X1Les barons européens et leurs contingents sont les premiers croisés installés dans les villes conquises, Edesse, Antioche, Jérusalem, Tripoli, qui constituent le noyau des Etats latins du Levant. Les chevaliers constituent l’armature militaire de ces enclaves où continuent à vivre musulmans, Arabes, chrétiens et Arméniens. Dans l’ensemble, les Occidentaux s’acclimatent bien à l’Orient, dont ils découvrent la douceur de vivre, les maisons aux murs frais, les grandes cours ombragées où poussent les orangers, les objets précieux, les tissus soyeux, et les femmes, Arméniennes, Syriennes ou Galiléennes, qui partagent leur vie et leur donnent des enfants. Les croisés apprennent la langue de leurs concubines, et celles-ci, parfois, se convertissent au Christianisme.

 

Au moment ou tombe Jérusalem, Bagdad est scandalisée par le comportement des musulmans chassés de Syrie : ceux-ci n’hésitent pas à rompre ostensiblement le jeûne du ramadan. Mais, en réalité, cette provocation est le seul moyen dont ils disposent pour attirer l’attention des autorités sur un scandale autrement plus grave, celui de la présence franque à Jérusalem. Les califes Abbassides ne sont malheureusement plus que des fantoches aux mains de leurs vizirs, turcs à peine arabisés ; et les Turcs eux mêmes se divisent et s’entredéchirent dans des luttes fratricides.

 

Malgré tout, l’Islam est toléré moyennant un tribut versé aux seigneurs chrétiens. Ses coutumes sont respectées. Les paysans musulmans conservent leurs terres, et les cultures irriguées continuent de faire l’admiration des voyageurs. Les courants commerciaux reprennent, les caravanes traversent le désert, les souverains musulmans protègent les pèlerins chrétiens, les princes francs tolèrent le voyage à La Mecque.

 

De leur coté, quelques Mandéens Johannites habitent toujours la Palestine ; alors que la plupart de leurs Frères ont émigré en Occident en passant par la Péninsule Ibérique plusieurs dizaines d’années plus tôt. Mais c’est à ce moment là qu’ils ont de nombreux échanges avec les Templiers en mission dans la région.

 

Quant aux communautés juives d’Arménie – qui se désignent elles mêmes comme ashkénazes – elles ont une vie intellectuelle et spirituelle très active et bénéficient souvent de la protection des princes. En 1097, l’Empereur Henri IV déclare nulles les conversions obtenues par la force sur le passage des croisés. Leurs populations de Syrie et de Palestine, de leur coté, vivent dans le luxe et sont depuis longtemps enracinées en Orient, avec, elles aussi, leurs théologiens et leurs savants.

 

Dès le début de la présence franque, embuscades et défaites prouvent combien les Etats latins sont vulnérables. Dès la prise de Jérusalem, les musulmans harcèlent sans cesse les armées franques. Malgré tout, ce sont les princes de Mossoul qui leur infligent les plus graves défaites : Zangi d’abord, qui s’empare d’Edesse, puis son fils Nur al-Din, qui achève la conquête et se révèle plus redoutable encore que les Francs.

 

A partir de ce moment là, l’idée de croisade perd son unité, écartelée entre le désir de fédérer la Chrétienté, les ambitions des princes, et les besoins concrets des Etats latins, alors que les musulmans s’unissent autour de Saladin, neveu de Chirkuh.

 

Après la chute des villes de la cote et du désert de la Transjordanie, le roi de Jérusalem est, de fait, le suzerain d’un royaume féodal, semblable aux royaumes d’Occident. Les Etats latins d’Orient sont Antioche, Edesse l’Arménienne, et Tripoli au débouché des passes de la montagne libanaise. Cette dernière est conquise, en 1109, par l’héritier de Raymond Saint-Gilles, Guillaume Jourdain, après de nombreuses batailles. Le royaume de Jérusalem, lui, s’étend jusqu’au delà du Jourdain, mais ses chevaliers ont du mal à conquérir les villes de la cote, que les musulmans secourent par la mer, et notamment Tyr, qui résiste jusqu’en 1124.

 

Ces Etats ne sont tenus que par une poignée d’hommes. Godefroy de Bouillon ne dispose plus que de trois cents chevaliers et de quelques milliers de fantassins. La défense du royaume franc est, dès lors, fondée sur un ensemble de forteresses, édifiées pour tenir les voies de communication et marquer les frontières, mais aussi pour avoir les moyens d’exiger redevances et services des populations environnantes. Elles veulent aussi, avec moins d’efficacité, être des centres de colonisation latine.

 

Les premiers châteaux sont construits sur le modèle « Normand », avec un donjon et une enceinte carrée, et avec un plan à la romaine, plus adapté aux besoins du terrain, comportant plusieurs enceintes, des magasins, d’énormes citernes et tout un réseau de souterrains. Les forteresses suivantes sont des châteaux éperons, imprenables sinon par l’arme de la faim. Leurs tours rondes sont bien moins vulnérables aux boulets.

 

Le système féodal des Etats latins, quoique calqué sur celui de l’Occident, est beaucoup plus rigoureux que son modèle. Les fiefs ne sont concédés qu’en échange d’un strict devoir militaire, sans limitation de durée, alors que le service ne dure que quarante jours en Occident. Les terres ne doivent jamais « tomber en quenouille », et, si c’est une femme qui en hérite, elle doit être mariée à un chevalier ou prendre un « avoué » capable de la défendre. Ainsi, le royaume de Jérusalem passe aux trois maris successifs de la reine Isabelle, seconde fille d’Amaury Ier. Faute de terres à donner aux chevaliers, les princes leur accordent des « fiefs de bourse » ou de « soudée », soldés par les revenus d’un impôt ou par pension du Trésor. Les guerriers latins étant trop peu nombreux, les communautés urbaines ont recours à des mercenaires, francs ou indigènes, les « turcoples », pour fournir le contingent de fantassins qu’on leur demande.

 

En 1120, un certain nombre de Soufis prisonniers Initient plusieurs Templiers à la Science Alchimique. Ils leur expliquent que leurs ancêtres ont tiré leurs Connaissances de documents Egyptiens archivés à la Bibliothèque d’Alexandrie. Ils leur disent que ceux-ci en ont récupéré quelques uns, juste avant que l’édifice ne soit incendié à la fin du IVème siècle de notre Ere. Ils leur révèlent qu’ils ont réussi à les sauvegarder, puis, que leurs successeurs se les ont transmis de génération en génération jusqu'à aujourd’hui. Et ils soulignent que ces derniers étudient toujours les Mystères qui y sont cachés ; et notamment, actuellement, la proportion architecturale entre 1 et 2.

 

Ces Soufis déclarent donc à leurs geôliers : « Notre élite sacerdotale possède une Science qui est inscrite sur les parois de ses Temples. Elle manipule une Science Alchimique, une Science Humaine, dont la plupart des Secrets, ne nous est pas accessible. ». Ou : « La Magie Manuelle qu’a jadis utilisée les Constructeurs d’édifices Sacrés, nous a été transmise par les Egyptiens. Ceux-ci l’ont d’abord légué aux Phéniciens, qui l’ont eux mêmes Enseigné aux Grecs. Les Grecs l’ont communiqué aux Romains d’Orient, puis, aux Arabes. ».