02 novembre 2009
De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1616 - 1618
Début 1921, l’Armée rouge réprime l’insurrection des ouvriers et des marins de Kronchtadt. Au moment même où une partie du peuple russe est confrontée à ce « désenchantement », Lénine énonce la nouvelle politique de l’U.R.S.S. au Xème congrès du parti. Après sept années de conflits ininterrompus, après le « communisme de guerre », le pays est au bord de la ruine. Lénine reconnaît l’état d’épuisement de la société et propose de relever le niveau économique grâce à une « nouvelle politique économique », la « NEP », qui doit renoncer un temps au communisme.
De fait, Lénine présente la « NEP » comme un « recul tactique » destinée à renforcer la position de l’U.R.S.S. dans l’attente de la révolution mondiale. Cette nouvelle politique rompt en effet avec certains des principes les plus affirmés du communisme bolchevique. Si les moyens de production les plus importants restent entre les mains de l’Etat collectiviste, le commerce et la petite industrie privée sont désormais tolérés. Les réquisitions forcées de la production paysanne sont abandonnées au profit de la mise en place d’un impôt en nature. Beaucoup de communistes critiquent cette nouvelle orientation du régime, qui fait renaître dans le droit soviétique les disparités sociales.
Indiscutablement, la « NEP » permet au pays de se relever. En outre, cette pause économique et politique favorise une relative ouverture sur l’étranger. Les échanges économiques s’intensifient avec l’Allemagne, qui devient le partenaire privilégié des soviétiques. L’isolement diplomatique de l’U.R.S.S. est moins affirmé. Et en 1924, la france et la grande-Bretagne reconnaissent le gouvernement soviétique.
Dès lors, la société soviétique se stabilise et se développe ; le jeune Etat trouve enfin ses assises, mais c’est au prix d’une situation paradoxale. Alors qu’il a voulu supprimer les différences de classe, le régime bolchevique favorise l’essor des inégalités. Les nouveaux riches, baptisés « nepmen » parce qu’ils profitent de la libération des échanges, semblent narguer les ouvriers censés être à l’avant garde de la société. Tandis que la spéculation bat son plein et permet aux plus audacieux de s’enrichir contre les règles de la morale communiste, les prolétaires ne voient guère venir le fruit des conquêtes pour lesquelles la révolution à versé tant de sang.
Mais, plus que la naissance des « nepmen », c’est le développement du groupe social des fonctionnaires qui joue un rôle prépondérant. Anciens héros de l’Armée rouge, nouveaux citadins en quête d’assise sociale, fraîches recrues du parti et même anciens fonctionnaires du tsar ils jouissent d’un statut relativement privilégié. Comme ils doivent tout au parti, ils comptent parmi ses plus fidèles sujets. Mais c’est la puissance et la stabilité du nouvel Etat, et non son idéologie, qui leur valent cette promotion sociale : ils sont donc bientôt un facteur d’immobilisme et de conservatisme.
Malgré tout, la « NEP » a également un temps d’innovation et de mise en acte des utopies. Les clubs ouvriers se développent, offrant à leurs membres des cours d’instruction ; bientôt, 51 % de la population – hommes et femmes – sait lire et écrire. Un vaste réseau scolaire de « centres de liquidation de l’analphabétisme » est érigé. Un effort particulier est consacré aux régions reculées de l’Asie qui n’ont jamais connu de système éducatif. Les responsables de la création de ces infrastructures favorisent la fixation des langues locales et leur développement littéraire. Des bibliothèques, des centres de formation et d’activités artistiques se créent. Dans les usines, on débat du statut de la femme et des nouvelles libertés de l’individu. L’avènement du communisme a des partisans actifs qui créent des « communes », ces appartements collectifs où s’applique la règle du « chacun pour tous ». Aux yeux des communards, la disparition de la conscience de propriété constitue une aspiration fondamentale et déjà mise en action.
Or, symbole vivant de la révolution, autorité suprême et incontestée du parti et de l’Etat, mais malade, Lénine ne participe plus au gouvernement à partir de 1922. Son retrait favorise les intrigues et les spéculations sur sa succession. C’est alors que s’amorce, de son vivant, la lutte pour le pouvoir suprême. Trotski et Joseph Staline briguent la direction du parti et de l’Etat soviétique. Trotski a pour lui l’immense prestige que lui a conféré son rôle à la tète de l’Armée rouge. Ses talents de stratège, de politicien et de théoricien font de lui le membre le plus brillant du parti. Mais la prudence et la patience de Staline lui donnent déjà un réel pouvoir. Secrétaire général du parti, il domine l’appareil bureaucratique. Militant obscur, Staline est avant tout un organisateur de génie qui s’est hissé au sommet en se chargeant des tâches qui ont le plus rebutées ses camarades révolutionnaires. En montant les factions les unes contre les autres, avec son out immodéré pour les intrigues, cet homme, qualifié par Trotski de « plus éminente médiocrité de notre parti », s’empare bientôt du pouvoir.
Car, en Janvier 1924, Lénine meurt. Le pays prend le deuil, et Staline orchestre une véritable sanctification du héros disparu. En même temps, il s’affirme comme le premier disciple de Lénine. Fort de cet héritage, il dirige ses attaques contre Trotski, qui veut mettre fin à la « NEP » et reprendre la construction du socialisme : trois ans plus tard, ce dernier est expulsé. Ayant ainsi frappé à gauche, Staline reprend à son compte les thèses de Trotski et fustige ceux qui prônent la poursuite de la « NEP ». La droite est à son tour éliminée. Staline rallie alors la majorité du parti à son programme : industrialisation massive du pays et collectivisation accélérée des terres. C’est pour cette dernière opération que Staline inaugure l’ère des grandes purges : plusieurs millions de paysans, riches et pauvres, récalcitrants ou non, sont tués par les armes et par la famine.
De même, le décret d’expulsion d’un certain nombre d’intellectuels, signé par Staline, témoigne de ce climat. Les personnalités concernées sont, pour la plupart, des progressistes qui, à l’instar de Nicolas Berdiaev, ont combattu le régime tsariste et mis en avant leur sympathie au socialisme. Mais on compte aussi des intellectuels liés à la religion, comme le théologien Serge Boulgakov.
En 1929, l’U.R.S.S. organise des manifestations grandioses en l’honneur du cinquantième anniversaire de Staline, le « Petit Père des Peuples ». Le culte de la personnalité a commencé.






































