mieux de trouver un "vrai travail", avec un salaire qui tombe à la fin de chaque mois. Le résultat en a été catastrophique, je ne m'en suis jamais remis. Le burn-out - entre autres - qui s'en est suivi, a encore de profondes conséquences sur qui je suis aujourd'hui. Et ma mère, en me répétant que je devrais passer à autre chose, ne fait que remuer le couteau dans la plaie. Lorsque certaines personnes me conseillent d'aller voir un psy pour en parler, savent-elles que j'ai été suivi par l'un d'eux pendant des années ? Savent-elles que j'ai creusé au plus profond de mon inconscient et de mon subconscient pour découvrir la cause de tous les tourments qui m'habitent ?
 
Mais le savoir, le comprendre, l'accepter, vivre avec, ne fait pas tout. Quand les personnes que vous croisez répètent systématiquement les mêmes comportements, ont les mêmes réactions vis-à-vis de vous, que celles qui vous ont maintes fois humilié, trahi, détruites, abandonnées, par le passé, même avec toute la bonne volonté ou tous les efforts du monde, vous n'êtes pas en capacité de vous reconstruire. Qui-plus-est, la notion de bonheur, de joie, de sérénité, n'est pas la même pour tout le monde. Et si je sais ce qui pourrais me rendre heureux, détendu, apaisé, est-ce pour autant que j'ai la possibilité ou le droit d'en profiter ?
 
La notion de bonheur, de joie, de sérénité, est propre à chacun de nous. Pourquoi juger ou condamner ce qui rendrait heureux quelqu'un parce que ce n'est pas comme ça que la majorité la conçoit. Doit-on lui interdire d'y accéder pour autant ? Doit-on demeurer indifférent à ce qu'il aimerait vivre, partager, avec les personnes qui pourraient lui y faire accéder ? Doit-on le contraindre à taire ses besoins dans ces domaines, au risque de le rendre plus malheureux encore ; au risque de remuer un couteau dans des plaies qui ont du mal à cicatriser ; ou qui ne sont toujours pas refermées ? Des plaies, parfois qui remontent loin dans le temps et que les comportement à son égard exacerbent démesurément.
 
Oui, la notion de bonheur, de joie, de sérénité, est différente pour chacun de nous. De quel droit juger ou condamner ceci ? Est-ce que je vous condamne, vous, parce que vos passions, parce que vos centres d’intérêts, parce que vos projets personnels, familiaux, professionnels, ou autres, sont différents de mieux. Certes, dans l'immense majorité des cas, je n'y adhère pas. Par exemple, je n'aime pas le sport. J'abhorre le football. Le culte de la performance, l'argent-roi, me hérissent. Le culte de la supériorité parce qu'admiré, encensé, envié, pour son physique, me fait vomir.
 
Pour moi, là n'est pas l'essentiel. Et si j'apprécie les femmes séduisantes,, c'est parce que leurs attraits sont une porte ouverte à ce qui se cache derrière ; ce qui m'intéresse dès lors, c'est leur personnalité, leur caractère, leurs rêves, leurs espoirs. Parce que je pense sincèrement que c'est le seul moyen qu'elles ont trouvé pour attirer l'attention sur elles, de se faire aimer, de toucher à ce bonheur auquel chacun aspire tant. C'est une façon différente de leur part d'y parvenir ; alors que moi, je me concentre sur ce qui ne se voit pas, sur ce qui ne se palpe pas : l'intelligence, la culture, l'érudition, la philosophie, les échanges approfondis sur tel ou tel sujet.
 
Pourtant, leur but et le mien est commun : le bonheur et le moyen d'y accéder. Malheureusement, il y a des moyens que la société approuve, adoube, valorise. Il y en d'autres qu'elle méprise, qu'elle foule aux pieds, dont elle se rit, qu'elle fuit comme la peste. La norme, toujours cette maudite norme qui gangrène les relations entre les uns et les autres. Cette norme qui engendre indifférence et peur vis-à-vis de celui qui nous ne ressemble pas, de celui qui n'a pas nos convictions, nos préjugés, ou nos certitudes. Cette norme qui explique ce qu'est la définition du bonheur ; un bonheur institutionnalisé, standardisé, dont on ne doit pas s'éloigner, au risque d'être mis au ban de la société.
 
J'aimerai tant, pour être heureux, que ce que j'écris soit valorisé. J'aimerai sentir que l'on est fier de ce que je relate dans mes textes. J'aimerai, que les gens cherchent à en savoir davantage sur le pourquoi et les comment de mes réflexions personnelles, même si elles n'y adhèrent pas. Car, dans ce cas, ce serait un excellent point de départ pour un dialogue constructif, pour approfondir les divers aspects soulevés par eux. Ce serait un bon moyen d'assouplir nos différence pour en garder le meilleur, pour qu'elles nous permettent de grandir et d'évoluer.
 
Ce n'est pas parce que je suis triste et malheureux aujourd’hui pour toutes ces raisons, que c'est destiner à durer ; que je dois me contenter de ce que j'ai. Se contenter de ce qu'on a, c'est commencer à mourir. C'est ne plus rien espérer de la vie. C'est ne plus avoir de rêves, d'espoirs, de projets. Et notamment, de ceux qui dépassent notre petite individualité, nos petites ambitions, notre petit quotidien, notre médiocrité. Nous valons mieux que cette tendance "naturelle, tellement prévisible" à la médiocrité. Je vaux mieux que ça, et je me battrai toute ma vie pour ne pas, par elle, me laisser emprisonner...
Dominique Capo

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20 mai 2021

Quel roman que ma vie :

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A l'heure actuelle, j'ai rédigé une centaine de pages - sur plus de 600 à 700, je pense - de mes Mémoires intitulées "Quel roman que ma vie". La soixantaine de premières pages se décompose en trois chapitres. Le premier chapitre relate des événements familiaux survenus avant ma venue au monde : présentation de ma famille coté maternel et coté paternel ; rencontre et mariage de mes parents ; leur parcours jusqu'à ce que je vienne au monde. Les deux chapitres suivant couvrent la période 1969 - 1977 ; 1969 étant l'année de ma naissance.
 
La quarantaine de pages supplémentaire concentre quelques anecdotes éparses allant de 1977 à 1986 ; concentre quelques extraits de la demi-douzaine de chapitres suivants. Bien-sûr, ceux-ci sont à compléter très largement.
 
Quoi-qu-il-en-soit, je leur consacre à tous toute mon énergie, toute mon attention, tout mon temps en dehors de celui que je dédie à ma compagne atteinte d'une sclérose en plaques. C'est chronophage, ça pompe toute ma vitalité. Mais ma motivation et ma persévérance demeurent intactes malgré tous les obstacles qui se dressent devant moi au quotidien. Tant pis pour mes crises de furonculose, tant pis pour mes gingivites et mes saignements de dents à répétition qui m’empêchent de me reposer correctement. Tant pis pour mes insomnies jusqu'à trois ou quatre heures du matin. Tant pis pour mes douleurs musculaires ou pour mes crises de stress ou d'angoisse liées à la maladie dont est victime ma compagne. Tant pis pour cette solitude et ce silence dont je suis entourés en permanence - à part ma mère qui m'appelle par Skype une fois par jour pour prendre de mes nouvelles. Après tout, qu'est-ce que les gens en ont à foutre...
 
Depuis plusieurs semaines, j'ai repris ces trois premiers chapitres, et ce, avant de compléter et d'étoffer les suivants. Avant de poursuivre la rédaction de ces Mémoires au-delà de l'année 1986 ; date où j'entrerai dans le vif du sujet. Si je m'y emploie avant d'aller plus loin, c'est pour retravailler leur mise en forme. En ôter les répétitions lexicales ou les coquilles ; les fautes d'orthographe ou de grammaire ; les longueurs ou les passages que je n'ai pas assez approfondi. Littérairement parlant, je désire en effet que mon texte soit le plus proche, non seulement de la réalité des faits, mais également de la perfection scripturale.
 
Même si je sais pertinemment que la perfection n'est pas de ce monde, je souhaite que mes futurs lecteurs ou lectrices prennent plaisir à lire le récit de ma vie. Je souhaite que les mots chantent, que les phrases ou les paragraphes qu'ils parcourent soient fluides, aisés à apprécier. Je souhaite que les situations, que les événements, que je décris, ils les vivent aussi intensément, qu'ils les ressentent avec la même joie ou souffrance que moi au moment où ils se sont déroulés.
 
Mais, tout le monde s'en fout, n'est-ce pas ? Je ne suis qu'un anonyme parmi des millions d'anonymes dont l'histoire n’intéresse personne. Mon parcours d'handicapé atteint de la maladie de Sturge-Weber, mon parcours d'enfant moqué, rejeté, humilié, blessé, est indigne de l'attention des gens bien nés. Le mal que beaucoup de femmes m'ont fait parce que je les ai aimé passionnément, que j'ai dépensé des fortunes pour tenter de me faire remarquer d'elles ou de les séduire avec sincérité et honnêteté, qui cela intéresse-t-il ? Le décès soudain de mon petit frère dans un accident de voiture ? Mes désillusions professionnelles qui m'ont contraint à me replier sur moi-même à l'issue d'un burn-out dont je ne me suis jamais remis ? Les trahisons amicales, les déchirements familiaux, les secrets de famille que j'ai porté malgré moi sur mes épaules ? La haine, la violence, le mépris, pour l'intellectuel et littéraire que je suis, parce que je sors de la norme ? Et ce ne sont là que quelques minuscules exemple parmi d'autres. Qui cela intéresse-t-il ? Mon parcours sortant des sentiers battus, c'est le moins que l'on puisse dire, tout le monde s'en fout.
 
Néanmoins, je n'abandonnerai pas. Je désire témoigner de tout ce que j'ai vécu pour que le peu de gens qui se pencheront sur mon ouvrage comprennent pourquoi et comment je suis devenu l'homme que je suis aujourd'hui. Pour qu'ils réalisent que si nombre de gens endurent bien des tourments, bien des souffrances également - des pires certainement, parfois -, les miens sont tout aussi mémorables que les leurs.
 
Mon vœu le plus cher, le plus ardent, est de témoigner, puisqu'ici je ne le peux pas. J'ai essayé par le biais d'articles détaillés. Toutefois, sur un réseau social où l'éphémère, le superficiel, le quotidien insipide, le culte de la performance ou de la beauté, prime sur tout le reste, je n'en n'ai pas le droit. Ça fait fuir ceux et celles desquels j'aimerai être l'ami - dans la réalité, pas virtuellement.
 
Même s'ils sont conscients que je suis incapable de sortir de mon appartement pour de nombreuses raisons, que je ne vois jamais personne, que je ne parle jamais à personne, qu'en ont-ils à foutre. Chacun sa merde, estiment-ils. Le smartphone, la tablette tactile, les échanges brefs et qui ne les engagent en rien, voilà leur définition des relations humaines. Voilà ce que je subis depuis que je suis enfant parce que je suis né différent par bien des aspects.
 
Je me suis battu de toutes mes forces pour m'intégrer socialement, professionnellement, amicalement, sentimentalement, depuis mon adolescence. Seule ma compagne actuelle, malgré tous les problèmes que nos handicaps et maladies respectifs posent, a passé outre. Et pourtant, ce n'est pas facile tous les jours. Et pourtant, je rêve de m'ouvrir à d'autres horizons, à d'autres gens, à d'autres itinéraires de vie. En vain, évidemment. Je suis jugé et condamné parce que ce que j'ai enduré a fait de moi un écorché vif, un être torturé, doté d'une hyper-sensibilité exacerbée. Et ça, aux yeux de l'immense majorité, c'est impardonnable, c'est un motif de non-intégration. Même si le comportement des personnes qui me fuient, qui me brutalisent ainsi, alimente mes souffrances et mes terreurs.
 
Alors, oui, je désire témoigner au travers de ce livre des tenants et des aboutissants qui m'ont conduit là où j'en suis. Puis, ensuite, je désire disparaitre. Puisque, malgré mon empathie pour les autres, puisque mon rêve de côtoyer des personnes qu'il me plairait de connaitre et d'apprécier, puisque socialement et professionnellement, le monde ne veut pas de moi, puisque la beauté (féminine en particulier), puisque l'amitié sincère de la part de gens que je n'ai encore jamais rencontré - mais que j'aimerai -, puisque le stress et la peur sont mes compagnons au quotidien, oui, je désire ensuite disparaitre à tout jamais.
 
A quoi bon vivre puisque je ne vaux rien aux yeux de la majorité des gens. Même pas un coup de fil, même pas un déplacement jusqu'à moi, moi qui ne peux pas bouger de chez moi. Oui, témoigner de mon parcours, des épreuves, des obstacles, des joies et des peines, des victoires et des défaites, des forces et des faiblesses, des qualités et des défauts, dont je suis pourvu. Oui, témoigner de ce que ce handicap, de ce que cette hémiplégie partielle du coté droit, de cet angiome facial interne et externe provoquant des crises de convulsions régulières, a généré depuis que je suis enfant. De ce regard que les gens ont porté sur moi malgré mon intelligence, malgré ma culture encyclopédique, malgré mon érudition sur énormément de sujets, malgré mon don pour l'écriture ou la réflexion approfondie. C'est vrai, quoi !!! Personne n'en n'a rien à foutre.
 
Oui, une fois mon ouvrage terminé, je disparaitrais de la scène. Entouré de mes livres et de ma famille, avec ma compagne, tout le reste n'aura plus d'attrait ou d'importance. C'est ce que la vie m'a appris : ma place est hors du temps et hors du monde des hommes. Que je le veuille ou non, que je l'accepte ou non, c'est l'indubitable réalité qui m'a toujours rattrapée.
 
Alors, maintenant, j'y retourne. Je m'y replonge avec plaisir, avec ferveur. J'y consacre toute mon énergie, tout mon temps, toute ma volonté, et j'oublie tout le reste. Je vous laisse profiter de ce à quoi je n'ai pas droit, puisque c'est ce que c'est la leçon que vous avez cherché à m'inculquer depuis que je suis né...
 
Dominique Capo

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15 mai 2021

"Je voudrais être un homme heureux" :

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Je suis vraiment navré que ces femmes dont je rêve d'être l'ami - et uniquement l'ami - ne voient et ne comprennent pas la sincérité de ma démarche à leur encontre. Le respect, la franchise, l’honnêteté, l'empathie, la ferveur, la tolérance, que j'y met. Je suis vraiment navré pour elles ; bien plus que pour moi, en vérité ; puisque j'ai toujours vécu ce comportement de leur part ; que j'aie été célibataire ou pas.
 
L'amour courtois, l'amitié courtoise, sont des notions qui n'existent plus aujourd'hui. Celui qui souhaite mettre celles-ci en avant, les honorer, les magnifier, est regardé avec méfiance, avec défiance. Celui qui les mets en pratique avec ferveur, avec passion, avec dévotion, est considéré comme un importun ; qui a forcément des intentions malhonnêtes et cachées. Il est vu comme un "dragueur", comme quelqu'un qui en veut à la vertu ou la fortune, à la gloire (laquelle ?) ou aux biens matériels (mais, qu'est-ce que j'en ai à foutre ?) de celles qu'il sollicite. On le regarde comme un dissimulateur ou un menteur, un manipulateur en puissance ou un monstre parce qu'il ne suit pas les règles édictées par la "norme".
 
Oui, je plains de tout mon cœur, de toute mon âme, ces femmes ou ces jeunes femmes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Ces jeunes femmes qui se croient au-dessus des autres parce qu'elles sont belles, pleines de charme, attirantes, lumineuses, enivrantes, aux yeux de la majorité. Elles ne méritent pas ces dons qu'est la noblesse de leur traits ou l'élégance de leur silhouette, qui leur ont été accordé. Un jour, ils se faneront, puis disparaitront à tout jamais. Et ces milliers, ces millions, d'admirateurs, d'envieux, qui les vénèrent aujourd'hui, se détourneront d'elles, les oublieront, pour le reste de l'éternité.
 
Moi, je suis conscient de ne pas avoir cette chance, ce privilège, d'être regardé avec admiration ou envie pour les traits ou le corps dont je suis doté. Ce que j'ai se situe ailleurs. Mes prédispositions, mes avantages, mes aptitudes, ne se voient pas. Il faut creuser là où généralement personne ne va pour les contempler, pour les apprécier. C'est un voyage à l'intérieur de ma conscience, qui est intimement lié à mon érudition et à ma culture éléphantesque, qu'il faut faire.
 
Et j'en suis malheureux, parce que dans un monde où l'éphémère et la superficialité sont ce qui compte en premier, dans un monde où briller, ne pas réfléchir, ne pas chercher à voir au delà des apparences, est une constante, je n'ai pas ma place. Dans un monde où passer d'un sujet à un autre sans arrêt, où être addict à son smartphone ou sa tablette tactile, est l'apanage, je suis un étranger. Dans un monde où lire, se renseigner correctement sur un thème donné par le biais de différentes sources d'informations, moi qui lit énormément, moi qui écrit du matin au soir, moi qui cherche à approfondir sans cesse ce qui attise ma curiosité, je suis un réprouvé.
 
Alors, quand il s'agit de femmes ou de jeunes femmes auxquelles je souhaite m'ouvrir amicalement, ma démarche ne peut qu'échouer. Elles qui sont bardées de leurs certitudes de mériter ce qu'il y a de mieux matériellement ou esthétiquement, elles sont incapables de comprendre ce que nous pourrions partager ensemble. Centrées sur leurs succès virtuels, sur leur gloire éphémère, sur leur vie personnelle et professionnelle étriquée, elles ne peuvent admettre que d'autres facettes de la réalité, de l'humanité, sont à leur portée. Et c'est moi qui en souffre, et c'est moi qui verse des larmes de tristesse et de désespoir parce que par leur déni ou leur indifférence, elles me blessent.
 
D'aucuns affirmeront que là n'est pas l'essentiel. Ils diront que d'autres personnes en valent la peine - et ils ont raison - ; ils diront que je ne dois pas me fixer de tels objectifs s'ils me torturent et me brisent. Qui sont-ils pour me dire ça ? Sont-ils à ma place ? Savent-ils ce qui est essentiel pour moi ? Savent-ils quelle est ma vie, ce que j'ai vécu, ce qui est susceptible de me rendre heureux, serein, épanoui, en paix avec moi-même ? Qui sont-ils pour me juger et me condamner pour cette aspiration au bonheur ? Même si celle-ci ne ressemble pas à la leur ?
 
Nous sommes tous et toutes différents, et c'est tant mieux. Il est vrai cependant que, dans un monde où l'uniformisation, où le moutonnage, où les joies matérielles et instantanées sont la règle, il n'est pas étonnant que ces gens qui me jugent et me condamnent aient ce genre de réaction. Forcément, ils font partie de la majorité à laquelle je n'appartiens pas. Forcément, ils n'ont pas de difficultés à communiquer, à rencontrer, ceux et celles vers lesquels ils ont envie d'aller. Ils n'ont pas de souffrance ou de peur qui les étreint quand ils sont repoussés. Leurs émotions, leurs blessures, ne sont pas exacerbées à force d'être regardés comme des bêtes curieuses. Ils ont beau être différents de leurs congénères, ils appartiennent à la majorité pour qui cette façon de faire est normale, naturelle.
 
Dès lors, ce n'est pas parce que c'est facile, mais plutôt parce que c'est éminemment difficile, que mon rêve et mon espoir les plus ardents, sont de côtoyer des femmes ou des jeunes femmes qui me font rêver. C'est de partager amicalement avec elles des instants de complicité, des moments d'amitié, des dialogues et des échanges, des rencontres me permettant de découvrir leur univers familier. D'ailleurs, pour dire toute la vérité : ma compagne est au courant de ma démarche, elle l'approuve et l'appuie. Parce qu'a travers moi, à coté de moi, elle aussi rêve d'en bénéficier. Elle aussi aimerait ne plus être isolée parce qu'elle est différente de la majorité.
 
Mais allez faire comprendre à des personnes qui se contentent de leur petitesse et de leur médiocrité, que si je veux avancer, que si je ne veux plus me sentir humilié, rabaissé, ce sont ces femmes et ces jeunes femmes auxquelles je dois me frotter. Si je ne veux plus être torturé ou tourmenté, ce sont elles que je dois apprendre à connaitre et apprécier ; et vice-versa. Si je veux un jour être serein, épanoui, détendu, apaisé, je dois affronter celles qui me terrorisent, me rejettent, et me font pleurer. C'est le prix à payer pour ne plus me haïr parce que je suis malade et handicapé.
 
Toutefois, allez faire entendre à cette majorité silencieuse, à ces gens bardés de certitudes et d'a-prioris, que ma démarche envers ces femmes et ces jeunes femmes n'a rien d'inique. Allez leur faire comprendre pourquoi je les plains, de même que celles qui refusent la main que je leur tends. Je les plains de ne pas comprendre, de ne pas entendre, de ne pas accepter, de ne pas apprécier, le message amical que je leur adresse.
 
Oh, je ne leur en veux pas ; je ne les juge ou ne les condamne pas ; quoi-qu'elles en disent, quoi-qu'elles en pensent. Peu importe, finalement. Je suppose qu'elles n'ont pas les capacités humaines ou intellectuelles pour dépasser leurs préjugés, leurs a-priori, leurs certitudes. Moi, par contre, j'aimerai les dépasser. Et pour cela, il suffirait seulement qu'elles m'en offrent l'opportunité, qu'elles m'en donnent l'occasion, tout simplement. Je n'attends, je ne désire que ça. Évoluer à leur contact pour dévoiler ce que j'ai de meilleur en moi, et le leur offrir ; en toute amitié.
 
Maintenant que j'ai dis ce que j'avais à dire (une fois de plus), et même si mes mots résonnent dans le vide (mais je suis persévérant; tenace ; et parce qu'un jour je veux être un homme heureux je n'abandonnerai pas tant que je n'aurai pas réussi), je retourne à la rédaction de mes Mémoires...
 
Dominique Capo

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