Mes Univers

Quand le Mythe rejoint l'Histoire, il y a un Instant Magique où la Réalité n'existe plus que pour ètre emportée par le Souffle d'une Légendaire Epopée...

03 novembre 2009

De Deiteus Mythica, le Mythe des Demi-Dieux : Pages 1618 - 1620

URSSA partir de 1929, donc, la société entière vit au rythme du plan, dont les objectifs très ambitieux – 21 % de croissance annuelle – sont présentés comme une manifestation de l’attachement de chacun au socialisme, qu’il s’agit d’édifier à la pelle, à la pioche, ou à la plume. Tous les Soviétiques sont requises, des ouvriers aux écrivains : les premiers bâtissent, les seconds glorifient les bâtisseurs et le fruit de leurs efforts. L’émulation est de règle avec l’apparition successive des brigades de « travailleurs de choc » - ou « oudarniks », du stakhanovisme et des « héros du travail ». Le plan est achevé avant terme ; les nouveaux complexes industriels de l’Oural et de l’Ukraine, l’augmentation spectaculaire de la production des matières premières attestent les résultats obtenus, que la propagande oppose au marasme des pays capitalistes en crise.

D’un autre coté, le plan quinquennal bouleverse Moscou. Désormais appelée à symboliser le monde nouveau issu de la société socialiste, la ville ne saurait prétendre à ce rôle sans subir de profondes modifications de prestige. Ses baraques de bois, ses rues sinueuses et son Kremlin médiéval lui donnent encore un aspect de « grand village ». Plusieurs projets grandioses occupent dès lors ingénieurs et architectes.

Le premier d’entre eux est le métropolitain, annoncé comme le défi le plus important de la décennie : par leur variété et leur décoration, les stations sont de véritables palais souterrains, que les Moscovites découvrent avec fierté. Non loin du Kremlin, au cœur de la cité, est édifié le « palais des Soviets », « palais du peuple tout entier » : architectes soviétiques et étrangers rivalisent d’imagination pour sa conception. Puis, les immeubles néoclassiques de la rue Gorki, se caractérisent par une architecture stalinienne, assez proche des réalisations occidentales du moment.

Les nombreux travaux attirent ainsi des milliers de paysans qui fuient la collectivisation, mais la ville souffre d’une pénurie chronique de logements et ne peut abriter cette foule anonyme des artisans de sa modernité.

Succès et modèle d’expansion pour l’industrie, le premier plan quinquennal sonne aussi le glas de la paysannerie individuelle. Malgré l’opposition de plusieurs membres du Comité central, comme Boukharine et Rykov, Staline décide, en Janvier 1930, de « liquider » les koulaks, paysans les plus aisés. Fustigés par la propagande, des centaines de milliers de koulaks, qui n’ont parfois pour toute richesse qu’une vache et quelques poules, sont arrêtées avec leurs familles, déportés ou massacrés. La création des kolkhoz et des sovkhoz, fermes coopératives et fermes d’Etat destinées à remplacer les 25 millions de petites exploitations, se heurte à une vive résistance paysanne. La collectivisation s’avère désastreuse pour l’élevage et très décevante pour les cultures de céréales. Les campagnes se vident ; la famine qui s’ensuit tue 6 millions de Russes dans les régions agricoles du Sud, en 1932-1933.

Quelques années suffisent donc pour que la société perde ses points de repères habituels. Les paysans, matés, sont désabusés ; les citadins sont embrigadés dans le corporatisme professionnel : si l’ouvrier bénéficie d’une garantie d’emploi et une protection sociale avancée, il n’a pas le droit de grève et ne peut changer de lieu de travail. Les salaires très faibles subissent une forte érosion monétaire, les prix restent élevés et le niveau de vie baisse.

La « consolidation du socialisme » est l’objet du deuxième plan quinquennal. Elle marque un certain retour aux valeurs bannies par la révolution bolchevique : nivellement des cultures nationales par l’épuration des élites, comme en Ukraine ; réhabilitation partielle du bien fondé de l’Empire des tsars, promotion de l’élitisme professionnel pour former les cadres nécessaires au pays ; large éventail des salaires. L’enseignement traditionnel et la littérature russe d’avant 1917 sont remis à l’honneur : Pouchkine, Gogol, Souvorov, Ivan le Terrible ou Pierre le Grand font désormais parti du panthéon soviétique. La constitution recourt aux idéaux nationalistes russes, proclame l’unité du peuple soviétique de Leningrad à Vladivostok et donne une existence constitutionnelle au Parti Communiste, principal rouage de l’Etat.

Conservateur, le régime stalinien pratique dès lors une « morale socialiste », qui exalte la famille, la stabilité conjugale, restreint le divorce et proscrit l’avortement. Après l’effort surhumain des années précédentes, une légère détente s’amorce dans la vie politique, avec la réintégration des opposants. Mais elle disparaît vite après l’assassinat de Kirov, proche de Staline, le 1er Décembre 1934.

Et ainsi, la terreur réapparaît lors des procès intentés à des industriels, qualifiés de « saboteurs », pratiques qui se généralisent année après année. De même, des Intellectuels tels que Issaak Babel – l’auteur de « Cavalerie Rouge » -, Boris Pilniak ou Ossip Mandelstam, sont visés. Et la liquidation des koulaks montre les visées réelles d’un pouvoir qui cherche à modeler la société par la force. Par ailleurs, une administration principale des camps où ils sont envoyés – ou « Goulag » est créée. Dans un premier temps limités aux abords de la mer Blanche, ces derniers se multiplient vite sur le territoire soviétique : on y purge alors de longues peines dans d’effroyables conditions, mortelles pour beaucoup.

La mort de Kirov fournit à Staline un prétexte pour se débarrasser de la quasi-totalité de la « vieille garde » bolchevique. Des milliers de suspects sont arrêtés par le NKVD – ex Guépéou. Fort de 300 000 hommes, celui-ci cumule les fonctions policières et judiciaires, juge à huis clos et sans appel ; il n’a de compte à rendre à personne. Au cours des grands procès de Moscou que dirige de 1936 à 1938 le procureur Vychinski, les anciens compagnons de Lénine, brisés par les pressions psychologiques et la détention, s’accusent docilement de crimes les plus extravagants. Ces procès reflètent les exécutions et les déportations massives qui frappent la société toute entière. Les excès touchent même ceux qui les ordonnent : ancien chef du NKVD, Iagoda est fusillé en 1938.

Les purges décapitent jusqu'à l’Armée Rouge : 90 % des généraux, 80 % des colonels sont fusillés. Chef militaire brillant, héros de la guerre civile, le maréchal Toukhatchevski est lui aussi accusé de trahison et passé par les armes. La répression s’abat enfin sur les militaires les moins gradés.

Or, parallèlement à cela, en 1937, les Soviétiques sont appelés à prendre part à la liesse qui doit accompagner les manifestations officielles du 20ème anniversaire de la révolution d’Octobre ; sont également fêtés le centenaire de la mort de Pouchkine et le 125ème anniversaire de la bataille de Moskowa. Parades, expositions, conférences, inaugurations de monuments, bals et défilés, animent la capitale et les grandes villes du pays durant des mois. Le goût stalinien du grandiose confère une apparente allégresse à une réalité plus sombre. Pour les jeunes soviétiques épargnés par les purges, l’année 1937 reste une des plus terribles du régime.

Le 18 Septembre 1939, arguant du danger que constitue l’invasion allemande en Pologne, l’U.R.S.S., honorant ainsi les clauses secrètes du pacte germano-soviétique, attaque à son tour sa voisine pour s’emparer des territoires situés en Biélorussie et en Ukraine, jusqu'à la ligne de Curzon. Attaqué sur deux fronts, la pologne succombe. Le 28 Septembre, un nouveau protocole entre les deux envahisseurs fait entrer la lituanie dans la sphère d’influence soviétique.

En Juin et Juillet 1940, Staline impose à la lituanie, puis à la lettonie et à l’Estonie, des traités d’assistance mutuelle. Des élections à liste unique amènent au pouvoir des Parlements prosoviétiques, qui réclament immédiatement l’intégration à l’U.R.S.S., comme républiques socialistes. Le 28 Juin, la bessarabie, roumaine depuis 1920, et la bukovine, sont à leur tour annexées. En moins d’un an donc, Staline réussit à augmenter de 23 millions d’habitants la population de l’Union, à renforcer son glacis défensif et à effacer les conséquences de la première Guerre Mondiale sur les frontières occidentales de l’U.R.S.S.

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