X3Or, toute médaille à un revers : c'est parce que cette croissance a été continue, que ces sociétés que l'on n'appelait pas encore « multinationales » se sont développées. Elles ont permis de produire des biens de consommations, de rendre la nourriture plus foisonnante, plus diversifiée, ou provenant de contrées de plus en plus lointaines, par exemple. Elles se sont installées partout où les ressources étaient exploitables. Elles ont modifié leur environnement afin d'en tirer le maximum. Elles les ont transformées, importées, négociées.

Pendant longtemps, ce sont de petits commerces, qui les ont distribuées aux consommateurs. Puis, à l'orée du 20ème siècle avec l'apparition des « Grands Magasins », et surtout à partir des années cinquante, les « supermarchés » et les « hypermarchés » ont fait leur apparition avant de s'imposer définitivement. Toujours une question de rentabilité.

Il y a un autre aspect à prendre en considération également : cette croissance s'est faite au détriment des peuples autochtones. Forte de sa suprématie militaire et technologique, l'Europe, et après la fin de la Seconde Guerre Mondiale les États-Unis, ont imposé leur protectorat aux trois-quarts des territoires émergés de la planète. Des populations qui, jusqu'alors, n'avaient eu que très peu de contact avec le reste du monde ont, du jour au lendemain, été projetées dans un univers qui n'avait rien de commun avec ce qu'elles avaient connues jusqu'alors. Leurs coutumes, leurs traditions, leurs souverainetés, leurs autorités, ont été malmenées, bafouées, renversées. Pire, elles ont été annexées, opprimées, vassalisées, déportées. De la fin du 15ème siècle au tournant des années soixante, la Colonisation a entraîné la destruction ou l'asservissement de communautés entières.

Des Antilles aux deux Amériques, et parfois ailleurs, esclaves de toutes origines ont été chassés de leurs territoires originels. Ils ont été déplacés, soumis à l'esclavage, puis, après son abolition, à la ségrégation raciale – États-Unis, Afrique du Sud, etc. Des maladies jusqu'alors inconnues chez eux y ont été importées et y ont décimées des millions de natifs. Alors que les européens s'enrichissaient, prospéraient, ces populations étaient en outre considérées, le plus souvent, par leurs « maîtres blancs » comme des biens meubles. Celles-ci pouvaient être vendues, échangées, offertes comme cadeaux. Alors qu'en Occident, la liberté, l'égalité, la fraternité, étaient des droits inaliénables mis en avant par les masses afin d'accéder à une vie plus juste, plus heureuse, plus épanouie, et plus confortable.

Ce n'est pas un reproche. Mais il est utile et nécessaire de remettre les faits en perspective. Toutefois, il ne faut jamais oublier que c'est sur le dos de ces populations que l'opulence dont l'Occident bénéficie s'est construite. Et si, aujourd'hui, en France ou ailleurs en Europe, nous avons la possibilité de nous nourrir convenablement, de nous vêtir, de nous déplacer facilement, entre autres, c'est aussi – pas seulement, mais aussi – pour cette raison. En outre, il ne faut pas oublier non plus que, durant la Première et la Seconde Guerre Mondiale, ces peuples autochtones ont participé à l'effort collectif contre les Empires centraux ou les forces de l'Axe.

Après ces deux conflits majeurs, il était vital de relever le plus rapidement possible l'Europe de ses ruines. Face à une URSS toute puissante du fait de sa victoire sur le Nazisme, les USA ont eu besoin d'une Europe en pleine possession de ses moyens. La reconstruction a été financée par le « Plan Marshall ». Elle a pu également s'accomplir parce que les pays sous tutelle européenne depuis longtemps y ont envoyé nombre de leurs ressortissants afin d'y contribuer. Et c'est ainsi qu'elle a connu un développement économique, une croissance, sans précédent. C'est ainsi que l'accès à l’Éducation, à la Santé, aux Loisirs, à la Technologie, à la Propriété, aux biens de consommations, etc., lui a été facilité.