X1Languedoc, Sud de la France, XIème siècle :

 

Dès 1020, les Bogomiles comment à s’infiltrer dans tout le Sud de l’Europe Orientale. Ils prennent d’abord pied en Italie ; certains Vénitiens, en effet, font du commerce avec la Dalmatie et Byzance ; des échanges intellectuels sont entrepris. L’hérésie Y à un grand succès, où ses adeptes sont nommés « paritains », par assimilation aux révoltés du siècle précédent.

 

Ensuite, leurs Principes se répandent en Occitanie, puis remontent jusque sur le Rhin. Le Languedoc est, de ce fait, très vite abordé par leurs missionnaires ; ils y répandent leurs Doctrines dans les nombreuses grottes des montagnes de la région. Ils se concentrent ensuite dans la région d’Albi. Dès lors, ils sont appelés « Albigeois ».

 

A cette époque, les doctrines des Albigeois sont fondées sur un dualisme manichéen, fortement teinté par les théories platoniciennes ou par le gnosticisme. Par exemple, les écrits qu’ils amènent avec eux font souvent référence au « Soleil du Graal, qui est le vecteur des Traditions dont nous sommes les porteurs. ». D’autres parlent de Légendes multimillénaires, comme celle des Magiciennes de Thessalie qui commandaient autrefois au Soleil du Graal : « Elles savaient contrarier la course des Etoiles, priver la Lune de sa lumière – ou la lui rendre – à volonté. Elles assombrissaient le Ciel ; transformaient le feu en glace ; ou encore, se métamorphosaient en jeunes filles, puis en vieillards en haillons, changeaient les pierres en animaux, amortissaient leurs sens ou leur bonne nature, lorsqu’elles l’ordonnaient. ».

 

Ils puisent également leur inspiration dans une lecture originale de la Bible : Dieu, source du Bien et de la Lumière, ne cesse de lutter contre Satan, principe du Mal et des Ténèbres, enraciné dans la Matière. L’Homme, qui était bon à l’origine, a été corrompu par Satan ; en lui se livre un combat entre le Bien, l’Esprit, et le Mal, qui vient de ce qui est temporel et instable. Pour atteindre le septième Ciel réservé aux purs Esprits, l’Homme doit s’affranchir de la Matière, se détacher du Monde périssable en soumettant son corps à une ascèse rigoureuse. Pour se libérer de la prison qu’est la chair, les Cathares - « purs », en grec – refusent le mariage et la procréation.

 

Ces derniers se réunissent chaque Dimanche pour prier et consommer ensemble le pain consacré. Après une instruction qui dure trois ans, le fidèle peut recevoir le sacrement du « consolamentum », premier sacrement cathare, qui fait de lui un « parfait », voué à la chasteté, refusant de tuer, même pour se défendre, et suivant en tous points les préceptes du « Sermon sur la montagne ». Les « parfaits ne mangent jamais de viande, de fromage ou de lait et respectent des jeûnes rigoureux. Cette vie n’est donc pas à la portée de tous, et la masse des fidèles, les « bons hommes », ne reçoit le consolamentum qu’au moment de mourir.

 

C’est dans le massif de Sabarthèz, en Ariège, que leur implantation est la plus forte au cours de cette période. Les Albigeois s’y rassemblent régulièrement. Ils se donnent rendez-vous dans des cavernes, autour de pierres rectangulaires posées sur de gros galets. Au cours de leurs réunions, ils figurent parfois d’énormes pentagones qu’ils taillent dans le roc alentours ; ces deniers, paraît t’il, contiennent le Nombre d’Or et plusieurs autres Mystères liés à leur Foi. D’autres fois, leurs Prêtres s’étendent sur le sol pour prier. Au Solstice d’Eté, ou au Solstice d’Hiver – lorsque le Soleil s’arrête juste au-dessus des tables dolmeniques pour les éclairer – ils se couchent tous ; tandis qu’au Midi exact, l’ensemble des pentagones sont entourés d’un halo lumineux et éblouissant. Lequel finit par disparaître au bout de quelques instants dans une gerbe d’étincelles multicolores. A ce moment précis, la ferveur des Bogomiles est à son maximum. Ils nomment d’ailleurs cet instant Magique : « Chemin des Etoiles ».

 

D’Ussat au Razès, leur popularité ne cesse désormais de croître. Raymond IV de Saint-Gilles, le comte de Toulouse, les accueille donc avec bienveillance. Il leur permet de s’installer sur ses terres. Il est pourtant intrigué par la démarche évangélisatrice de ses hôtes. Il rencontre quelques uns de leurs plus hauts dignitaires à plusieurs reprises ; et leur demande de lui expliquer la nouvelle Foi qu’ils professent auprès de ses Peuples ; son origine autant que ses motivations. Raymond IV de Saint-Gilles découvre alors avec stupéfaction que celle-ci véhicule d’anciennes Croyances se référant à de vieux textes ayant jadis transité par Toulouse. Il exige de voir les documents auxquels les Bogomiles se rapportent. Il les lit avec attention, et ses soupçons se trouvent vite confirmés.

 

En effet, quelques uns de leurs textes parlent de Secrets perdus ou disparus au fil des Ages. Et d’après l’un d’eux, ceux-ci auraient peut-être autrefois été cachés un moment dans la capitale de sa Province. Raymond IV de Saint-Gilles prend peur. Il comprend rapidement que les nouveaux venus détiennent certainement de grands Pouvoirs si ils connaissent de tels Secrets ; qu’ils sont éventuellement capables de lui nuire si il n’y prend pas garde. Il ne peut pas les chasser de ses terres ; d’autant moins qu’ils ont déjà acquis nombre de villages à leur cause et à leurs croyances.

 

Raymond IV de Saint-Gilles décide donc de s’allier à eux. Il leur offre toute l’assistance qui leur est nécessaire pour s’installer dans les meilleures conditions possibles. Il leur donne des domaines paroissiaux, des terrains vierges pour qu’ils puissent bâtir des églises en toute tranquillité. Il facilité leurs démarches Spirituelles en disant à ses peuples d’écouter leur Sagesse ancestrale.

 

Mais, en même temps, d’étranges rumeurs commencent à circuler. On dit que malgré l’édification des églises, parfois, ils continuent à se réunir dans des grottes alentours. On dit aussi que des Bogomiles se font emmurer vivant au cours de certaines cérémonies mystérieuses ; ou bien qu’ils s’y couchent en cercle en attendant de mourir.

 

A partir de 1050, les liens entre les diverses Eglises Bogomiles – désormais nommées Cathares – se raffermissent. Elles ne se rompront plus jamais. Tout le long des années qui suivent, leurs foyers cristallisent les nombreuses poussées Spirituelles des populations locales.

 

Par ailleurs, dès cette date, les premiers textes littéraires en français vulgaire sont composés. Leurs auteurs sont des troubadours, « ceux qui trouvent » ; ils ont pour noms Guillaume, comte de Poitiers, Bernard de Ventadour, Raimbaud, comte d’Orange, Jaufré Rudeil. Ils chantent l’aventure et les miracles, les dames et la guerre.

 

Les troubadours du Midi inspirent les trouvères du Nord, le pays de langue d’oïl ; Gauthier d’Epinay, Conon de Béthune, le comte Thibaut de Champagne, les « Minnesänger » allemands. Les poèmes des troubadours sont chantés dans les fêtes et les châteaux par des jongleurs, qui s’accompagnent d’instruments de musique.

 

Outre les chansons de geste, qui célèbrent les exploits des preux et les amours impossibles, les troubadours composent des chansons de croisade, des pastourelles, des chansons de toile, et inventent « l’amour courtois » du chevalier entièrement dévoué à sa dame.

 

En 1094, Bernard de Clairvaux – ou, Saint-Bernard –appartient depuis longtemps à la Confrérie du Prieuré de Sion. Et c’est cette année là que ceux-ci l’envoient en Bretagne afin de s’Initier pendant plusieurs mois à un certain nombre d’anciennes Cérémonies Druidiques. De fait, un peu plus tard, Saint-Malachie écrit à ce sujet : « C’est dans la Forêt, et non dans les Livres, que tu trouveras la Vie Supérieure. ».

 

Puis, Bernard de Clairvaux revient en Languedoc pendant trois mois. Il y parfait ses Connaissances. Il y visite les pics Pyrénéens au sommet desquels quelques Communautés Cathares se sont établies. D’ailleurs, il se rend à Montségur et dans ses environs. Il parcourt les rives du « Lac des Druides », dont le nom, par déformation, est en train de devenir « Lac des Truites ». Il y découvre la Tradition selon laquelle les Tectosages – une tribu Celte qui a jadis pillée le Trésor de Delphes – aurait jeté son or à cet endroit. Il y apprend également que les Rois Mérovingiens auraient été des Adeptes des Sciences Occultes et de toutes les formes d’Esotérisme qui existent. Il y lui est révélé que ce sont les derniers d’entre eux qui auraient accueilli les premiers Bogomiles dans la région. Il lui y est dit que les Parfaits auraient transmis les Doctrines et les Mythes Druidiques en leur possession, à ces Souverains. Et, il commence à se demander si les Mérovingiens n’auraient pas été en contact avec les Celtes Arcadiens – les Ancêtres des Bogomiles -, qui ont gagné le Danube, traversé le Rhin, et qui se sont établi en Germanie Occidentale, au début de l’Ere Chrétienne ?

 

C’est ainsi que Saint-Bernard est ensuite amené à habiter la forteresse de Foix pendant une semaine. A l’intérieur de cet autre bastion du Catharisme, il est alors informé qu’avant que la citadelle ne soit bâtie, la tribu Celte des Sotiates y avait érigé un oppidum. Et, il se met dès lors peu à peu à comprendre quel lien unit la place forte de Montségur à celle de Foix.

 

Mais, c’est aussi à ce moment là que la puissante famille Languedocienne de Godefroy de Bouillon décide de faire courir le bruit selon lequel ses origines remontent à Lohengrin. Car, Saint-Bernard, autant qu’elle, savent bien que, dans la Tradition Celte, celui-ci est considéré comme le fils du héros du Graal, Parzival. Tout en faisant peu cas du fait que le troubadour Raoul de Gael déclame de son coté, à son de trompe, que c’est la Forêt de Brocéliande qui a été le théâtre des exploits des Chevaliers de la Table Ronde partis à la recherche du Graal.