X3Le malheur est qu’aussitôt arrivés, on a logé cette première vague de « Migrants » au sein de cités situées en marge de nos grandes métropoles. On les y a parqués. On les a utilisés comme main d’œuvre bon marché et corvéable à merci. On les a employés pour les travaux les plus pénibles, les plus dégradants, les moins bien payés. Après les avoir ghettoïsés, on a facilité leur regroupement familial afin qu'ils ne soient pas tentés de rentrer chez eux ; et ils ont engendré une descendance. Après l'indépendance de leurs pays d'origine, la grande majorité d'entre eux sont restés. Non seulement parce qu'ils étaient encore utiles, mais aussi parce que, même si leur salaire était moindre que les « bons blancs bien de chez nous », ceux-ci étaient largement plus élevés que là-bas.

Par contre, après la fin des Trente Glorieuses et le début des Années de Crise, on s'en est détourné. Alors que nos Colonies accédaient à l'indépendance les unes après les autres, les « bons blancs bien de chez nous » ont commencé à les considérer comme des intrus. Des intrus qui « volaient » désormais le travail des métropolitains : « Après tout, selon ces « bons blancs bien de chez nous », si le travail manque, c'est de leur faute. Car c'est forcément toujours de la faute de « l'autre », de celui qui n'est pas comme nous. ». Ces « français de seconde zone » étaient devenus des importuns. D'autant plus qu'acculés à la pauvreté endémique, leurs enfants, leurs petits-enfants, se sont sentis de plus en plus exclus d'une communauté. Assujettis à un esclavage moderne qui ne disait pas son nom, livrés aux « marchands de sommeil », ils se sont raccrochés à leur bien le plus précieux : leurs traditions, leur religion, leur identité originelle. Pour subsister, et puisque sans ressources, ils ont sombré dans la délinquance, dans les trafics en tout genre – de drogue et d'armes, en particulier -, et qu'ils se sont radicalisés en matière de religion ; j'y reviendrai plus tard.

Portant sur leurs épaules tout le poids de l'omnipotence occidentale accumulée depuis plusieurs siècles, il ne pouvait en être autrement. Aujourd'hui, nous, occidentaux, en subissons les conséquences.

Ce qui est d'autant plus regrettable, n'en déplaise aux racistes les plus convaincus – qui sont éventuellement aussi les plus farouches partisans du Front National -, que nous sommes tous d'une façon ou d'une autre des « Enfants d'Immigrés ». Que ce sang soit slave à la suite des invasions « normandes » des Xème et XIème siècles, qu'il soit issu des migrations s'étant propagées après la fin de la Première Guerre Mondiale – Italiens, Polonais, Portugais, Espagnols -, qu'il soit « Arabe » et issu des invasions musulmanes du Sud de l'Europe jusqu'au premier tiers du VIIIème siècle après J.C., nul n'y a échappé.

C'est ce qui fait la richesse et la spécificité culturelle de notre nation. Ceux et celles qui affirmeront le contraire sont, soit des ignorants de leur propre Histoire, soit des aveugles qui préfèrent nier l'évidence que d'accepter la réalité.

Le plus terrible pourtant, c'est que, même après l'indépendance des anciennes Colonies, l'Europe a continué de leur imposer son diktat. C'est que ces français extra-européens sont toujours vus comme des étrangers. C'est que, malgré le fait que, sur leur carte d'identité, la mention « Français » soit écrite en toutes lettres, il leur sera éminemment plus difficile d'accéder à un emploi qualifié que n'importe qui d'autre. Et, qu'à partir de là, l'accès à un logement décent, à la société de consommation, au crédit, aux hautes études, etc., soit une gageure. Beaucoup s'y sont cassé les dents et sont irrémédiablement condamnés à rester cloîtrés aux marges de nos métropoles.

Cynisme suprême, c'est que leurs pays d'origine continuent d’être exploités sans vergogne par nos multinationales.

C'est que, sous couvert d'accords diplomatiques, elles spolient les richesses – pétrole, or, argent, minerais, gaz, etc. - de ces contrées pour leur seul profit. Sans en faire bénéficier les locaux ; voire, en polluant leurs sols, leurs cours d'eau, ou en détruisant leur faune et leur flore. C'est qu'elles s'appuient sur nos Gouvernants afin de protéger des despotes détournant les dividendes censés revenir à ces natifs. C'est que, lorsqu'une guerre civile ou une révolution s'y déclenche – c'est périodiquement le cas -, nos politiques ou nos grandes entreprises n'hésitent pas à vendre armes et équipements militaires aux partis qui s'affrontent. C'est qu'une fois la paix rétablie, nos industriels se précipitent sur place pour remporter les plus gros contrats possible afin de reconstruire le pays.

L'Occident est un prédateur dont ses multinationales le nourrissent. Les occidentaux sont soumis à ces dernières, mais sont avides des produits manufacturés qu'elles leur proposent. Ils sont à la fois victimes et bourreaux. Ils sont en demande de ce qu'elles leur vendent, et ils protestent contre leur prépondérance. Ils refusent leur impérialisme, leur violence, leur emprise, mais ils sont dépendants du néocapitalisme, de l’hyper-consommation, qu'elles occasionnent. Ils sont écœurés par les massacres, par les conflits, par les totalitarismes dont les habitants des pays qu'ils visitent où dans lesquels ils partent en vacances sont victimes, mais ils refusent de partager leurs acquis, de leur venir en aide, lorsqu'ils en ont besoin.