X1Germanie, Xème siècle :

 

Si, après la mort de Charles le Gros, en 888, quatre souverains ont porté ce titre, ils n’ont pas été des Carolingiens, et leur pouvoir a été limité à la protection d’une papauté menacée, dans Rome même, par les rivalités de l’aristocratie locale.

 

Originaires de l’Est de l’Empire Carolingien, les souverains Saxons voient, au cours de cette période, leurs possessions épargnées par les grands flux d’envahisseurs ; depuis le temps du duc Liudolf, ils sont les plus puissants princes de Germanie. A la veille de sa mort, le faible Conrad Ier transmet les insignes de roi de Germanie au petit-fils de Liudolf, Henri, duc de Saxe, qui se fait élire roi en Mai 919.

 

Les premières années du règne d’Henri « l’Oiseleur » se passent à obtenir la soumission des autres ducs. Il consolide ensuite les provinces orientales du royaume contre les Slaves et les Hongrois. A sa mort, en 936, les Grands de Germanie élisent son fils Otton « par droit héréditaire » : Henri Ier a réussi à donner naissance à une dynastie.

 

Mais, à cette date, un Mage inconnu fait une étrange Prophétie dans une petite ville de la région de Birkenwald ; en Westphalie : « Je prédis la venue d’un gigantesque orage ; il se formera à l’Est et submergera les peuples Germaniques s’il n’est pas stoppé à temps. ».

 

Otton de Germanie manque de moyens de gouvernement et ne peut compter que sur les forces de son propre duché ; jusqu’en 953, il se heurte à l’indiscipline des ducs, renforcés par la rébellion de son propre frère, Henri. Cependant, l’autorité d’Otton est reconnue dans tout le royaume de Germanie, les ducs deviennent de fidèles représentants du pouvoir central, leur influence est équilibrée par celle de l’épiscopat, sur qui s’appuie Otton. Celui-ci attribue d’importantes charges politiques aux évêques qu’il choisit lui même, mettant ainsi en place une « Eglise d’Empire », dévouée et fidèle. En 955, son prestige est immense après la bataille de Lechfeld, près d’Augsbourg, où il remporte une victoire décisive sur les Hongrois : ces derniers abandonnent alors leurs raids et se fixent dans la plaine du Danube.

 

Mais les ambitions d’Otton sont plus grandes encore. Il place sous son autorité le duché de Bourgogne et le royaume d’Italie. Il se rend en Italie, répondant à l’appel d’Adélaïde, veuve du roi Lothaire II, emprisonné par Bérenger II, potentat local, qui a fait empoisonner son époux. Otton la délivre, l’épouse, se fait couronner roi d’Italie, mais laisse le gouvernement du pays à Bérenger.

 

En 961, c’est le pape Jean XII qui appelle à l’aide Otton, contre Bérenger, et le couronne Empereur à Rome, le 2 Février 962. Cela n’empêche pas Otton de le déposer quelques mois plus tard et d’interdire aux Romains d’élire un pape sans son accord.

 

Ce nouveau titre exalte son idée des devoirs qui incombent au prince Chrétien. Il arbitre les querelles du royaume Franc, obtient la conversion du prince polonais Mieszko, entreprend l’évangélisation des Hongrois, crée plusieurs marches en pays slave, et notamment celle d’Ostmark – ce qui donne « Autriche » en français -.

 

Otton confie sa gestion à un nommé Liutpold, dont les fils prennent le nom de Babenberg. De leur citadelle de Melk, dominant le Wachau, ils deviennent rapidement les maîtres des accès à la forêt viennoise. Protecteurs de l’Eglise, ils favorisent l’implantation de grands monastères Bénédictins, fers de lance pour la colonisation de nouvelles terres et qui font de la région une alliée fidèle de Rome. Ce sont aussi eux qui font de Vienne une capitale, en lui donnant ses premiers privilèges.

 

Mais Otton ne s’arrête pas là : en 968, il fonde l’évêché de Magdeburg, qui consacre la christianisation de la région. Puis, signe éclatant de la puissance impériale, le monnayage d’argent reprend en 970, grâce au minerai des montagnes du Harz. Enfin, Otton, qui a pourtant envisagé de chasser les Byzantins d’Italie, négocie le mariage de son fils avec la fille de l’Empereur Grec, la princesse Théophano.

 

Lorsqu’il meurt, en 973, Otton le Grand est le plus puissant souverain d’Europe. Pourtant, contrairement à ce qu’affirme la titulature impériale, son Empire, réduit à la Germanie et à l’Italie, n’est pas celui de Charlemagne.

 

Au cours du règne d’Otton, les princes Saxons, entourés de lettrés, protégeant de riches abbayes, faisant copier des manuscrits, sont à l’origine de la « Renaissance Ottonienne ». L’architecture, la sculpture et la peinture des manuscrits sont les principaux domaines dans lesquels se manifeste la créativité.

 

Pourtant, les routes sont mauvaises et les villes rares et petites ; a tel point qu’en 973, un voyageur arabe qui passe à Mayence, note que la ville n’occupe qu’une infime partie de l’espace de la cité romaine antique.

 

Malgré tout, ce siècle voit un nouvel essor du commerce ; les Empereurs fondent et contrôlent foires et marchés, où l’on échange « du sel, des armes et des bijoux, contre des esclaves, de la cire et des chevaux ». Ils protègent les communautés Juives, les marchands étrangers, les artisans. En outre, c’est en Germanie qu’est fondé le pouvoir de la dynastie salienne, ou franconienne, qui, après le règne d’Henri de Bavière, succède aux Empereurs Saxons avec Conrad, duc de Franconie et arrière petit-fils d’Otton le Grand.

 

Pourtant, l’Empire d’Otton n’en est pas moins la plus solide construction politique du moment : il résiste à la mort brutale d’Otton II, tué par des musulmans en Italie méridionale en 983, et à la longue régence des deux Impératrices, Adélaïde et Théophano, qui gouvernent au nom d’Otton III, âgé de trois ans à son avènement. Le roi Franc Lothaire refusant de voir son demi-frère Charles élevé à la dignité de duc de Basse-Lorraine par Otton II, et lançant une razzia sur Aix-la-Chapelle, tente en vain de prendre Metz pour le compte de la sœur d’Hugues Capet, Béatrice, qui gouverne la Haute-Lotharingie. L’Empereur lance alors, en représailles, une expédition qui parvient sous les murs de Paris. C’est Hugues Capet qui défend la capitale alors que Lothaire s’enfuit et qu’Otton II négocie une paix à son avantage.

 

Otton III, élevé par sa mère dans la tradition byzantine, rêve de réunir la Chrétienté sous l’autorité commune du pape et de l’Empereur. Il a seize ans quand il est couronné à Rome le jour de Noël 996, et fait inscrire sur son sceau « Renouveau de l’Empire Romain ». Installé à Rome, dans le palais de l’Aventin, il fait élire pape son précepteur, le savant Gerbert d’Aurillac, qui prend le nom de Sylvestre II. Mais il se heurte à l’incompréhension des Italiens et est chassé de Rome en Février 1001. Sa mort brutale en 1002 sonne le glas du rêve d’Empire universel.

 

A suivre, si ce texte vous intéresse