X3Leurs persécutions insidieuses à mon encontre se déroulaient toujours à l'abri des regard des adultes. En classe, par exemple, soudainement, l'un d'eux s'emparait de ma trousse. Ils se l'envoyaient, de main en main, sans que je puisse stopper celui qui s'en emparait durant deux ou trois secondes. En Été, il arrivait que les fenêtres de la salle soient ouvertes. Dès lors, ils l'éjectaient à travers. Elle atterrissait dans la cour. Et je devais demander la permission au professeur d'aller la récupérer. Ce dernier s'interrogeait souvent pour savoir de quelle manière je m'y étais pris pour qu'elle emprunte ce chemin. Pas un bruit n'était émis dans la pièce à cet instant précis. On aurait entendu une mouche voler. Mes camarades paraissaient sages comme des images ; même si des gloussements furtifs résonnaient autour de moi alors.

Ils volaient aussi mon cartable, que je cherchais longuement à la fin de la récréation. Je le récupérais toujours à l'endroit le plus éloigné de celui où je devais me rendre. Avant de pénétrer dans la salle de cours, ils renversaient ma table. Parfois, silencieusement, ils s'en emparaient, la sortaient dans le couloir, et la jetaient du haut des escaliers. Le bruit qui en résultait était épouvantable ; il se répercutait au sein de l'ensemble de établissement. Et ils riaient, avant de venir s'asseoir à leurs places. Parfois aussi, en plein hiver, ils me rackettaient de mon argent de poche hebdomadaire. Ils m'obligeaient à les accompagner chez un marchand de farces et attrapes dont le magasin était situé à quelques pâtes de maison du collège. Ils m'ordonnaient de me fournir en boules puantes et autres pétards. Puis, en plein cours, ils les lançaient dans la pièce. Et le professeur n'avait pas d'autre choix d'ouvrir les fenêtres par une température descendant bien au-dessous de zéro.

Parfois encore, ils me délestaient de mon fromage ou d'autres aliments. Puis, lorsque notre professeur était occupé à autre chose, ils les lançaient sur le tableau noir. Le fromage, notamment, s'y collait, avant d'y glisser et de tomber sur le sol. Ou encore, ils le posaient sur la chaise du professeur, qui ne s'apercevait pas de leur méfait. Et lorsqu'il s'asseyait, ils gloussaient et se vantaient de leur exploit entre eux en chuchotant. Evidemment, le pantalon de notre professeur était dès lors irrécupérable. Je me rappelle d'ailleurs qu'ils ont fini par faire craquer l'un d'eux – un novice qui était confronté à sa première rentrée scolaire – au bout de quelques semaines. Un jour, il s'est effondré en larmes devant l'ensemble des élèves, s'est enfui de la classe. On ne l'a jamais revu, et n'a été remplacé qu'au bout de deux à trois mois. Je me souviens que c'était un professeur de français.

Ils ne 'épargnaient aucun supplice lorsqu'ils me dérobaient stylos, cahiers, livres d'enseignement. Les seuls ouvrages auxquels ils ne touchaient pas, c'était ceux que j'emmenais avec moi chaque jour, afin de m'occuper durant les pauses. En fait, il s'agissait là de mes seuls véritables compagnons. Les seuls sur lesquels je pouvais véritablement compter ; qui ne se moquaient pas de moi, qui ne jugeaient pas, qui ne me trahissaient pas, qui ne me rejetaient pas. Très tôt, j'ai réalisé que si je ne désirais pas craquer sous les coups de leurs brimades continuelles, les livres seraient mon seul dérivatif.