X1Empire Byzantin, première moitié du XIIIème siècle :

 

Lorsque la quatrième croisade est lancée, celle-ci retrouve les accents des origines sous la direction du nouveau pape, Innocent III, élu en Janvier 1198 ; la prédication enflammée d’un Foulques de Neuilly reste exclusivement religieuse ; le refus des souverains occidentaux dissipe les soupçons d’intrigue politique. En dix-huit mois, plus de 30 000 hommes, conduits par les comtes de Flandre et de Champagne, sont prêts au départ. Pour hâter le mouvement, ces derniers choisissent l’itinéraire maritime. Venise accepte de fournir les navires contre la somme raisonnable de 85 000 marcs d’argent. Mais, en Juin 1202, quand les croisés commencent à se rassembler, un tiers seulement de l’effectif est présent, et il manque 60 % de la somme. La nécessité de payer aux vénitiens le prix du passage amène les croisés à prendre pour le compte de Venise la ville de Zara, le 24 Novembre 1202, aux dépens du roi de Hongrie, malgré les menaces d’Innocent III et le moratoire proposé par le doge Enrico Dandolo. Le détournement de la croisade a commencé ; déjà, elle s’est transformée en guerre de conquête.

 

Les croisés reçoivent alors les propositions d’Alexis IV Ange, fils de l’Empereur Byzantin Isaac II, qui a été détrôné par son frère. Contre le rétablissement de son père sur le trône, Alexis Ange promet 10 000 hommes et 200 000 marcs, et, en prime, l’union des Eglises. Le 23 Juin 1203, les croisés arrivent devant Constantinople, dont la population, à leur grande surprise, refuse ces soi-disant libérateurs. Ils entreprennent alors le siège de la ville qui, depuis neuf siècles, n’a jamais été prise. Les chevaliers francs sont d’abord défaits en attaquant du coté de la terre, mais les Vénitiens, grâce à la puissance de leur flotte, s’emparent d’une partie des remparts qui dominent la mer et mettent le feu à tout un quartier. L’usurpateur s’enfuit en Thrace et l’Empereur Isaac II, tiré de son cachot, est rétabli dans ses droits.

 

Effrayé par les engagements pris par son fils, qui a promis de rétablir l’union religieuse avec Rome et d’aider les Latins dans leur lutte contre les Turcs, Isaac II fait traîner les choses.

 

Parallèlement, les boutiques de Constantinople portent le nom « d’atelier », ou « ergastérion », car la vente et la fabrication sont assurées par la même famille. Sous les portiques sont disposés des bancs, où l’on pratique souvent un autre commerce. Les principaux métiers sont regroupés par quartier, auquel ils donnent leur nom mais aussi leur atmosphère – bruits, couleurs et odeurs : quartiers des boulangers, des fabricants de cierges ou des chaudronniers. Les habitations, quant à elles, se trouvent au-dessus des boutiques. Les immeubles à plusieurs étages, du type de l’insula romaine, sont peu nombreux. La ville, construite en bois, à l’exception des palais, est aérée par des jardins.

 

Pendant ce temps, les croisés s’établissent sur « l’embolos de Pérama », un quartier portuaire, avec des échelles pour l’accostage des navires, des entrepôts pour les marchandises et les maisons à étages qui bordent la rue principale du quartier, ce qui offre à la fois des possibilités de logement et permet d’obtenir les revenus de ces bâtiments, ateliers-boutiques et habitations. Le quartier compte en outre plusieurs églises.

 

Les croisés découvrent aussi avec éblouissement les richesses de la ville. Mais leur présence est de plus en plus mal supportée par la population et devient intolérable quand un groupe de Flamands incendie et saccage tel ou tel quartier qui a pour seul tort d’abriter une mosquée ou une synagogue. Inquiets de ce ressentiment, impatients de toucher leur dû, les croisés reprennent les hostilités et, le 13 Juin 1204, ils s’emparent à nouveau de la ville. Forts de leur droit de vainqueur, ils la soumettent au pillage pendant trois jours entiers, volant et raflant à qui mieux mieux. Le butin tiré de la plus puissante ville d’Europe remplit trois églises entières.

 

Malgré tout, le reste des forces byzantines se regroupe autour de Théodore Laskaris, au Nord-Ouest de l’Asie Mineure. De leur coté, les Vénitiens et les croisés entreprennent le partage territorial de l’Empire, qu’ils avaient déjà prévu la veille de l’assaut. Venise en reçoit « le quart et demi », essentiellement dans les régions maritimes, notamment, la Crète, l’Eubée et les principales îles ioniennes et égéennes. L’Empire latin de Constantinople, qui échoit à Baudouin de Flandre, en reçoit le quart. Enfin, Boniface de Montferrat se taille un royaume personnel autour de Thessalonique, dont dépendent le duché d’Athènes et la principauté de Morée, dans le Péloponnèse.

 

La légitimité byzantine se réfugie donc à Nicée. Libéré de la pression Turque par l’invasion Mongole, l’Empire de Nicée fondé par Théodore Laskaris reconquiert une partie de l’Asie Mineure et trouve auprès des Génois les alliés qui lui permettent de reprendre sa capitale en 1261 et de récupérer les terres européennes. Les Francs conservent toutefois une partie de la principauté d’Achaïe, ou de Morée, conquise Godefroy Ier de Villehardouin, qui y a fondé une dynastie en 1209. En 1249, les Francs édifient la forteresse de Mistra, à proximité de Sparte, mais l’Empereur byzantin Michel VIII la leur prend et en fait la base du despotat de Morée.

 

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