6Bref, c'est dans ce contexte assez chaotique – ou sur le point de le devenir – qu'un fait totalement inattendu s'est produit pour modifier le cours de ma destinée.

Puisque celui-ci s'est déroulé à l'aube de mes « Années noires », j'étudiais au collège ; certainement à la fin de ma cinquième ou au début de ma quatrième. J'étais déjà un grand lecteur. Aussi loin que remontent mes souvenirs d'ailleurs, les livres ont toujours appartenu à mon environnement immédiat. Je me remémore que je lisais les romans de la collection « Rouge et Or » que ma mère a lu lorsqu'elle était elle même préadolescente. J'en ai dévoré de la « Bibliothèque Verte » ou de la « Bibliothèque Rose ». Je me revois en train de parcourir avec avidité les ouvrages de la collection « Mythes et Légendes ». Déjà ! Ceux-ci ont été la première incursion de ma part dans ce domaine qui m'a très tôt fasciné. Ensuite, lors d'anniversaires ou de Noëls, voyant que ce sujet m’intéressait particulièrement, des membres de ma famille m'ont régulièrement offert d'autres titres plus fouillés et plus conséquents sur ce thème. Comme quoi, quand j'y songe, mes études ultérieures à la Bibliothèque Nationale sur les racines des Mythes et des Légendes du monde entier, remontent très loin dans mon passé. Car je devais avoir douze ou treize ans. Et mes études approfondies dans ce Temple du Savoir sur leurs liens avec l'émergence et la propagation de la Civilisation et de la Connaissance Humaine ne sont pas anodines.

J'ai encore en mémoire l'un des premiers récits d'aventure que j'ai lu à l'age de huit ou neuf ans. Il s'agissait des « Trois Mousquetaires ». Et encore avant, le me revois en train de feuilleter le magazine « J'aime lire » et les aventures de « Tom-Tom et Nana », le « Journal de Mickey », le « Journal de Tintin », le « Journal de Spirou » ou « Pif Gadget ». Pour ce dernier, ce sont les « aventures de Rahan » qui m'ont passionné ; à tel point qu'il y a quelques années, lorsque ces dernières ont été rééditées dans leur totalité en format de luxe sur 24 tomes, je les ai achetées ; et je les ai redévorées avec grand plaisir.

Mais, comme je lisais déjà beaucoup, les publications de mon age que mes parents avaient à disposition sont peu à peu arrivés à épuisement. D'autres se seraient approvisionnés à la Bibliothèque Municipale – cela viendra plus tard et grâce à un nouveau coup de pouce du Destin ou du hasard.

Or, dans ma famille, nous aimons garder auprès de nous les objets auxquels nous tenons. Nous les accumulons donc, quelle que soit leur origine ou leur fonction ; et les livres – en ce qui me concerne mais pas seulement – plus que tout autre. Car, parfois, j'aime m'attarder devant les rayonnages de bibliothèque où ils sont entreposés. J'aime les caresser du bout de mes doigts, les tenir dans ma main, les feuilleter avec ferveur et tendresse. J'aime me souvenir de l'immense plaisir qu'ils m'ont procuré lorsque je les ai dévoré. J'aime me remémorer les heures formidables que j'ai passé en leur compagnie jusqu'au cœur de la nuit. Et, comme de vieux amis que je redécouvre après des années d'absence, il m'arrive d'en relire un certain nombre avec autant de d'exaltation que la première fois où je m'y suis plongé.

J'avoue qu'hier comme aujourd'hui, je préférerai me séparer d'ustensiles de cuisine, de mobilier, de tableaux, pour pouvoir garder l'ensemble des livres que j'ai lu depuis ma plus tendre enfance. Ils me sont bien plus précieux que des bijoux d'or et d'argent, que des diamants, que des vêtements ou des voitures de luxe. Mais, bon, chacun a ses priorités.

A suivre...