W1A une époque où l’Eglise est avilie et où prévalent les valeurs seigneuriales et guerrières, Cluny restaure la dignité des clercs, en donnant « l’image d’une société de seigneurs vivant dans la prière et l’obéissance ». Au Xème siècle d’ailleurs, les temps se font moins violents. Rollon, le fier Normand, signe la paix avec le roi de France Charles III le Simple et reçoit le baptême ; le comte d’Avignon, Guillaume le Libérateur, bat les Sarrasins, qui mettent un terme à leur occupation de la Provence ; quant à la Hongrie, elle abandonne ses mœurs barbares pour adopter le Christianisme sous l’impulsion du roi Etienne Ier. C’est Odilon, abbé de Cluny qui, avec le pape, réussit finalement à imposer la trêve de Dieu, sage mesure qui consiste à interdire les combats certains jours de la semaine.

 

La dynastie Carolingienne semble rétablie. Pas pour longtemps. Car, dès 922, les Grands élisent un second roi en la personne du frère d’Eudes, Robert, qu’ils font sacrer par l’archevêque de Sens. La guerre entre les deux partis devient inévitable : le nouveau roi trouve la mort le 15 Juin 923. Charles le Simple est détrôné la même année ; après avoir alors proposé la couronne au fils de Robert, Hugues, qui la refuse, les Grands l’offrent à Raoul, fils du duc de Bourgogne.

 

En 927, un phénomène extraordinaire, qui a un retentissement considérable dans tout le royaume, se produit,  : à Verdun, comme dans tout l’Est de la France, de nombreuses personnes voient apparaître plusieurs heures durant, des armées de feu dans le ciel. Celles-ci excitent alors les nuages ; elles en font des tempêtes. Puis, elles pratiquent l’astrologie afin de les orienter en direction de lieux bien précis. Enfin, une fois la nuit tombée, ces troupes se mettent à avancer sur la plaine, avant de disparaître au-delà de l’horizon.

 

Puis, à la mort de Raoul, en 936, Hugues est le plus puissant personnage du royaume, mais il ne souhaite pas devenir roi. Bien au contraire, il organise la restauration des Carolingiens et place Louis IV d’Outremer sur le trône. Le roi le remercie en lui reconnaissant le titre de « dux Francorum », ou « dux Franciae » - duc des Francs ; Hugues, surnommé le Grand, exerce désormais une véritable vice-royauté sur la Francia, territoire s’étendant entre Loire et Meuse. Il meurt en 956, léguant à son fils, prénommé Hugues lui aussi, ses titres et ses fonctions.

 

En 956, le souverain jouit d’un prestige sans commune mesure avec celui que détiennent les princes les plus puissants du royaume. Sacré, il est choisi par Dieu pour exercer sa charge ; c’est à travers lui que s’épanouit le royaume ; c’est grâce à lui que règne l’ordre. Le domaine royal, groupé autour de Paris, d’Etampes et d’Orléans, entre Seine et Oise, est composé d’un ensemble confus de biens matériels et fonciers – châteaux, terres, moulins -, de droits et de redevances, qui est plus vaste que le domaine direct de bien des vassaux. C’est une des premières régions touchées par l’essor économique, notamment grâce au défrichement énergiquement mené et à une forte poussée démographique. Le royaume n’en n’est pas moins divisé en grandes unités territoriales : le duché de Bourgogne, dont hérite Robert le Pieux, mais qu’il confie à son fils cadet, le duché de Normandie, le duché d’Aquitaine, le marquisat de Gotie, le marquisat de Provence, les comtés de Flandre, de Champagne, d’Anjou.

 

Un profond changement apparaît dans l’essor économique qui, avec l’établissement de la seigneurie, la restructuration des campagnes et la révolution féodale, gagne toute la France, puis l’Europe.

 

La production croissante et régulière ses surplus agricoles redonne vie aux échanges et aux villes. Parallèlement, la monnaie commence à circuler régulièrement et le progrès technique, notamment dans le domaine textile, permet de répondre à une demande toujours plus importante.

 

Les bourgs apparaissent. Là se fixe une population de marchands et d’artisans, que le seigneur cherche à attirer par des privilèges et, surtout, la garantie d’une liberté qui contraste avec la servitude des campagnes environnantes. Ces bourgs se juxtaposent aux cités épiscopales, abbayes et châteaux, auxquels ils fournissent les produits qu’une richesse nouvelle permet d’acquérir. Des marchés et des foires assurent les échanges sur une plus grande échelle. Bientôt, des guildes y naissent, dans lesquelles les commerçants se regroupent pour défendre leurs intérêts. Le mouvement prend même une envergure exceptionnelle pour au moins trois sortes de villes : les villes de commerce international, les centres artisanaux et les capitales.

 

A la même époque, apparaît, entre Loire et Rhin, un nouveau type de fortifications, auquel on donne le nom de « château ». Le phénomène s’étend bientôt à tout l’Occident.

L’élément fondamental du château est la motte, butte artificielle faite de terre rapportée ; elle est entourée à sa base d’un fossé, que surmonte une palissade de bois ; le sommet aplani en plate-forme porte une tour quadrangulaire en bois, ou « donjon ». L’accès au donjon se fait par une échelle conduisant à une porte unique. Les dimensions de la motte sont modestes : 15 mètres de hauteur pour 30 mètres de diamètre à la base ; la superficie enclose dépasse rarement le demi-hectare. A la motte est associée une basse-cour, ou « bayle », protégée par un talus de terre surmonté d’une palissade.

 

Dans le château vivent des chevaliers, dont le rôle est de se battre. Autour du château vivent les paysans soumis au ban seigneurial : ils travaillent la terre pour leur seigneur, lui versent des redevances et sont tenus, s’il l’exige, de se battre pour lui. En échange de quoi, ils peuvent se réfugier dans la basse-cour du château si il y a du danger. Trop vulnérables n cas d’incendie, les châteaux sont très vite construits en pierre.

 

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