X1L'Homme est-il capable d'évoluer ? Est-il capable d'envisager ce qui est le mieux pour son espèce au-delà d'une quarantaine d'années – au maximum – de labeur ? Puis, ensuite, au-delà de la trentaine d'années de retraite au cours de laquelle il se sent inutile, improductif, la plupart du temps ? Au sein d'une société comme la notre, l'ordre qui paraissait immuable jusqu’à il y un demi-siècle environ, a été bouleversé. Ce qui était censé procurer le bonheur à chacun de nous, s'est fissuré, a laissé place à des béances terrifiantes.

 

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, l'Occident s'est persuadé que rien ne pourrait venir contrecarrer sa millénaire suprématie. Au cours des « Trente Glorieuses », il s'est relevé, enrichi, a affirmé sa suprématie. Orgueilleux et sans état d'âme, il a érigé le capitalisme à outrance, les bienfaits supposés de l'Argent-roi, comme une vérité inaltérable. Après tout, n'avait-il pas mis à bas le Nazisme, puis le Communisme ; ces deux monstrueuses idéologies enfantées sur les décombres de conceptions désuètes : privilèges pour les biens nés, ou servilité pour la majorité des particuliers.

 

Dans le même temps, l'Homme s'est pris à rêver que la technologie pouvait tout remplacer. Il s'est dit qu'à l'aide de machines de plus en plus perfectionnées, que grâce à l'Informatique, que grâce à la Robotique, que grâce à Internet, que grâce aux sciences appliquées à la médecine, etc., il lui serait possible de défier la Nature, de la maîtriser, de la contrôler, ou de la modeler.

 

Dès lors, l'esclavage honni jadis, s'est de nouveau imposé. Evidemment, il s'est adapté à la civilisation à laquelle l'Homme est désormais enchaîné : les nations les plus riches ont accordé une liberté surveillée aux territoires qu'ils avaient autrefois colonisés. Celles-ci les ont, malgré tout, dépouillées de leurs ressources et de leur prolificité. Elles leur ont édicté leurs volontés comme seule alternative aux méfaits qu'elles avaient, un ou deux siècles auparavant, initiées. Afin de aider à se reconstruire, elles ont accueilli immigrants de tout horizons à bras ouverts. Elles leur ont confié les taches les plus ingrates et les plus humiliantes ; celles auxquelles leurs concitoyens désormais favorisés ne souhaitaient pas se consacrer.

 

Puis, au milieu des années 1970, lorsque la « Crise » engendrée par ce Capitalisme sans foi ni loi s'est amorcée, comme c'est systématiquement le cas dans ce genre de circonstances, il a fallu chercher des boucs émissaires. C'est ainsi que « l'autre » est redevenu la cause de tous les maux de notre société. Après avoir spolié l'étranger de tous ses biens – minerais, eau, pétrole, forêts, etc. - , après l'avoir contraint à s'exiler pour ériger des sanctuaires destinés au délassement des classes les plus aisées, celle-ci l'a rejeté comme un moins que rien. Elle a placé à la tète de ses États des pantins affectés à assurer le suivi de l'acheminement de ce butin confisqué. Elle a, de plus en plus, détérioré son environnement originel, jusqu’à le rendre improductif. Elle lui a jeté quelques miettes en lui ordonnant « contente-toi de ce que je te donne ! ». Et notre Société l'a persuadée que, malgré les dégâts de plus en plus visibles, et de plus en plus irrémédiables, de son sentiment de supériorité.