X3Hier soir, alors que je m’apprêtais à me plonger dans le premier tome du « Siècle » de Ken Follet – j’en suis à la moitié des mille pages qui le composent -, et que je contemplais le mur en me laissant aller à mes pensées, j’ai fais un rêve. Il n’a duré que quelques minutes. Cependant, à lui seul, et bien qu’il soit conscient, il résume à lui seul tout ce qui m’anime depuis que je suis enfant, adolescent, adulte, jusqu’à maintenant.

Tout le monde a des rêves. C’est normal, naturel, humain. Certains sont destinés à en concrétiser la plupart. D’autres sont destinés à ce que ceux-ci leur échappent quasi-systématiquement. Ce n’est pas une question qu’ils soient faisables ou possibles – ou pas -, mais ces derniers ont quelque chose d’inexplicable en eux qui fait qu’ils sont inatteignables. Ils auront beau se démener toute leur vie, dépasser les épreuves les plus difficiles que l’existence puisse mettre sur leur route, puiser au plus profond d’eux-mêmes la force et la volonté de les atteindre, ils leur échapperont immanquablement. Ils auront beau se « tuer » à la tâche, verser jusqu’à la « dernière goutte de leur sang », pour les réaliser, rien n’y fera. Il y aura toujours un détail, un événement, un aléa, un impondérable – justifié ou non – qui viendra briser cet espoir sur les roches acérées de cette inaltérabilité.

J’appartiens à cette seconde catégorie, c’est un fait. Car, si mes écrits, si mes textes, si mes exposés, si mes nouvelles, si mes poèmes ou mes romans, plaisent – il n’y a aucune ambiguïté à ce sujet -, ils demeureront à jamais ignorés de l’immense majorité. J’aurai beau tenter d’approcher médias, éditeurs ayant pignon sur rue, personnes influentes en ce qui concerne le métier d’écrivain, de philosophe, d’intellectuel, ou d’historien…, n’en résultera aucune retombée. J’aurai beau recevoir, ici ou ailleurs, des centaines, des milliers, de louanges, de remerciements, pour ce que je partage à l’intérieur de mes écrits – réflexions, émotions, imaginaires personnels, études sur l’actualité immédiate, etc. -, ils résonneront dans le vide.

Et encore, ce que j’y met n’est que la face émergée de l’iceberg. Il y a tant et tant d’autres facettes que mes rêves déploient. L’auteur que je suis, qui cherche à être reconnu en tant que tel par l’immense majorité des gens, n’est qu’un fragment de ce qu’ils recèlent. Mes écrits relatent ce que je suis capable de partager avec vous et avec d’autres en ce lieu et en cet instant. Mes écrits sondent les méandres de mon existence, de mon imaginaire, de ma philosophie, de bien davantage encore. Néanmoins, ils dévoilent ce sur quoi j’ai la possibilité d’agir d’une manière ou d’une autre. Ils montrent ce sur quoi j’ai une emprise directe, véritable. Ils divulguent ce sur quoi, de ma prison dorée, de mon refuge calfeutré, je peux intervenir. Ce lieu où nul ne peut me juger, me condamner, me blesser, me terroriser, me rejeter dans l’obscurité.