X3Souffler sur les braises de nos instincts les plus primaires que sont la peur et la méfiance sont des mécanismes de contrôle des populations aussi vieux que la Civilisation humaine. L'Autre, l’Étranger, a toujours été vu comme la source de tous les maux du pouvoir en place.

Jadis, ce sont été les Juifs. Durant deux-milles ans, ils ont été les boucs-émissaires de l'Europe. Combien de fois ont-ils été chassés de nos contrées parce qu'ils les gangrenaient ? Du Moyen-Age à nos jours, on les a accusé de vouloir dominer le monde. Le fameux complot Judéo-Maçonnique, puis plus tard, Judéo-Bolchevique ! Mais derrière cela, les États qui les ont interdits de séjour, ne se sont pas gênés pour les taxer, pour les rançonner, pour leur permettre de continuer à y résider.

Ce qui prouve bien que cette défiance à leur encontre – comme à l'encontre de ces Migrants aujourd'hui – cache en fait des buts moins avouables et plus cyniques : quel profit notre société néocapitaliste peut-elle tirer à faire perdurer cette situation ? Pourquoi, en réalité, ne voulons nous pas de ces réfugiés chez nous.

Ce n'est pas parce qu'ils nous volent nos emplois. Il y a des dizaines de secteurs d'activités que nous, européens, ne désirons pas combler parce que dégradants ou mal payés ; et où ils nous seraient bien utiles. Ils combleraient ainsi les manques d'une économie partiellement grippée et où entrepreneurs du bâtiment, de la restauration, des services à la personnes, etc. cherchent désespérément de la main d’œuvre. D'autant que parmi eux, il y a beaucoup d'ingénieurs, de gens qui ont fait de hautes études, et qui sont éminemment qualifiés, qui seraient susceptibles de nous apporter des savoirs qui nous font parfois défaut.

Ce n'est pas parce que ce sont des djihadistes en puissance. Même en admettant la thèse que, parmi eux se dissimulent 4000 extrémistes religieux dont le but est de poser des bombes à Paris, Madrid, Londres, etc., ce n'est pas leurs actions qui renverseraient la Civilisation Occidentale. Ou alors, c'est que nos États seraient sur le point de s'effondrer ; que nos armées, nos polices, nos services de renseignements, seraient totalement défaillants.

Je veux bien que la Crise ait affaiblie un système à bout de souffle et qui est actuellement dans une impasse. Mais si, même nos forces armées étaient incapables de maintenir l'ordre et l'autorité de l’État, il y a bien longtemps que nous vivrions en plein chaos. En prolongeant cette idée absurde, la moindre grève, le moindre mouvement social aurait anéanti le système social qui est le notre il y a des dizaines d'années. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas les infrastructures nécessaires afin de les accueillir. Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, l'Europe a vécu plusieurs vagues d'immigration – rapatriés des anciennes colonies, Boat-people, etc. Et pour autant, ce n'est pas à cause d'eux que le chômage s'est aggravé ou atténué.

Non, c'est plus insidieux et plus cynique que cela. C'est parce que, nous, européens, n'avons pas intérêt à ce que ces populations soient secourues. En n'éliminant pas Bachar-el-Assad ou Daesh, nous engrangeons des contrats de milliards de dollars dans des domaines aussi divers que l'armement, la vidéoprotection, l'énergie, l'alimentation…

En altérant momentanément ces groupuscules extrémistes dans les pays ou ils sont concentrés, mais sans les détruire totalement, la peur reste toujours plus ou moins présente chez nos concitoyens. Nous les divisons, nous attisons leurs rancœurs et leurs haines vis-à-vis de celui qui n'est pas comme nous. Nous maintenons notre suprématie idéologique, économique, politique. Nous avons nos boucs-émissaires qui nous empêchent de discerner les défaillances d'une Civilisation qui a perdu tous ses repères. Nous les accablons afin de les utiliser comme preuves d'un danger Islamiste.

Un jour, quelqu'un a inventé cette maxime : diviser pour mieux régner. Eh bien, voila ce à quoi servent ces Migrants en fin de compte. L'Europe se déchire sur le sort que l'on doit leur réserver. Daesh et l’État Islamique poursuivent leurs combats contre l'Occident Impérialiste. Nos multinationales s'approvisionnent en pétrole – parfois auprès de ceux-mêmes que nos Gouvernements combattent -, afin que nos automobiles puissent rouler en continuant de polluer l'atmosphère. Celles-ci n'hésitent pas, aussi, à vendre armes et équipements à des pays dont les frontières sont plus ou moins communes avec l'Irak, la Syrie, l'Afghanistan, le Mali.

Et nous, comme des moutons que l'on a parfaitement endoctrinés pour s'en prendre à ceux et celles qui sont victimes de ces désastres, nous fermons les yeux sur les véritables responsables de cette tragédie. Pire même, en les affligeant, en les humiliant, en les désespérant, non seulement nous ne voyons pas qu'ils sont la preuve qu'ils ne désirent pas adhérer aux dictatures qu'ils fuient. Mais, en plus, nous exacerbons les rancœurs, les persécutions, de ceux dont nous voulons éradiquer la monstrueuse idéologie.

Donc, je me répète : à qui profite ce crime contre l'Humanité ?