X1Italie, première moitié du XIIIème siècle :

 

Une croisade, originale et dramatique, s’organise en 1212. Elle rassemble des milliers d’enfants de France et d’Allemagne, sous la conduite d’un jeune prophète, Nicolas, pour aller délivrer la Terre Sainte. Malheureusement, arrivés en Italie, ceux-ci sont capturés ou massacrés par les Sarrasins.

 

En 1229, l’Inquisition est organisée et confiée aux Dominicains. Elle fonctionne comme un tribunal d’exception permanent, qui doit son nom à une procédure de recherche de la faute : toute personne soupçonnée est poursuivie, et la vérité doit lui être arrachée ; à partir de 1260, le pape admet le recours à la torture. La délation est encouragée et stimulée par la confiscation des biens des hérétiques au profit du seigneur. L’application de la peine est confiée aux autorités civiles – le bras séculier -, la peine de prison – le mur – étant considérée comme une pénitence nécessaire au salut des âmes.

 

La première victime de l’Inquisition est l’évêque Cathare Vigoureux de Baconia, brûlé en 1233.

 

En 147, les Italiens créent la plupart des techniques financières. On trouve dans toute l’Europe ces « Lombards », venus des grandes villes d’Italie du Nord. Mais ils sont bientôt supplantés par les Toscans, auxquels la papauté fait appel pour gérer les fonds considérables qu’elle recueille de tous les pays européens. Les grandes banques florentines – Bardi, Peruzzi et Médicis – jouent un rôle essentiel. Elles instaurent la lettre de change et la comptabilité en partie double, et procurent aux souverains les crédits dont ils ont besoin pour la guerre et les croisades, ce qui leur donne une très grande influence politique.

 

 

Languedoc, France du Sud, première moitié du XIIIème siècle :

 

En 1200, le Languedoc est agité par d’intenses tensions religieuses. Or, malgré tout, il devient le foyer d’un épanouissement culturel exceptionnel : la communauté Juive y possède plusieurs centres d’études renommés : Narbonne, Béziers, Montpellier, Lunel ou Pasquières. Celle-ci accueille en son sein d’éminents Kabbalistes, tels que Jacob Nazir de Lunel, Abraham ben Isaac, ou Abraham ben David de Pasquières. Les autorités hébraïques rédigent de longs traités théosophiques. Et Isaac l’Aveugle – un Mystique contemplatif qui s’intéresse à la Kabbale – annonce par ses textes, un renouveau doctrinal important.

 

De fait, les ouvrages d’Isaac l’Aveugle – comme son commentaire sur le Sefer Yesira -, spéculent sur le Monde des Sephiroth. Ils s’efforcent de formuler la distinction entre l’aspect manifesté de la Divinité, le Démiurge – le « Yoser Bereshit » en hébreu -, et son caractère Cosmogonique. Ils insistent également sur la « Cause des Causes », inconnaissable pour l’homme, même au summum de la contemplation. Et ils décrivent enfin une technique inédite de méditation : celle qui relie les Mots à la liturgie des Sephiroth ; elle ouvre d’ailleurs bientôt de nouveaux champs d’investigation Kabbalistiques.

 

Mais, Isaac l’Aveugle n’est pas le seul chef Religieux Juif de l’époque à se pencher sur les Mystères du Sefer Yesira. Car, un groupe d’hommes appartenant au « Cercle de Lyyun » élabore, lui aussi, une littérature épigraphique originale le concernant. Il travaille en effet sur le « Sefer ha Lyyun ». Il le décompose ensuite en plusieurs livrets : « la Source de la Sagesse », « la Prière de Nehunya ben Haqana », « le Midrash de Simon ben Sadiq » et « la Consultation de Hai Gaon ». Ces documents ont alors tous pour thème principal la Mystique de la Lumière – Symbole de l’Emanation -, et témoignent d’une influence majeure du néo-platonicisme. Puis, le Cercle de Lyyun le diffuse partout dans le Languedoc avec la caution des autorités rabbiniques de Béziers. Et ce récit devient dès lors le pilier fondamental de la Science Métaphysique de nombre de Cercles d’Initiés.

 

Béziers est ainsi très vite considéré par ces derniers comme un centre d’érudits actifs abritant des penseurs parmi les plus réputés du Monde Occidental : entre autres, Juda ben Yaqar, Ezra ben Salomon, Jacob ben Sheshet, Azriel, ou Moïse ben Nahman – dit « Nahmanide ». Et comme pour Isaac l’Aveugle et le Cercle de Lyyun, leurs écrits sont presque tous édités ; ils sont même parfois traduits en Allemand, en Latin ou en Espagnol.

 

Or, leurs ouvrages reflètent malgré tout des différences d’ordre doctrinal dans la communauté Juive Languedocienne. Eux, en effet, n’hésitent pas à sortir de l’anonymat pour confronter leur Enseignement Esotérique à d’autres manières d’envisager les choses. Ils n’ont pas peur non plus de comparer avec d’autre Initiés leurs différences stylistiques et idéologiques. Ils ne se privent pas de reconstituer leurs personnalités dans chacun de leurs livres. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’ils varient les genres qu’ils abordent ensemble : les exégèses Mystiques de l’Ecriture – le Cantique des Cantiques, la Genèse, etc. -, le Talmud, ou la liturgie quotidienne. Ils concentrent parfois leur attention sur des œuvres polémiques. L’un d’eux, Jacob ben Sheshet, se passionne en effet pour les doctrines aristotéliciennes ; il étudie parallèlement un exposé didactique expliquant quelques Enseignements Kabbalistiques Majeurs. Azriel, lui, se plonge dans un commentaire concernant les dix Sephiroth – le « Meshib Debarim Nekokhim ». Il en expurge nombre de fragments épigraphique, ainsi que des expressions caractéristiques du néo-platonicisme. Et Nahmanide, enfin, se penche sur la notion de « Néant Divin », de « Ténèbres Suprêmes », et sur la « Source de Lumière et de l’Emanation », qui trahissent sa Connaissance indirecte des multiples facettes de la Réalité.

 

A suivre, si ce texte vous intéresse..