X1Afrique Noire, XIVème siècle :

 

Sakoura – 1285 – 1300 – s’empare du pouvoir au Mali par la force, alors qu’il n’est qu’un ancien esclave. Son fils, Mansa Aboucar, qui veut savoir ce qu’il y a au bout des mers, arme 400 vaisseaux. Il les charge de naviguer jusqu'à la fin de l’océan. Un seul revient, les autres ayant été engloutis dans un tourbillon. Voulant voir de lui même ce qu’il en est, Mansa Aboucar arme alors 4000 navires, part vers l’Ouest, et ne revient jamais.

 

En 1306, Weden Ara’ad d’Ethiopie – le fils de Yagba Zion -, envoie une ambassade d’une trentaine de personnes en Avignon. Celle-ci y rencontre bientôt le pape Clément V. Elle lui présente ses respects en compagnie de 74 rois et d’innombrables princes. Elle le prévient que les membres de l’Ordre du Temple en poste dans leur pays, préparent un plan afin de s’emparer de l’Arche d’Alliance. Et ils affirment que ceux-ci aimeraient ramener la Relique dans une de leur Commanderies française.

 

Aussitôt, Clément V prend peur. Il réalise qu’une Relique aussi Sacrée conférerait aux Templiers de quoi défier les autorités séculières et religieuses d’Occident ; ce qu’il ne peut tolérer. Il en appelle alors à Philippe le Bel. Il lui demande d’anéantir l’Ordre du Temple ; mais sans prévenir celui-ci en ce qui concerne l’Arche d’Alliance. Et, en contrepartie, il accepte ce qu’il a refusé au roi de France jusqu'à maintenant : l’aider à récupérer les trésors que les Moines-Soldats cachant dans leurs citadelles éparpillées sur son territoire.

 

Jusqu’en 1310, Weden Ara’ad entretient de fréquents contacts avec Avignon. Il apprend donc la dissolution de l’Ordre du Temple. Il prend immédiatement des mesures contre les Chevaliers installés dans son pays : il les expulse ou les supprime. Puis, il s’assure qu’aucun de ceux-ci – ceux qui se sont réfugiés hors de France avant la diffusion du mandat d’arrêt lancé contre eux, par exemple – ne puisse plus s’immiscer dans ses affaires.

 

C’est en 1312 que Kankan Moussa, le troisième Empereur du Mali, accède au trône. Fervent musulman, il décide d’effectuer le pèlerinage de la Mecque et, en 1324, organise une vaste caravane, composée de 60 000 soldats et esclaves et chargée de près de deux tonnes d’or et d’une grande quantité de vivres. Arrivé au Caire, il est reçu par le sultan Al-Nasir et manque de créer un incident diplomatique : l’étiquette stipule en effet que tout homme doit s’incliner devant le sultan. Mais la puissance du « mansa » lui interdit une telle humiliation. Rusant contre lui même, celui-ci s’écrie finalement : « Je me prosterne devant Allah qui m’a créé et mis au monde. ». Chacun est alors satisfait et les deux souverains entreprennent de faire connaissance.

 

Au Caire, Kankan Moussa dépense et distribue tant d’argent sous forme d’achats et de dons qu’il éblouit les Cairotes par sa générosité. Mais, dans cette ville, le cours de l’or finit par chuter, et l’économie égyptienne est fortement ébranlée. Après s’être rendu sur les lieux Saints, à La Mecque et à Médine, et s’être acquitté de ses devoirs de croyant, le mansa achève son long voyage de dix-huit mois et rentre, emmenant avec lui des membres de diverses professions, qui ont été charmés par l’homme et ont rêvé du riche Mali.

 

A son retour dans son pays, Kankan Moussa se fait aussitôt construire une salle d’audience sur les modèles du Nord de l’Afrique : une salle carrée, surmontée d’une coupole et ornée d’arabesques colorées, avec des fenêtres recouvertes d’argent, d’or et de vermeil.

 

Ce luxe est à la mesure du mansa, qui tient ses audiences au milieu de 300 esclaves et dont la cour est régie par la plus stricte des étiquettes. Nul ne lui adresse directement la parole. On doit passer par un intermédiaire qui se fait l’interprète du demandeur. Ce dernier, vêtu avec humilité, reste prosterné pendant tout l’entretien et jette de la poussière sur sa tète en signe de respect.

 

Car, le pèlerinage de Kankan Moussa a revêtu pour le monarque et pour son Empire une importance essentielle. D’une part, l’Empereur a acquis un grand prestige auprès de son peuple et assoit son autorité sur un territoire si vaste – recouvrant le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Mali et une partie du Niger – qu’il faut une année pour le traverser à pied. D’autre part, l’Islam se développe dans le pays, qui devient un centre important pour les lettrés musulmans et un haut lieu de production artistique et intellectuelle. Enfin et surtout, grâce à son expédition et au faste de son déplacement, Kankan Moussa a fait connaître son Empire au Monde. En Afrique du Nord, au Moyen Orient et dans toute l’Europe, il est désormais considéré comme l’un des plus grands rois de la Terre. Les échanges se multiplient avec l’extérieur et l’Empereur tisse des liens solides avec le sultan Aboul Hassan du Maroc et le roi Jean II du Portugal. Il faut dire que le Mali est si prospère que le mansa est l’un des souverains les plus riches de son époque.

 

C’est que le pays recèle de nombreuses mines de sel, de cuivre, de fer, et surtout des mines d’or en abondance. De plus, les provinces paient un tribut. Profitant de la sécurité qui règne dans tout l’Empire, les relations commerciales ne cessent de se développer, et de grandes villes deviennent les terminus ou les haltes obligées sur les routes transsahariennes : Oualata, Tombouctou, Gao, Djenné sont les plus florissantes.

 

A suivre...