X3J'ai peu aimé de femmes au cours de ma vie. Et quand je dis peu, c'est concrètement. Parce que dans mon cœur, dans mon âme dans mon corps, au contraire, mes sentiments à l'égard de celles-ci ont maintes fois été mis à l'épreuve. Dans mon quotidien, en me promenant dans la rue, en en croisant durant les multiples périodes où j'ai eu un emploi qui me mettait avec elles, par contre, ce que je ressentais à leur égard à souvent été malmené.

 

Et pourtant, combien j'aurai apprécié d'avoir ce « don » qu'ont certains hommes : celui d’être à l'aise afin de les aborder ; celui de ne pas avoir peur de leur parler ; celui qui les autorise à les charmer, à les conquérir au gré de conversations et de rencontres fortuites ou non. Celui de les toucher juste parce que leur présence les attire à eux. Combien de fois j'ai pleuré, combien de fois j'ai désiré m'arracher l'âme – et le souffle de vie qui l'accompagne -, afin de pouvoir les transférer dans le corps d'un homme doté de ce « don ».

 

Non pas pour jouer sans cesse au « Don Juan », au « dragueur » qui collectionne les femmes les unes derrière les autres. Non pas pour les glisser dans mon lit, s'en repaître jusqu’à plus soif ; pour user et abuser de leurs charmes, de leur beauté, de leur douceur, et de leurs désirs charnels – dans ces instants précis – exacerbés. Non, j'estime qu'elles valent mieux que cela. Elles sont, à mes yeux, un trésor inestimable pour lesquelles je suerai sang et eau afin de le contenter, de les rendre heureuses et épanouies en ma compagnie. Elles sont ce qu'il y a de plus précieux, de plus miraculeux. Et me perdre dans leur regard, frôler leur peau de mes doigts de mes doigts enfiévrés, faire battre leur pouls plus ardemment que l'ensemble des flammes de l'Enfer réunies, est ce à quoi j'aspire quotidiennement.

 

Pourtant, je ne suis pas un de ces hommes-là. J'en suis conscient. Et parfois, c'est une torture viscérale qui me ronge lorsque j'y pense. Et je ne le serai jamais, bien évidemment. Ma tâche de naissance, mon handicap, mon repli sur moi, ma timidité et ma sensibilité exacerbées, entre autres, sont autant de remparts qui se dressent entre elles et moi. Croyez-moi ou non – peu importe, de toute façon -, j'ai tout tenté pour essayer d'approcher celles pour lesquelles mon âme hurlait silencieusement. Je leur ai écrit des lettres enflammées, je leur ai fait porter des bouquets de roses, je les ai fait voyager aux quatre coins de la France ou de la Terre durant une brève période de ma vie. J'ai patiemment attendu qu'elles s’aperçoivent que j'existe ; je suis, de temps en temps, allé au-devant d'elles. Désespérément, blessé par tant d'indolence et de d'indifférence à mon égard, souvent, j'ai osé ce que peu d'hommes auraient tenté pour une femme ; jusqu’à risquer sa vie pour un bref sourire, pour un regard d'elles dans ma direction. J'ai attendu des heures au pied de l'immeuble de l'une d'elles, un jour, sous la pluie, juste pour avoir le privilège de la contempler de loin. J'aurai alors tout donné pour qu'elle se rende compte de ma présence et qu'elle vienne un instant vers moi. Même pas...

 

J'ai, la plupart du temps, été ignoré. Mes sentiments pour elles ont été ridiculisés, moqués, bafoués, foulés au pied comme s'ils n'étaient inexistants. Chaque fois qu'ici ou ailleurs, j'en croise une qui me plaît, qui me touche, autant par sa physionomie que par son intelligence, autant par ce qu'elle cache en elles que par ce qu'elle montre aux autres, autant par ses forces et ses faiblesses, que par ses bonheurs ou ses malheurs, j'ai peur. Je suis terrorisé, je me sens détruit de l'intérieur parce que je sais, au plus profond de moi, qu'elle se détournera de moi d'une façon ou d'une autre concernant les émois qu'elle éveille en moi. Et, jamais, jamais, je ne me trompe sur ce point-là.