X1De mon point de vue, l'Art d'écrire affûte sa capacité à penser, à réfléchir, à philosopher. Autour de moi, parmi ceux et celles que je côtoie au sein de ma Réalité quotidienne, il y en a qui estiment que "philosopher" est comparable au fait de se plaindre, de se lamenter, de ressasser le passé. Il est vrai que ces derniers temps, j'ai beaucoup écris sur les épreuves de toutes sortes que la vie m'a infligée depuis que je suis enfant. Et encore, je n'ai pas tout dis. Je suis farouchement convaincu qu'il n'y a qu'en mettant des mots sur ses maux que l'on est susceptible d'analyser, de comprendre, d'assimiler, d'accepter, toutes ces souffrances que l'existence, d'une manière ou d'une autre, nous a infligée. Pour ma part, c'est en rédigeant ces souvenirs, pour la plupart, cauchemardesques, que je parviens peu à peu à les affronter et à les vaincre au mieux de mes possibilités.

Car je suis persuadé que ces malheurs dont j'ai été - dont je suis - le jouet, ne sont qu'une étape dans la construction de ma destinée. Hier, j'ai relaté un bref exposé sur "l'Occident et ses contradictions". Celui-ci n'est qu'un condensé de réflexions personnelles que pourrai aisément développer. Il y a tant à dire sur les symptômes les plus visibles du déclin de notre civilisation. Nous en avons des exemples tous les jours dans les journaux évoquant l'actualité la plus immédiate, la plus spectaculaire. Pourtant, ils ne sont que des fragments d'un écheveau bien plus complexe, bien plus délicat, bien plus fragile, décryptant la déliquescence progressive et programmée de notre Société.

Je trouve fascinant de voir à quel point l'Homme, qui est censé être la créature la plus censée et la plus intelligente de la Création, est capable de provoquer sa propre destruction. Et que ce soit l'inconnu habitant à l'autre bout de la planète, que ce soit toi, cher lecteur ou chère lectrice, ou que ce soit moi, tout simplement, nous œuvrons tous pour conduire notre Civilisation à son anéantissement. Malgré nos bonnes paroles, malgré nos bonnes intentions, aucun de nous n'est prêt à modifier son comportement vis-à-vis de ses semblables afin d'éviter l'inéluctable qui nous attend à plus ou moins brève échéance. Nous attendons tous que ce soit son voisin, son collègue, son supérieur, le politique, le financier, "l'autre finalement", qui s'engage pleinement. Nous patientons vainement, en nous disant que si "l'Autre" effectue cette tâche", je n'aurai pas besoin de m'y coller. Après tout, je ne suis qu'un simple rouage, je ne peux pas grand chose à mon niveau, pour arrêter cette machine infernale qui s'est emballée.

N'est-ce pas ce que pensaient également la grande majorité des Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale, lorsqu'ils participaient, chacun à leur niveau, chacun à leur façon, au fonctionnement de la pire barbarie qu'ait connue le genre humain. Combien, au sortir de la Guerre, lorsqu'ils ont réalisé l'ampleur de la monstruosité à laquelle ils avaient contribué, ont expliqué : "Qu'aurai-je pu faire ? Je ne savais pas ? Je ne pensais pas que c'était à ce point !". Évidemment, c'était tellement plus simple de faire semblant de ne rien voir. C'était plus facile d'accepter la sauvagerie ordinaire, afin de vivre tranquillement dans son coin. Afin de ne pas être embêté, afin de ne pas se sentir concerné.