X1Nord de la France, XIème siècle :

 

En 1002, une société secrète composée de personnes des deux sexes se donne régulièrement rendez-vous à la tombée de la nuit dans une maison des faubourgs d’Orléans. Ses membres se mettent alors bientôt à réciter des invocations sans fin. Puis, soudain, des rugissements étranges s’échappent des murs de l’habitation. Des manifestations occultes apparaissent aux assistants, tantôt sous la forme d’un homme étonnamment long et maigre, tantôt sous celle d’un chien, d’un loup, ou d’un gigantesque serpent. Mais, à chaque fois, ces spectres disparaissent au bout de quelques secondes ; tandis que la cérémonie se poursuit jusqu'à l’aube en se transformant en orgie hallucinée.

De fait, pendant que ces rassemblements démoniaques se répètent à une allure frénétique, les populations d’Orléans et de ses environs sont de plus en plus terrorisées.

 

Dès 1020, une fièvre étrange s’empare de cette partie de l’Occident. « C’est comme si le monde lui même s’était secoué et, dépouillant sa vétusté, avait revêtu de toutes parts une blanche robe d’églises. ».

 

Dans le deuxième tiers du siècle, mille ans après la Passion du Christ, le renouveau s’accentue, et toujours « le ciel commença de rire, de s’éclairer, et s’anima de vents favorables. Par sa sérénité et sa paix, il montrait la magnanimité du Créateur. ». Ce renouveau, qui s’accompagne de nombreuses réformes, est manifeste à Cluny, mais aussi dans d’autres abbayes.

 

A cette époque donc, de grandes abbayes réussissent à échapper à l’emprise corruptrice des laïques : en Flandre, en Lorraine, de nombreux monastères se modifient. L’évêque de Marseille réforme celui de Saint-Victor. A la même époque, l’Italien Guillaume de Volpiano, abbé de Saint-Bégnine de Dijon, propage la réforme dans le Nord de l’Italie et, à l’appel des ducs de Normandie, dans l’Ouest du royaume de France. A la tète de ce mouvement, qui ne cesse de progresser, se place Cluny, qui rayonne de plus en plus depuis le milieu du Xème siècle sur l’Auvergne et sur la Bourgogne, adaptant la règle de Saint Benoît aux attitudes du monde féodal. Sous l’abbé Odilon, cette influence se diffuse le long des routes de Compostelle, et toutes les abbayes « filles » de Cluny se dégagent de l’autorité des évêques.

 

Car, le prestige de Saint Hugues, abbé de Cluny, s’étend sur toute la Chrétienté : conseiller des rois, ami du pape Urbain II, qui est lui-même un ancien clunisien, il étend son autorité sur 1450 « maisons », réparties de l’Espagne à l’Angleterre, de l’Allemagne à la Pologne et à la Scandinavie, et au cœur même du domaine capétien ; en 1079, le roi Philippe Ier confie aux clunisiens le couvent parisien de Saint Martin des Champs. A coté des grandes abbayes, telles que Conques, fleurissent de nombreux prieurés. C’est d’un rêve de Saint Hugues que naît la troisième abbatiale de Cluny, édifiée à partir de 1088, une église plus grande que Saint Pierre de Rome. Deux rois, Alphonse de Castille et Henri d’Angleterre lui offrent le premier de l’or, le second de l’argent.

 

Les relations incessantes entre les abbayes assurent la cohésion du monde Chrétien, autour des reliques des Saints. Pour les besoins du service de Dieu, et pour contenir les foules de plus en plus nombreuses, de nouveaux sanctuaires s’élèvent en Occident.

 

En 1089, Godefroy de Bouillon est amené à rencontrer les membres d’une Confrérie Chrétienne appelée « les Frères de l’Ormus ». Or, quand celui-ci les interroge au sujet de leurs dogmes et de leurs Rites, ils disent qu’ils se rattachent aux Traditions Initiatiques de l’Egypte Ancienne, mais aussi aux Enseignements de certains groupes hébraïques héritiers des Esséniens. Ils révèlent également à Godefroy de Bouillon qu’Ormus était un prêtre Essénien d’Alexandrie, et que ce dernier a été converti au Christianisme par Saint-Marc en 46. Ce n’est qu’ensuite, en compagnie de six autres nouveaux abjurés, qu’il a fondé « la Société des Sages de la Lumière ». Les Frères de l’Ormus actuels sont donc tous leurs descendants directs ; même si ils se prétendent aujourd’hui affiliés à l’Eglise de Jean.

 

En 1089 également, un moine itinérant écrit : « Il y a un siècle, on recherchait de nouveaux moyens d’entrer en contact avec Dieu. Des Sectes, des Cultes, d’une étonnante diversité, apparaissaient souvent du jour au lendemain. L’Esotérisme, la Magie, l’Astrologie, la Divination et les autres Sciences Occultes étaient en plein essor. Les Mages, les Prophètes et les Prêcheurs religieux étaient censés accomplir des miracles. L’Humanité vivait dans l’ombre d’un Cataclysme Cosmique imminent. De plus en plus, elle réclamait un authentique Guide Spirituel, mandé par Dieu pour lui montrer la Voie du Salut. ».

 

Plus loin : « Malheureusement, ces Sectes existent et se propagent encore de nos jours. Voici de quelle manière leurs membres exercent leurs Rites monstrueux :

 

Premièrement, ils nient Dieu et toute religion. Leur deuxième crime est ensuite de maudire, de blasphémer et de dépiter. Le troisième est plus abominable encore ; ils font hommage au Diable, l’adorent, lui sacrifient des êtres vivants. Le quatrième est de confesser d’avoir voué leurs enfants à Satan ; acte pour lequel Dieu proteste en Sa Loi qu’il embrasera Sa vengeance contre ceux qui dédient leur progéniture à Moloch.

 

Mais, le cinquième passe encore outre : ils invitent à leurs réunions des Sorcières ordinairement convaincues de sacrifier au Diable leurs nourrissons avant qu’ils ne soient baptisés. Elles les élèvent dans les airs, elles leur mettent une grosse épingle dans la tète, puis elles les brûlent. Leur sixième crime est que ces mêmes Sorcières ne se contentent pas d’offrir à Satan leur propre progéniture, mais elle lui consacrent le ventre de futures mères afin de faire rapidement mourir l’une et l’autre.

 

Le septième, quant à lui, est bien plus ordinaire : les Sectaires promettent au Démon d’attirer à son service tous ceux qu’ils pourront. Le huitième est d’appeler et de jurer par son nom en signe d’honneur. Le neuvième est d’être incestueux, car Lucifer les a persuadé qu’il n’y a pas de parfait Mage si ce n’est celui qui a été engendré par un père sur sa fille ; ou par une mère avec son fils. Le dixième est qu’ils font métier de tuer des personnes, et pire encore, des garçonnets et des jouvencelles. Ils les font ensuite bouillir jusqu'à ce que la chair soit potable, et la consomment. En onzième, ils boivent avidement le sang des morts ; et quand ils ne peuvent pas en avoir de frais, ils vont déterrer des cadavres des sépulcres, ou se rendent au gibet pour prendre celui des pendus. Le douzième est de faire mourir par poison de pauvres gens, ou pire encore, par sortilège. Le treizième crime est de tuer le bétail, chose qui est ordinaire. Le quatorzième est de faire pourrir les fruits, causer la famine, et de rendre la terre stérile en tout pays. Et le quinzième, enfin, est de copuler avec des Succubes, et bien souvent, auprès de leurs épouses légitimes.

 

Ainsi sont les quinze crimes détestables que tous les Sectaires, Mages de surcroît, confessent commettre lors de leurs Sabbats ; et qui exigent une mort exquise. ».

 

En 1092, un conflit oppose le roi Philippe Ier à l’Eglise : celui-ci, qui est déjà marié, épouse une de ses cousines, Bertrade de Montfort, elle même femme du comte d’Anjou. Le roi cumule donc l’inceste, l’adultère et la bigamie.

 

En 1095, Godefroy de Bouillon part enfin en Croisade. Il traverse toute la France, s’embarque sur un navire en partance pour l’Orient. Mais, quelques jours plus tard, celui-ci est contraint de faire escale sur l’île de Chypre.

 

Au cours des quelques semaines de repos forcé qui suivent, Godefroy de Bouillon entre en contact avec les représentants de nombreuses fraternités plus ou moins secrètes ; dont la sienne : les Frères de l’Ormus. Ainsi, il participe à des Cérémonies Initiatiques tenant à la fois du Christianisme Oriental et de la Tradition Gnostique. Avec l’autorisation de ses Supérieurs Initiés, il s’affilie à l’une d’entre elles appelée « les Frères de la Croix Rouge ». Il apprend que certains de ses membres sont eux mêmes liés à une autre Société Secrète qui porte le titre de « Sages de la Lumière ». Il découvre que cette dernière possède des dogmes aux tendances Gnostiques plus prononcées que la sienne, ou que celle à laquelle il vient d’adhérer. Et il entend dire qu’elle a été fondée par Ormus ; cet Alexandrin que Saint-Marc a converti au Christianisme au Ier siècle de notre Ere.