X1J'avoue qu'aujourd'hui, je n'ai pas vraiment le cœur à écrire. Le Destin, le Hasard, Dieu ? Peut se montrer monstrueux, cruel, parfois. C'est le cas aujourd'hui.

Je ne m'étendrai pas sur les raisons qui meurtrissent mon cœur et mon âme depuis quelques heures. J'aurai certainement l'occasion, à plusieurs reprises, d'y revenir ultérieurement. Je peux uniquement dire qu'à compter de ce jour, s'ouvre devant moi un combat que je ne suis pas sûr de remporter, loin de là. Néanmoins, il est nécessaire, vital même, que je le livre avec force, en y mettant toute mon énergie, ma volonté, ma détermination. C'est mon équilibre personnel, ce que j'ai construit au sein de mon quotidien depuis des années, qui est en jeu. Je n'ai donc pas le choix.

Evidemment, je m'en serai bien passé. Mais on ne choisit pas toujours. Les épreuves vous tombent dessus et bouleversent votre vie du jour au lendemain sans que vous ne vous y attendiez. Et généralement, elle surgissent d'un événement qui, à première vue, ne prête pas à conséquence. Or, celui-ci, tout à coup, est susceptible de bouleverser ce que vous avez mis tant de temps à ériger en profondeur. Tant pis si vous y avez mis tout votre sang et toute votre sueur. Tant pis si vous vous y consacrez corps et âme ; si vous y laissez votre santé et tout ce que vous êtes. Tout ceci est capable d'être balayé d'un revers de la main en un instant.

Je ne pleure pas. Sur ce sujet spécifique, il y a longtemps que j'ai appris à endurer les coups. Il y a longtemps que j'ai appris à me relever à chaque fois que le chemin que je suis me fait trébucher. Malgré la fatigue, malgré les douleurs, malgré les blessures, malgré tout ce que je peux endurer, je poursuis ma route. J'use des moyens qui sont à ma disposition. J'use des capacités et des possibilités qui sont les miennes. Parfois, je suis conscient qu'elle ne pèsent pas lourd face à l'inéluctable. Mais je fais avec. De toute façon, que puis-je faire d'autre. Je dois affronter ce qui se profile devant moi vaille que vaille. Ce n'est pas la première fois ; ce ne sera pas la dernière fois non plus.

De temps en temps, j'aimerai pouvoir me retirer au fins fonds d'un lieu retiré du monde et de ses affres ; une grotte, un chalet perdu au milieu de la foret ou de la plaine. Pouvoir y être au calme, tranquille, serein, en accord avec moi-même ou avec les autres. Hélas, ce rêve derrière lequel je cours depuis toujours – depuis ma plus petite enfance, en fait, n'est pas pour moi. Il y a des gens dont l'existence est, sans cesse, constellée de chausse-trappes, de déchirements, d'adversités. J'appartiens à cette catégorie.

Mon handicap, la maladie de Sturge-Weber dont mon hémiplégie partielle du coté droit est le résultat, sont les premiers avec lesquels j'ai dû batailler. Par la suite, d'autres se sont manifestés à moi sous une forme ou sous une autre. Ils ne m'ont jamais laissé aucun repos, aucun répit. J'ai toujours été obligé d'être sur le qui-vive, à l’affût des signes précurseurs des obstacles à venir.

C'est épuisant, autant physiquement, que nerveusement, ou moralement. C'est aussi pour cette raison que l'écriture et la lecture sont mes seuls refuges. Là où toutes ces menaces, ces peurs, ces blessures, ne peuvent m'atteindre. L'ultime sanctuaire où je suis à l'abri. Un peu comme cette maison de campagne dans le Doubs où je passais mes vacances en compagnie de mes grands-parents lorsque j'étais enfant. Rien ne pouvait me faire de mal là-bas. Je n'étais ni jugé, ni condamné, pour mes différences – autant physiques qu'intellectuelles.