X1En 1474, la « Géographie » de Ptolémée est traduite en latin et imprimée à Lisbonne. Il s’agit du traité du dernier astronome et géographe de l’Antiquité qui fixe les limites du Monde habité. La Méditerranée, au dessin relativement précis, est l’axe de Connaissance de ces cartes, qui privilégient les concepts théologiques ; elles sont orientées Est-Ouest : le Paradis Terrestre se situe à l’Orient, tandis qu’animaux merveilleux ou personnages légendaires viennent combler les régions inconnues.

 

En même temps, l’expérience nautique des marins donne naissance aux premiers « portulans » : y sont décrites les côtes, avec les ports et les routes à suivre en fonction de la direction des vents. On tente d’y estimer les distances et de donner d’autres informations, comme le nombre de brasses de fonds.

 

Les portulans décrivent d’abord, évidemment, les côtes de la Méditerranée, puis les côtes africaines, les pays du Levant, la mer Noire, la mer Caspienne et aussi la mer Rouge. A Majorque et à Lisbonne s’établissent les premières officines de cartes, qui sont tenues secrètes et contrôlées par le pouvoir. Et les membres de ces dernières se demandent si l’Ethiopie du Prêtre Jean n’est pas l’héritière de l’Atlantide ; avant de rattacher l’histoire de ce pays à celle de la reine de Saba et du roi Salomon.

 

Un riche marchand de Lisbonne, Fernao Gomes, qui reconnaît le littoral plus au Sud, reçoit, contre paiement d’une redevance, le monopole du trafic de la Guinée. Joao de Santarém et Pedro Escovar découvrent la Cote de l’Or, le delta du Niger, et franchissent même la ligne de l’équateur.

 

Jean II, qui succède en 1481 à son père Alphonse V, dote les explorateurs d’un point d’appui : il ordonne la construction du château et du port de Saint-Georges de la Mine – « Elmina du Ghana » -, sur la cote du golfe de Guinée. Dès 1482, une partie du trafic de l’or s’effectue à partir de là. Enfin, en 1483, Diogo Cao s’avance jusqu’à l’embouchure du fleuve Zaïre.

 

Car, dès ce moment, la précieuse poussière d’or – le « tibar » - recueillie dans les quatre fleuves de Guinée, mais aussi le trafic d’esclaves du littoral guinéen et le poivre de Guinée font la fortune du Portugal et lui permettent de concurrencer avec succès Venise, jusque là maîtresse incontestée du négoce des produits précieux. A la Casa da Mina, à Lisbonne, sont entreposées les diverses marchandises destinées au commerce africain, et les expéditions se révèlent très profitables, en dépit des risques.

 

Les recettes moyennes, recueillies par le trésorier général, quadruplent entre 1475 et 1488. On appelle le roi de Portugal « le roi de l’Or », mais le poivre et les épices multiplient bientôt considérablement les profits.

 

Beaucoup d’étrangers demandent à tenter leur chance aux cotés des Portugais, et notamment les Italiens. Des maisons de commerce génoises et florentines établissent leur siège à Lisbonne. Le Vénitien Ca da Mosto s’embarque sur le bateau de Vincente Dias. Remontant un fleuve de Gambie, il donne de précieux renseignements sur la région.

 

En même temps, les explorations se poursuivent pour trouver la route des Indes, qui semble s’éloigner toujours un peu plus. L’esprit d’aventure et de recherche anime ces hommes qui, faute de cartes et d’instruments précis, naviguent à « l’estime ». Le pilote dispose d’une boussole dont l’aiguille est associée à la rose des vents. La navigation « astronomique », calculant la latitude grâce à l’étoile Polaire, commence à peine. C’est le vent, et non une route, qui définit le cap du voilier.

 

Puis, en Août 1487, un certain Bartolomeu Dias, de petite noblesse portugaise et écuyer du roi, quitte Lisbonne à la tète d’une flotte de trois caravelles. Deux autres pilotes l’accompagnent, Alvaro Martins et Joao de Santiago. Ils bénéficient de l’expérience de leurs prédécesseurs, et en particulier de celle de Diogo Cao. Ce dernier a érigé un « padrao » - ce pilier de pierre surmonté d’une croix ou d’un blason qui marque le passage d’un navigateur portugais – non loin du tropique du Capricorne.

 

Evitant les courants côtiers et cherchant une route des vents porteurs vers le Sud-Ouest, Bartolomeu Dias navigue autour du 40ème parallèle. Le vent, qui l’écarte de la cote, le pousse vers le Sud treize jours durant, sans qu’il aperçoive la terre.

 

Aussi Dias décide t’il d’obliquer vers l’Est, puis vers le Nord. Enfin, il aborde un rivage qu’il appelle la « baie des Bouviers », à mi-chemin de Cape Town et de port Elizabeth : sans la savoir, Bartolomeu Dias a contourné l’Afrique et doublé le cap des Tempêtes – rebaptisé cap de Bonne-Espérance par le roi -, avant de s’engager dans l’océan Indien. Il érige son dernier padrao à False Island, puis il rebrousse chemin. L’expédition est de retour à Lisbonne en Décembre 1488. Désormais, la jonction Europe-Asie, par mer, devient possible. La route des précieuses épices est ouverte.

 

A suivre...