X1Il y a un autre aspect lié au phénomène religieux auquel j'ai songé récemment, et que je souhaiterai développer ici un instant. Car, il faut bien avouer qu'il y a une multitude d'aspects qui sont à creuser en ce qui concerne ce sujet vaste et complexe ; riche, fascinant, passionnant, intéressant, important. Mais également montrant combien la nature humaine qui lui est rattaché, l'est tout autant.

L'un des piliers de la Religion – et quelle que soit la confession ou le dogme auxquels on a prêté sa foi – se targue d'enseigner l'amour de son prochain, la compassion, la tolérance, l'espérance en quelque chose de meilleur que soi, la fraternité, l'entraide, la quête spirituelle, l'altruisme, le dévouement, etc. Ceux-ci sont des sentiments humains respectables et honorables. Ils sont ce qu'il y a de plus beau en soi. Et il est évident qu'ils sont à mettre en avant, et faire fructifier.

Cependant, là où je ne suis pas d'accord – pire, qui m'exaspère -, c'est que la Religion se considère comme l'unique représentante de l'ensemble de ces qualités. Comme si elles étaient son privilège exclusif. Et qu'en dehors de la Religion, elles n'étaient pas aussi puissantes, aussi honorables, ou aussi respectables. Comme si elle était la seule à détenir les moyens de les personnifier, de les développer, de les transmettre. Comme si l'Homme, par lui-même, était incapable de les mettre en avant.

Or, puisqu'il s'agit de sentiments humains – qui existent depuis que l'Homme est l'Homme -, la Religion n'en 'a pas l'apanage spécifique. Je dirai même, en y réfléchissant, qu'elle est jalouse, sectaire, tyrannique, possessive, et partiale, vis-à-vis de ces prérogatives. En fait, nul autre qu'elle n'a le droit de s'y référer avec autant de ferveur, de joie, d'envie d'aller vers l'autre, qu'elle. C'est un autre aspect de l’enchaînement des âmes à ses dogmes qui mérite d'être souligné.

Pire encore – et c'est là où l'on peut s'apercevoir de la perversité de son emprise sur ces sentiments -, c'est la culpabilisation qu'elle inculque à ceux et à celles qui ne suivent pas ses dogmes. Ces personnes ont beau être investies de ces mêmes sentiments, avec le même désir de les propager autour d'eux, parce qu'elles ne suivent pas les règles qu'elle édicte, elles ne peuvent pas en être titulaire. Ou, alors, éventuellement, de manière amoindrie que si elles étaient pourvus de foi.

Alors, elle les pressent de rejoindre ses rangs. Elle leur dit que si elles ne le font pas, elles sont vouées aux flammes de l'Enfer. Elles ne sont pas des personnes assez dignes pour représenter à leur juste valeur ces sentiments dont elle est l'unique garante.

A suivre...