X1Espagne, Xème siècle :

 

Abd Al-Rahman règne sur l’Emirat de Cordoue de 912 à 961. Il transforme celui-ci en Califat et prend lui même, en 929, le triple titre de calife, de « Prince des Croyants » – « Almir al Mu’minin » et de « Combattant Victorieux pour la religion de Dieu » - « Nasir li-dini Allah ». Et ses raids, entre autres à Saint Jacques de Compostelle, brisent l’élan de reconquête des chrétiens.

 

Or, à la même époque, le califat de Cordoue attire les esprits occidentaux avides de Sciences nouvelles.

 

Par ailleurs, la Catalogne, née de l’intervention de Charlemagne en Espagne, est d’abord incorporée à l’Empire Carolingien, puis à l’Etat Franc. Elle devient pratiquement indépendante quand la royauté franque, affaiblie, s’avère incapable de venir secourir Barcelone, que, al-Mansur soumet au pillage en 985.

 

Mais en même temps, en Navarre, autour de Pampelune, qu’un second foyer de résistance chrétien se développe sous la protection des Basques.

Pourtant, peu avant l’an Mille, ces petits noyaux chrétiens sont souvent en proie à des conflits dynastiques. Les récents raids d’al-Mansur ont prouvé leur fragilité. Pendant plusieurs années, la frontière qui les sépare du califat est sans cesse disputée par les avant-gardes des deux camps. Cette zone tampon, plus ou moins bien définie, est un lieu de solitude, de terreur et de liberté. Là s’aventurent les premiers pionniers de ces territoires sans maîtres : des renégats et des esclaves en fuite s’y font défricheurs de terres vierges.

 

 

Royaume Franc, Xème siècle :

 

En 901, le mois de Mars est marqué par un progrès important dans l’utilisation du cheval de trait. En effet, outre l’invention de la ferrure qui protège les sabots en ralentissant leur usure, commence à se répandre, grâce au harnais ou au collier de trait ; une nouvelle forme d’attelage.

 

Car, jusqu'à présent, le cheval est relié au véhicule qu’il tire par une bande de cuir souple, disposée au tour de son cou, ce qui gène sa respiration. Le harnais, pièce rigide placée sur l’encolure du cheval, lui assure un meilleur équilibre et, surtout, lui épargne cet étranglement. Il permet ainsi de multiplier par trois ou quatre le rendement du cheval de trait et, par contrecoup, celui des récoltes.

 

En 902, égrenant ses monastères de l’Elbe aux Pyrénées, l’ordre Bénédictin se donne pour mission de faire rayonner la gloire de Dieu par les peuples Barbares. Mais les moines, eux non plus, ne résistent pas à la tourmente. Sauvant tant bien que mal les saintes reliques dont ils ont la charge, les moines fuient leurs abbayes, saccagées et en flammes. Désemparés par ce monde brutal auquel ils ne sont pas préparés, ils trouvent souvent refuge auprès de seigneurs locaux qui, pour s’assurer le Paradis, fondent des monastères, s’en nomment eux mêmes abbés, et réduisent les malheureux moines à l’état servile. Mais les puissants, qui mentent, trahissent, pillent, ravagent, peuvent aussi parfois avoir de grands élans de foi. Tel est le cas de Guillaume d’Aquitaine, qui fonde Cluny, où la règle de Saint Benoît atteint son apogée.

 

Car, le domaine que lègue ce dernier en 910 est celui d’un grand seigneur. Il est composé tout à la fois de champs, de forêts et de prés, de » bâtiments et de serfs. Certains moines, dits « convers », sont spécialement chargés des problèmes domestiques, permettant ainsi aux autres religieux de s’adonner exclusivement à Dieu, par la prière et le chant. Les frères convers surveillent les récoltes, s’assurent que le foin est bien engrangé avant que l’hiver n’arrive, veillent à l’abattage des animaux, au tissage de la laine, à l’entretien des édifices et des outils. Pour soigner et soulager les malades – moines ou hôtes de passage -, les frères herboristes cultivent, dans leur jardins de simple, le thym, la sauge et la camomille, avec lesquels ils confectionnent décoctions et cataplasmes.

 

Déchargés de toute préoccupation matérielle, les frères « de chœur » se vouent à la vie contemplative. Les temps de prière rythment la longue journée de moine, qui, commencée avec l’office de matines, se termine avec celui de complies, à la tombée de la nuit. Les psaumes accompagnent les prières les moines en chantent jusqu'à 150 par jour. Quand ils ne chantent ni ne prient, les religieux s’installent à leur pupitre dans la grande salle de travail, le scriptorium, et recopient psaumes et textes sacrés ou antiques. A l’abri de l’agitation du monde, sûrs de l’amour divin et heureux d’y consacrer leur vie, ils enrichissent leurs manuscrits d’enluminures joyeuses et savamment composées : bientôt, la bibliothèque de Cluny devient la plus riche d’Occident, après celle du Mont-Cassin. Enfin, les moines s’adonnent aux œuvres de charité : chaque jour, leur hôtellerie, située à la limite des bâtiments religieux, accueille tous ceux que la misère jette sur les routes.

 

Cependant, l’originalité de l’abbaye, qui connaît rapidement une notoriété considérable, tient à son statut bien particulier. Dans la charte de fondation rédigée par Guillaume d’Aquitaine, une clause garantit le rattachement direct de l’abbaye au Saint-Siège et stipule que les prieurs qui en prennent tète doivent être élus par les moines et choisis dans les rangs des Bénédictins. Cluny échappe ainsi à toute autorité royale, seigneuriale ou épiscopale. Elle ne tient ses directives que de Rome et ses abbés sont les égaux des rois. De plus, elle a la chance d’être dirigée pendant longtemps par des hommes remarquables, tant par leur ferveur religieuse que par leur largeur de vues.

 

Au premier abbé, Bernon, succède tout d’abord saint Odon, dont la spiritualité rayonne bien au-delà des murs du monastère : il voyage en Italie et se rend à Fleury-sur-Loire – où reposent les restes de Saint Benoît -, appelé par des communautés religieuses soucieuses de rendre leur pureté aux cérémonies liturgiques. C’est sous son règne que le pape oriente l’avenir de la petite abbaye bourguignonne en décidant qu’elle doit garder, sous son obédience, les monastères qu’elle va réformer. Après Odon, vient Aymard, qui, grâce à d’importantes donations, agrandit le domaine et en perfectionne l’organisation. Son successeur, Maïeul, sillonne les routes de l’Allemagne à la Provence et range de nouvelles communautés sous son autorité. Profondément ému par la misère du monde, il marque Cluny du sceau de la mansuétude et joue de son ascendant sur l’Empereur d’Allemagne pour tenter d’apaiser les conflits qui secouent l’Empire Germanique. Odilon rattache de nouvelles communautés à Cluny, dont l’abbé devient le chef d’une importante fédération monastique.

 

De plus, ce dernier pense qu’il existe d’autres voies de salut pour les laïques ; lesquelles ont été tracées par Géraud d’Aurillac au début du Xème siècle. Comte d’Auvergne, Géraud est un bon seigneur, rendant la justice, assistant aux offices, essayant de défendre sa ville contre les Normands, refusant de devenir vassal du comte d’Aquitaine. Pour Odilon, il se montre un Chrétien exceptionnel : il jeûne comme un moine, se fait lire des textes saints durant les repas, distribue lui même les aumônes aux pauvres, refuse de se marier et résiste héroïquement à la tentation de la chair, avec l’aide de Dieu. Il fonde sur ses terres une abbaye, Saint Clément. Géraud meurt deux ans avant la fondation de Cluny ; il n’a pas existé de son vivant de communauté assez exemplaire pour qu’il ait pu avoir envie de s’y joindre. C’est pour cette raison qu’il n’a pas été canonisé.

 

A suivre, si ce texte vous intéresse...