X1Dès lors, le triomphe de la Mort apportée par la peste, et qui fait disparaître des familles entières, ou même des villages, orne les murs des églises. Les danses macabres déploient leurs farandoles de squelettes sur les murs des cimetières, où l’on s’assemble pendant des heures pour écouter les prédicateurs en vogue. Sur les tombeaux, les gisants, calmes et hiératiques, qui évoquent la paix du repos de Dieu, se doublent de corps en décomposition sur lesquels grouillent les vers. La pompe funèbre devient écrasante : les dépouilles des défunts de haut rang sont accompagnées à leur dernière demeure par le long cortège des pauvres. Les testaments, même ceux des gens modestes, contiennent une énumération impressionnante de dispositions, prévoyant notamment des centaines, voire des milliers, de messes et de prières à dire pour le repos de l’âme : ces dernières assurent l’existence d’une armée de clercs et de chapelains plus ou moins bien contrôlés par la hiérarchie ecclésiastique, et qui sont à la ponte de la contestation de l’Eglise. En vue du passage fatal, les chrétiens multiplient les bonnes œuvres, accomplissent des pèlerinages, achètent des indulgences.

 

Par ailleurs, un juge de Toulouse écrit un guide pratique pour ses confrères Inquisiteurs ; et y donne des conseils sur la façon de procéder avec des hérétiques :

 

« Si l’on n’obtient rien et si l’inquisiteur et l’évêque croient en toute bonne foi que l’accusé leur cache la vérité, alors, qu’ils le fassent torturer modérément, et sans effusion de sang. Si l’on n’avance pas par ces moyens, on torture l’accusé de la manière traditionnelle, sans chercher de nouveaux supplices. S’il n’avoue pas, on lui montrera les instruments d’un nouveau type de tourments en lui disant qu’il lui faudra les subir tous. Lorsque l’accusé, soumis à toutes les tortures prévues n’a toujours pas avoué, il part libre. ».

 

En 1356, la défaite de Poitiers entraîne une grave crise politique et sociale française. Il faut payer la rançon du roi, et Charles, le fils aîné de Jean II le Bon, convoque les états généraux. Ceux-ci n’acceptent de payer que s’ils ont l’assurance du réforme qui évitera à l’avenir une défaite. Sous l’influence d’Etienne Marcel, prévôt des marchands et représentant de la bourgeoisie parisienne, un véritable projet de monarchie « contrôlée » est élaboré en 1357. Mais dès Février 1358, Etienne Marcel, allié aux partisans du roi de Navarre, Charles le Mauvais – alors en prison sur l’ordre de Jean II le Bon – provoque une émeute à Paris contre le Dauphin, qui prend la fuite.

 

Perdant l’appui d’une partie de la bourgeoisie, le prévôt des marchands cherche alors celui de la province : en mai éclate en Beauvaisis et dans la plaine de France la Jacquerie, violente révolte paysanne dirigée contre les nobles ; celle-ci devant payer des impôts encore plus lourds pour financer la guerre et verser la rançon exorbitante des trois millions d’écus d’or exigée par les Anglais en échange du roi.

 

Menés par un ancien soldat, Guillaume Karle, les insurgés déferlent dans la plaine de France, tuant les seigneurs, qu’ils accusent de gaspiller leur argent dans une guerre sans fin, et incendiant leurs châteaux. Le mouvement, commencé le 21 Mai, est écrasé à Clermont-en-Beauvaisis le 10 Juin : par dizaines de milliers, les paysans sont massacrés à leur tour par les nobles.

 

Pendant ce temps, le roi de Navarre, libéré, consolide sa puissance en Normandie en engageant des mercenaires anglais. Isolé, compromis par son alliance avec Charles le Mauvais, Etienne Marcel est assassiné le 31 Juillet, et le Dauphin, rappelé à Paris, négocie avec les Anglais : le traité de Brétigny puis la paix de Calais prévoient la renonciation du roi de France et d’Edouard III à leurs prétentions.

 

Malheureusement, après Crécy, la paix de Calais n’est pas observée : ni Edouard III ni Jean II ne renoncent à quoi que ce soit. Ce dernier meurt alors que la moitié seulement de la rançon est payée. Mais la trêve permet à la France de se réorganiser. Pour se débarrasser de Charles le Mauvais, puis des Grandes Compagnies, le roi Charles peut compter sur son connétable Bertrand du Guesclin. De petite noblesse bretonne, celui-ci s’est fait remarquer par son courage en combattant aux cotés de Charles de Blois. Capitaine de Pontorson, il prend part aux combats de la Guerre de Succession de Bretagne, défendant la plupart du temps les partisans du roi de France. Sa fidélité à ce dernier en fait une des figures les plus populaires de cette période. Rusé, bon stratège mais mauvais politique, il a conscience de sa popularité. En 1357, prisonnier pour la quatrième fois, il déclare au Prince Noir, qui lui demande rançon, que toutes les femmes de France sont prêtes à payer celle-ci. Dès 1364, il est vainqueur des anglo-navarrais du captal – « capitaine » - de Buch à Cocherel, en Normandie. Cependant, les Grandes Compagnies, mises au chômage par la paix de Calais, n’ont pas désarmées et rançonnent tout le Midi. Aussi, en 1366, du Guesclin s’efforce t’il, à la demande de Charles V, le nouveau roi de France, de les entraîner en Espagne, afin d’y soutenir Henri de Trastamare : celui-ci revendique le trône de Castille qu’occupe son demi-frère, Pierre le Cruel. Ce dernier, aidé du Prince de Galles, remporte à Najera une victoire sur du Guesclin en 1367. Mais, très vite, son allié anglais l’abandonne, et il est finalement vaincu à Montiel en 1369.

 

Encore en 1369, les parents de Nicolas Flamel sont de petits bourgeois pauvres qui meurent très tôt. Rapidement, le jeune homme est donc obligé de gagner sa vie en tant qu’écrivain public. Il monte alors à Paris afin de s’installer dans son nouveau métier. Il loge rapidement dans une maison ayant accès à la rue des Ecrivains, tout près de l’église Saint-Jacques de la Boucherie. Et peu de temps après, il est mandaté par de nombreux citadins du quartier pour établir des inventaires, arrêter des comptes ou attester la validité des dépenses des tuteurs de mineurs. Pourtant, en atteignant sa vingtième année, il décide de changer d’emploi : désormais, il veut être médecin ; il entreprend pour cela des études à l’Université.

 

Puis, alors qu’il est déjà passionné de Science Alchimique – qu’il a découvert pendant ses cours-, il éprouve brusquement le besoin de quitter Paris. L’ennui consécutif à l’apprentissage de l’exercice des saignées l’a décidé. Il laisse la faculté derrière lui. Et, bénéficiant d’une escorte d’étrangers allant dans la même direction que lui, il se rend à Rome. Or, pendant tout le trajet, non seulement ses compagnons lui offrent la protection de leurs armes, mais, quand il les quittent, ils lui font don d’une importante somme d’argent. Car, arrivé à Rome, lui continue vers Naples, tandis qu’eux prennent la route de Venise.

 

Une fois à Naples, Nicolas contacte immédiatement deux ou trois Alchimistes renommés de la ville. Ce sont eux qui lui conseillent d’aller chez un apothicaire du nom de Rabbi Nazad afin d’acheter son premier ouvrage Alchimique ; ce qu’il fait. Puis, une fois revenu à l’auberge où il habite momentanément, il se met à lire le manuscrit avec nervosité et excitation.

 

Dès lors, dans un premier temps, Nicolas Flamel met au jour un certain nombre de figures hiéroglyphiques égyptiennes indéchiffrables. Ce n’est qu’ensuite que le récit proprement dit, en latin, débute ; et il apprend grâce à lui des faits incroyables : ainsi, lorsque les Juifs ont été bannis de France par Philippe le Bel, ceux-ci ont caché la plupart de leurs trésors un peu partout dans le pays avant de partir. Ils se sont donc réunis dans les principales villes du royaume. Comme à Paris ou à Lyon, dans chaque cité, ils ont choisi une maison particulière. Ils ont effectué un inventaire précis de leurs richesses. Puis, ils les ont enterrées aux fins fonds des caves de la demeure sélectionnée.

 

Epoustouflé par ce qu’il vient de lire, Nicolas Flamel retourne aussitôt en France. Il débarque à Paris, visite plusieurs maisons de la capitale désignées dans le livre. Et, dans deux ou trois d’entre elles seulement, il met au jour quelques cassettes contenant de l’or, de l’argent, des diamants et des joyaux.

 

A suivre...