Mes Univers

Quand le Mythe rejoint l'Histoire, il y a un Instant Magique où la Réalité n'existe plus que pour ètre emportée par le Souffle d'une Légendaire Epopée...

01 novembre 2009

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1615 - 1616

URSSLa création de l’Armée rouge par Trotski a permis d’envisager une riposte militaire, grâce au rétablissement de la discipline. Sur le plan politique, la mise en place de la dictature du prolétariat doit aller de pair, estiment désormais les bolcheviks, avec la poursuite des opposants : la police politique, la « Tcheka », succède à l’Okhrana tsariste et devient bientôt aussi tristement célèbre que la précédente. Ses effectifs sont vite augmentés à 31 000. Des tribunaux spéciaux sont également institués pour juger les opposants – S.R., mencheviks, libéraux, « ennemis de classe » divers – qui sont jetés en prison, sommairement jugés et exécutés. Le parti bolchevique devient parti unique, fait le plein d’adhérents pour prendre le contrôle de tous les leviers de la société : il compte alors 600 000 adhérents à cette date.

De fait, l’économie, désorganisée et ruinée passe entièrement sous la coupe de l’Etat : les grandes entreprises industrielles sont nationalisées, les banques, le commerce intérieur et extérieur subissent le même sort. Pour nourrir la population, des pouvoirs extraordinaires sont attribués au Commissariat du peuple au Ravitaillement. Seul producteur et distributeur de la richesse nationale, l’Etat conquiert un tel monopole par la terreur. En effet Lénine veut faire disparaître la monnaie, symbole capitaliste, au profit du troc - des céréales contre des produits industriels -. Il envoie donc des « comités de paysans pauvres » - ou « bedniaks » - réquisitionner les récoltes. Mais la paysannerie s’oppose à ces prélèvements forcés en dissimulant leurs grains, voire le bétail. Les surfaces cultivées diminuent. De plus, l’échange avec des produits  industriels est un échec,  car l’industrie  russe désorganisée  n’atteint pas 15 % de son niveau d’avant guerre.

Cette centralisation abusive pèse sur les populations. Le rationnement tient compte du principe de lutte des classes et privilégie les ouvriers aux dépens des bourgeois et des intellectuels, jugés oisifs. A son tour, la classe ouvrière déchante : les « samedis socialistes » - activité bénévole et en principe volontaire – et le travail pendant les jours fériés deviennent vite obligatoires. Le climat politique se durcit : le gouvernement bolchevique ne cache pas sa volonté de « répondre à la terreur blanche par la terreur rouge ».

Or, les mesures prises par les bolcheviks ne sont pas seulement motivées par le souci de sauver le régime. Il s’agit aussi de manifester la rupture avec l’ordre ancien. Le calendrier grégorien est adopté, les dettes et les emprunts – comme « l’emprunt russe » - sont rayés d’un trait de plume, la séparation de l’Eglise et de l’Etat est proclamée ; le code de la famille est promulgué. Il est préparé par Alexandra Kollontaï, première femme à devenir commissaire du peuple. Soucieuse de briser le cadre traditionnel de la famille et de libérer la femme, elle introduit le divorce par consentement mutuel, organise le partage de l’autorité parentale, abolit toute différence entre enfants naturels et légitimes. Si Lénine la soutient sur cette voie- car la femme libérée des obligations domestiques est disponible pour construire l’économie socialiste -, il est en revanche très hostile à la théorie de l’amour libre que prône Alexandra Kollontaï ; celle-ci finit donc par démissionner. 

Certes, le prestige du chef bolchevique est renforcé, mais les difficultés s’accumulent : les récoltes tombent à 74 millions de tonnes en 1916 à 18 millions en 1920. Une terrible famine tue 5 millions de personnes. La misère est générale. Et la grande famine de la fin de l’année est à l’origine d’un vaste mouvement de solidarité, d’abord national, puis international.

En effet, le chef de l’Eglise Orthodoxe « oublie » bientôt ses griefs contre le gouvernement pour soutenir, aux cotés de Maxime Gorki, l’appel lancé à tous les « honnêtes gens » du monde entier. Faute de moyens, la commission gouvernementale qui coordonne l’aide aux zones sinistrées décide de s’adresser à la nation américaine. Celle-ci envoie alors des vivres et des médicaments en grand nombre. Puis, c’est au tour de la croix Rouge d’intervenir. Partout, en France en particulier, les campagnes de solidarité se multiplient.

Par ailleurs, en 1920 est fondée l’A.K.H.R.R. – ou « Association des peintres de la russie révolutionnaire » - ; très vite, elle définit ainsi la fonction sociale de l’artiste : « Reproduire d’une façon artistique et documentaire les grands moments de notre histoire dans leur dimension révolutionnaire à la place des abstractions fantaisistes qui discréditent notre révolution devant le prolétariat international. ».

De fait, engagé mais libre, radical et nouveau, l’art issu de la révolution manifeste une rupture et un défi aux règles classiques et normatives. Des metteurs en scène comme Meyerhold, des écrivains et des poètes comme Maïakovski, des peintres comme Chagall, promu commissaire aux Beaux-arts de Vitebsk, s’engagent corps et âme dans l’avènement du monde nouveau.

Les artistes décorent donc les tableaux de propagande et cherchent à représenter les aspirations que l’immense bouleversement a fait naître. Cette période marque donc la poursuite de ce mouvement de régénérescence et d’engagement.

Meyerhold et Foregger cherchent à faire participer les « arts mineurs » au théâtre, en promouvant sur la scène les techniques du cirque et du music-hall. Le cinéma, art neuf destiné à la multitude, fait son apparition avec les premiers films d’Eisenstein et de Dziga Vertov. La production littéraire reste diversifiée et critique. Les architectes et créateurs voient dans leur conception de l’urbanisme le caractère utopique du mouvement : projets de villes vertes, maquettes d’ensembles architecturaux ou de bâtiments – comme la spirale Tatline conçue pour la 3ème Internationale.

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