X1France, XIIème siècle :

 

En 1105, de nouvelles spéculations Esotériques et Kabbalistiques se diffusent partout en France. Le document Mystique qui en est à l’origine se nomme le « Sefer ha Bahir ».

 

Car, ceux qui le lisent se rendent vite compte que et ouvrage est constitué d’un assemblage de matériaux provenant d’époques et de sources diverses. Ses premières pages paraissent s’inspirer de textes orientaux, tandis que les dernières, contemporaines, semblent emprunter des éléments de la philosophie néo-platonicienne. Sa rédaction, elle, est attribuée à Abraham bar Hiyya qui, sous la forme d’une exégèse allégorissante, y développe une conception gnostique inédite de l’Univers.

 

Le Sefer ha Bahir transforme en effet les Sephiroth du Sefer Yesira – fin du IIème siècle – en éon du plénome divin. Il les revêt d’une nomenclature symbolique empruntée au vocabulaire des écrits gnostiques de cette période. Il s’appuie également sur le Grand et le Petit Heykhalot. Il rattache plusieurs de ses concepts à « l’Arbre Cosmique » ; le lieu d’origine des Ames selon la Sagesse hypostasiée. Il introduit un élément féminin – la Présence « Shekina » - à l’intérieur du Monde divin. Il souligne que celui-ci est particulièrement riche parce qu’il est environné de la « Mer » et du « Réservoir » produit par les Influences Supérieures. Puis, il pose le principe du gouvernement du Monde Extra Divin qui a jadis été confié au peuple d’Israël ; avant d’opérer la jonction entre les Mondes divin et terrestre grâce aux Clefs et aux Corps Mystiques qui sont issus des Energies Cosmiques.

 

De fait, les spéculations du Sefer ha Bahir atteignent d’abord les communautés Juives de Picardie, où le livre est vite connu grâce à l’un des membres de la famille Kalonymide. Il y contribue donc à faire éclore un courant mystique inédit. Il exerce une influence considérable sur l’évolution du Judaïsme dans la région. Et il aide à l’amélioration des conditions religieuses de ses habitants.

 

Puis, le mouvement initié par le membre de la famille Kalonymide s’étend jusqu’aux frontières italiennes. Un de ses affiliés introduit le manuscrit dans la péninsule. Il y fonde une secte « Hassidim », en devient son chef spirituel. Il exporte ensuite les théories du Sefer ha Bahir à Spire, à Worms et à Mayence. Il confie la direction des confréries sœurs de la sienne à trois personnalités locales : Samuel, Juda le Hassid, et Eléazar de Worms. Ceux-ci rédigent à leur tour plusieurs traités s’inspirant du Sefer ha Bahir. Ils les transmettent à leurs Disciples. Mais c’est Juda le Hassid – d’où « Hassidim » - qui lègue à ses Initiés l’œuvre la plus considérable le concernant. Parmi ses ouvrages, il y a, entre autres, le « Sefer ha Rokeah », le « Hokmat ha Nefesh », des textes Prophétiques, des commentaires sur la liturgie rabbinique et, le plus important, le « Sefer Hassadim ».

 

Ce dernier Livre influence énormément les Mystiques de la secte Hassadim car il décrit avec minutie les concepts identitaires de Juda le Hassid. Il parle de philosophie, de théosophie, de psychologie, de méditation et d’interprétation théologique de l’Histoire. Il décrit comment chacun doit élaborer son existence quotidienne. Il s’intéresse à l’idéal de la vie religieuse. Il considère que la réalisation de la pratique spirituelle est supérieure à toute opération intellectuelle. Il affirme que cette manière d’évoluer, par la sérénité parfaite qu’elle procure, par son renoncement et son impassibilité, a de nombreuses affinités avec l’ataraxie stoïcienne. Il analyse ses origines par rapport à celui du monachisme Chrétien. Et, finalement, il prétend que le contact continu entre le Christianisme et les tendances ascétiques Hébraïques, a favorisé l’adoption de plusieurs de ses disciplines ou de ses pratiques pénitentielles ; comme, par exemple, l’oraison méditative exploitant les particularités de son langage, le décompte de la valeur de ses Lettres, l’interprétation de celles-ci à l’intérieur d’un Mot – « Guematria » - ou la façon de les permuter – « temurah ».

 

Mais, dans le domaine doctrinal, il va beaucoup plus loin : il centre ses textes sur la Gloire, qui est, selon lui, la manifestation d’un Dieu inconnaissable. Il décompose cette Gloire en trois Principes : l’apparition de la Gloire, entité créée et qu’il considère comme le couronnement de l’expérience spirituelle. Il s’agit d’une conception émaniste relevant des influences néo-platoniciennes attribuant à la Gloire une fonction cosmologique ; il se penche également sur la Gloire en tant qu’objet d’anthropomorphisme ; il la conçoit comme un « Saint Chérubin ». Il fonde alors ses particularités sur le Petit et le Grand Heykhalot, sur le « Berayta » de Yossef ben Uziel et sur les écrits de Ma’ase Bereshit. Et il l’ordonne autour de l’idée de l’Ame préexistant sur un Plan Supérieur, et connue alors des Anges et des Démons.

 

En 1115, le Sefer Hassadim est donc lu un peu partout en France. Il se range en effet à coté d’autres ouvrages Kabbalistiques – comme ceux de l’Arabophone Salomon ibn Gabirol, d’Abraham bar Hiyat, de Bahya ibn Paquda ou de Juda Halévi -, parce que très vite traduit en Hébreu. Il est également adjoint à des œuvres philosophiques néo-platoniciennes, ou à des traités de vulgarisation. Pourtant, c’est lui qui influence de façon déterminante l’évolution de la doctrine Esotérique Juive.

 

Tandis qu’au même moment, en Languedoc, une Légende se met à courir, affirmant que le premier Puy de Montségur – érigé des siècles plus tôt – a été bâti par des Géants ; et plus précisément, par les fils de Géryon. Elle rapporte en effet que selon le Mythe Grec, à un moment donné, ceux-ci ont été les rivaux d’Hercule, et que pour se venger de lui, ils ont taillé transporté des rochers afin de construire cette citadelle.

 

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