X3Oui, en vérité, il est facile de maudire tout ça, et bien d'autres choses encore, lorsque notre quotidien est directement bouleversé par les soubresauts d'une civilisation devant faire face à des défis de plus en plus ardus et complexes à relever. Oui, il est si banal de fustiger les conséquences de fléaux que nous avons contribué à engendrer, sans s'attaquer à leurs véritables causes. Et, ensuite, tranquillement, paisiblement, sereinement, fiers du devoir accompli, de revenir à ce qui nous apparaît si vital pour la poursuite de nos petites existences.

Pendant ce temps-là, les ravages soulevés par ces conflits, par ces génocides, par ces meurtres de masse, par ces idéologies empreintes de religion et de totalitarisme, se perpétuent. On envoie des avions survoler les territoires qui les subissent. On bombarde les lieux stratégiques où sont concentrés ces djihadistes semant la mort et la désolation sur leur passage. On aide militairement et financièrement les armées locales qui tentent, depuis des années, de les annihiler.

Pas trop, cependant ; des fois qu'elles les vainquent sans notre appui, et qu'ensuite, elles n'aient plus besoin de nous pour reconstruire leurs pays. Des contrats de milliards de dollars nous échapperaient alors. Les puits de pétrole, les villes en ruines, les routes, les infrastructures diverses et variées, se déroberaient à nous. Donc, autant les maintenir en état de sujétion. Et puis, si nous les épaulions davantage en y expédiant nos propres troupes au sol, il y a de grandes chances qu'une part de celles-ci se feraient tuer.

Or, souvenons-nous quelle est la doctrine de nos gouvernements – et derrière eux, des peuples qui les ont élus - : autant les ressortissants de ces contrés sont susceptibles de se faire tuer par centaines ou par milliers, ce n'est pas très grave. Au pire, ils nous aideront à vendre des armes – et permettront à nos entreprises dans ce domaine – à s'enrichir et à préserver les emplois qui vont avec. Ils alimenteront les sujets de nos informations télévisées du soir ; ils feront l'objet d'un entrefilet dans nos journaux papier ; ils entretiendront le ressentiment et l'hostilité contre ces étrangers investissant « la forteresse Europe » de manière de plus en plus visible depuis quelques mois. Toutefois, de là à s'imaginer que nous puissions envoyer nos hommes s'y faire éventuellement mutiler ou supprimer, il ne faut quand même pas exagérer !!!

Mème si nous avons notre part de responsabilité dans cette situation, ce n'est pas une raison pour y rétablir l'ordre aux cotés des kurdes ou autres armées plus ou moins régulières qui y bataillent. C'est déjà suffisant que des centaines de familles soient endeuillées par les attentats ensanglantant régulièrement l'Occident depuis le 11 Septembre 2001 !!! N'est-ce-pas ?

Et puis, quand on pense plus largement, notre intervention renforcerait le régime aussi dictatorial de Daesh qu'est celui de Bachar El-Assad à Bagdad. Que Faire ? Que faire ? Il est plus sûr, dans ce cas, de ne pas agir, plutôt que de s'attaquer aux problèmes posées par les complications géo-politiques globales qui y sont rattachées.

De fait, pendant ce temps, on s'indigne, on vitupère, on compatit avec les victimes européennes d'un conflit qui, dans l'esprit de beaucoup, n'est que local. On ne comprend pas pourquoi ils s'en prennent à nous : « Que nous leur avons fait? » ; « Que nous reprochent-ils ? » ; « Qu'ont-ils contre notre mode de civilisation « impérialiste », qui ne leur convient pas ? ». On efface de nos mémoires certains faits de jadis qu'il n'est pas bon de réveiller, parce qu'éloignés dans le temps et douloureux à se rappeler. On ne fait que condamner, que s'exaspérer un instant. Puis, on retourne à nos engagements quotidiens parce qu'on ne s'en sent plus concernés. Comme d'habitude…