X1Portugal, XVème siècle :

 

En 1415, comme depuis longtemps déjà, le prince Portugais Henri le Navigateur – qui est aussi le Grand Maitre de l’Ordre du Christ ; cette Confrérie ayant succédé au Temple après son anéantissement – est tenaillé. Il projette d’envoyer une escadre explorer le « fabuleux royaume du Prêtre Jean ». Dès lors, il passe la majeure partie de son temps à élaborer sa campagne d’exploration. Mais, en même temps, il fait en sorte de l’entourer d’une aura de mystères et d’intrigues.

 

Car, Henri le Navigateur ne veut pas que le but de celle-ci soit connu. Il fait donc supprimer les ouvrages historiques, les guides nautiques, les cartes, les instructions aux navigateurs, qui y font allusion quotidiennement. Et ainsi, ses subordonnés se mettent peu à peu à supposer que, comme tout bon Croisé, il a bientôt l’intention de proposer une alliance contre l’Islam, à l’Empereur Chrétien d’Ethiopie.

 

En 1415 également, le roi Jean Ier s’empare de Ceuta, petite cité marocaine sur la rive Sud du détroit de Gibraltar. Quelques années plus tard, les Portugais occupent les îles les plus proches de l’Atlantique : Madère en 1425, et les Acores. La colonisation agricole est entreprise à partir de 1430 : on plante vignes et céréales, on cueille le pastel, un colorant, et on cultive la canne à sucre.

 

Aux Canaries, toutefois, où le Français Jean de Béthencourt s’est établi le premier, les Portugais n’arrivent pas à s’installer. Ils attaquent les indigènes et chargent leurs navires de captifs.

 

Les progrès de la découverte sont lents. Les vents et les courants rabattent les flottes sur la cote. Mais, bientôt, les caravelles sont transformées pour faire face à de tels désagréments. Elles obtiennent deux mats, un seul plancher, un pont surélevé. Leurs voiles triangulaires acquièrent deux fois plus de surface, puis deviennent carrées afin de remonter le plus près du vent, et permettent donc d’explorer des zones dont on ne connaît pas le régime des vents. En même temps, les pilotes pratiquent « l’estime » et se fient à leur expérience. Les marins calculent tous les jours, à midi, la route parcourue, et ils mesurent la vitesse, comptée au sablier, en jetant un objet flottant à la mer. La boussole, ou compas, est une aiguille qui tourne dans un boîtier sur une rose des vents : elle indique le Nord magnétique et non le pôle réel. C’est ainsi qu’en 1434, Gil Eanes réussit à doubler le sinistre cap Bojador, au Nord du Sahara. Noyé dans la brume et battu par les vents, ce cap a jusqu’alors fait figure de barrière infranchissable. Et l’année suivante, il atteint le golfe du Rio de Oro. Dès lors, derrière lui, les expéditions se succèdent.

 

Le cap Blanc, au large de la Mauritanie, est franchi en 1441. En 1444, Nuno Tristao parvient à l’embouchure du Sénégal et explore la cote jusqu'à la Gambie. Dias atteint la presqu’île du cap Vert, et Alvaro Fernandes pousse jusqu'à Guinée-Bissau.

 

Toutes ces expéditions réussissent grâce à la foi et à la persévérance d’un homme, l’infant Henri. Le troisième fils du roi Jean possède une piété, une érudition, une intelligence politique qui rayonnent sur son entourage, tandis que ses moyens financiers lui permettent de concrétiser ses rêves ambitieux.

 

A partir de 1455, l’exploration maritime se double d’un programme d’exploitation économique, et les bâtisseurs se mettent au travail. L’infant Henri meurt en 1460, soixante-six ans. Le nouveau roi, Alphonse V, confie à des particuliers la mission de faire progresser l’exploration, moyennant le droit de commerce.

 

A suivre...