X1Puis, aux premiers jours de 1453, le nouveau sultan, Mehmed II – 1451 – 1481 – met le siège devant la ville. Ses moyens sont énormes : il possède d’abord une écrasante supériorité numérique en hommes. La flotte byzantine, qui ferme la Corne d‘Or, ne compte que 26 navires, contre quelque 400 navires turcs, mais permet à la défense de se concentrer sur la double muraille terrestre. La principale différence par rapport aux sièges précédents vient de l’artillerie : Constantinople n’en n’est pas dépourvue mais manque rapidement de munitions. Les Turcs, quant à eux, pointent un canon redoutable, tiré par cent buffles et servi par cinq-cents canonniers, qui mettent deux heures à le charger. Celui-ci lance des boulets de douze-cents livres et répand la panique dans les rangs ennemis.

 

Le 7 Avril, l’arrivée des principales troupes ottomanes venues d’Andrinople marque dès lors le début de la phase intensive du siège. Cependant, la résistance de la ville surprend Mehmed II, qui, ne pouvant anéantir la flotte qui ferme la Corne d’Or, décide alors, au prix d’un effort gigantesque favorisé par des ingénieurs italiens, de faire glisser les navires par voie de terre, derrière Galata, du Bosphore à la Corne d’Or. Hissés par des treuils et traînés sur des chaussées de bois couvertes de peaux de bœufs et bien graissées, les premiers navires turcs pénètrent ainsi dans la baie le 21 Avril, et Constantinople subit dès lors un double bombardement. A l’intérieur, Latins et Grecs, partisans du pape et orthodoxes zélés, s’unissent devant le danger. Au matin du 29 Mai commence l’assaut final : les troupes ottomanes pénètrent par les brèches que l’artillerie a ouvertes. Constantin XI meurt au combat, tandis que les Turcs occupent Constantinople, livrée pendant trois jours au pillage. Puis Mehmed II entre « dans la ville » - en grec, « eis tên polin », « Istanbul » en turc – et en fait sa capitale.

 

Puis, dès 1456, le duché d’Athènes doit se soumettre ; en 1460, le despotat de Morée tombe à son tour. L’année suivante, les troupes turques s’emparent de Trébizonde.

 

Les contours de l’Empire de Mehmed II rappellent étrangement ceux de l’Empire Byzantin à son apogée, avec la même opposition entre l’Orient – l’Asie Mineure – et l’Occident – la Roumélie -.

 

Il s’agit d’un Etat fort et structuré, où une administration organisée répercute les ordres du souverain par-delà les intérêts particuliers. Mehmed II rétablit une paix inconnue dans les Balkans depuis les Comnènes – dynastie byzantine qui a régnée au XI et XIIème siècles – qui favorise la mise en culture des sols et le développement du commerce. La domination turque est, en réalité, largement favorable aux villes de l’ancien Empire byzantin et à ses habitants, notamment les Grecs et les Arméniens. Ceux-ci profitent en effet, d’un certain affaiblissement des cités italiennes, et surtout de la restauration pour tous des droits de douane. Ces conditions expliquent la relative faiblesse de l’émigration balkanique : peu de chrétiens fuient l’Empire musulman ; ceux qui partent appartiennent à l’élite intellectuelle, sensibles à l’appel de la Renaissance, et ont une certaine affinité avec la Chrétienté romaine. Les autres se contentent du statut de soumis.

 

L’Empire ottoman recueille donc une part de l’héritage politique de Byzance ; il redonne aux Balkans une unité perdue depuis longtemps et reconstitue assez largement l’Empire de Justinien Ier – 527 – 565 -. Mais il ne peut recueillir l’autre partie de l’héritage byzantin : la culture grecque et la religion orthodoxe. La première trouve refuge en Occident, tandis que Moscou devient la dépositaire de la seconde.

 

A suivre...