X1Je n’ai jamais été véritablement heureux ici-bas : les personnes que j’ai aimé, que j’ai admiré, que j’ai désiré côtoyer, m’ont le plus souvent ignoré. J’ai beau eu tenter de me faire, par elles, remarquer ; j’ai beau eu, par ma personnalité, par mes passions ou mes centres d’intérêts, me démarquer ; naturellement, simplement, comme une évidence ; elles m’ont le plus souvent repoussé – voire humilié. C’est pour ces raisons – parmi bien d’autres – que je préfère être là-bas…

 

Là-bas..., aux frontières de cet horizon où nul ne peut m’atteindre. Là-bas..., en ces lieux où nul ne peut me blesser ou m’oublier. Là-bas..., au cœur de ce monde nouveau, différent, étranger, où nul ne peut me condamner ou me juger. Là-bas..., où ce que je suis n’est pas regardé comme méprisable, haïssable, ou dévalorisant. Mais, surtout, là-bas, où il y a des cités aux murs d’or et d’argent ; des cités titanesques et démesurées aussi grandes que les plus grandes des montagnes. Où il y a des plaines et des océans infinis. Où il y à aucun territoire qui ne m’est interdit. Où il n’y à aucun peuple, aucun individu, qui ne m’a banni. Où il n’y à aucune femme – si belle, si séduisante, si divine même – qui m’attire, et aux pieds de laquelle je m’inclinerai humblement, ne se rirait de moi en me repoussant irrémédiablement.

 

De fait, c’est là-bas où je suis chez moi. C’est là-bas où je suis capable de m’exprimer librement ; sans peur et sans tourments. C’est là-bas où je voyage de place en place, ; de lieu en lieu, de monde en monde. C’est ce là-bas que je rêve d’atteindre puisqu’il s’agit d’un univers nouveau au sein duquel je suis chez moi. Un chez moi qui existe au-delà de l’espace et du temps...

 

Car je n’ai que ce là-bas qui m’attend. Ici bas, nul ne se préoccupe de savoir où je suis, comment je vais, ce que j’espère tant. Ici-bas, chacun, chacune à sa vie, dans le grand livre de laquelle je ne suis pas mentionné. Chacun, chacune, vaque à ses occupations quotidiennes – travail, famille, passions, ambitions - ; modestement, courageusement. Et moi, je demeure invisible. J’ai beau prier, supplier, implorer, me débattre avec les affres de mon existence insipide, aucun de ceux, aucune de celles, qui me sont chers, ne répondent à mon besoin de réconfort ou d’attention...