X1C’est un exercice très difficile que d’écrire. Et ça l’est encore plus lorsqu’il s’agit d’écrire sur soi. Tout simplement parce que l’on ne peut pas être totalement objectif quant au regard que l’on porte sur soi. Tantôt, on met les meilleurs cotés de sa personnalité en avant. On montre ce qui peut être l’objet d’admiration, d’honneurs, de respect, de joie, ou de bonheur. Tantôt, on met nos souffrances, nos malheurs, nos blessures, nos épreuves, nos désillusions, en avant. Et là, on est regardé avec inquiétude, horreur, incompréhension, mépris ; on vous jette du venin à la figure, on vous regarde de haut, on vous déconsidère ; ou, pire encore, on vous ignore ou on vous blesse délibérément.

Les gens jugent facilement ; et condamnent encore plus aisément. Ils se basent souvent sur des parcelles de réalités dont ils ne connaissent ni les tenants ni les aboutissants ; ni le pourquoi ni le comment. Puis, ils se disent : « Parce que cette personne a évoqué cela en cette heure et cet endroit, c’est que c’est représentatif de ce qu’elle est. ». Ils s’en contentent, ne se posent pas de questions sur les raisons qui ont poussé cette personne a souligner un fait, un événement, un épisode heureux ou malheureux de son existence ; un ressenti, une impression, etc.

Quand on écrit – comme je le fais quotidiennement -, on prête forcément le flanc à ce genre de réaction. Il ne faut pas se faire d’illusions. C’est profondément humain, presque de l’ordre de l’instinctif. Cette facilité, cet automatisme, qui se met en mouvement malgré nous, et qui nous pousse à émettre une critique – constructive ou délétère – envers l’autre, malgré nous. Y compris envers des personnes qu’on ne connaît que peu, ou pas.

Je le répète souvent : chacun de mes articles, de mes textes, de mes exposés, etc. ne révèle qu’une infime fraction de l’individu que je suis dans sa globalité. Chacun ne s’arrête que sur l’un des aspects de ma personnalité, de ma pensée, de mes connaissances, de mon ressenti, à un instant « T », et en fonction de circonstances qui lui sont liées. Or, si, justement, mes textes sont souvent si longs – certains et certaines me réprimandent assez à ce sujet ; comme si j’étais un petit garçon pris en faute parce qu’il ne se conforme pas à leurs normes -, c’est justement pour tenter, au maximum, de le souligner.

N’effleurer brièvement qu’un aspect d’un sujet lorsque je m’y attaque n’a jamais été, n’est pas, et ne sera jamais, dans mes habitudes. Ce serait aller à l’encontre de ma personnalité, de qui je suis au plus profond de moi ; viscéralement. Que certains ou certaines le comprennent ou l’acceptent n’y changera rien. Que certains ou certaines estiment que ce n’est pas la bonne manière de faire ; et que, forcément, ils en ont une meilleure, ne changera rien non plus.

Car, il est vrai que, comme la maxime bien connue le dit : « la critique est facile, l’exercice, lui, l’est beaucoup moins. ». Et, en ce qui concerne ma propre expérience, j’ai souvent constaté de la part de ceux et de celles qui ne me lisent qu’épisodiquement, ou qu’une fois parce qu’ils sont tombés par hasard sur un de mes articles, avec quelle prestance, avec quelle aptitude, ils se lancent à l’assaut de celui-ci sans en savoir davantage sur moi.