X5France, XVème siècle :

 

Quand Charles V meurt, après avoir délivré le royaume des Anglais et des Grandes Compagnies, Charles VI n’a que douze ans. Son père a bien prévu que le pouvoir serait exercé par ses fidèles conseillers qui ont l’expérience des affaires administratives et de la gestion financière. Mais, juste après sa mort, ce sont les oncles du roi, les ducs de Bourbon, de Bourgogne, de Berry et d’Anjou qui se répartissent les honneurs et les profits du pouvoir. En 1388, Charles VI, qui « voit faire ses oncles choses qui sont plus au profit d’eux et d’autres particuliers que du bien public », remercie ses tuteurs et entreprend de gouverner seul. Mais, le 5 Août 1392, alors qu’il chevauche dans la forêt du Mans, un homme surgit devant lui. Le roi, pris d’un accès de démence, se jette alors sur son escorte, tuant ou blessant plusieurs personnes. La surprise, la chaleur, aggravent son déséquilibre, accentué par une vie épuisante de combats et de fêtes.

 

Désormais, les crises violentes alternent avec les périodes d’abattement et les remissions de plus en plus courtes. La cour accomplit de longs pèlerinages, les médecins proposent saignées et décoctions magiques, la reine et les ducs organisent des fêtes, on tente de distraire le roi avec les premières cartes à jouer, mais rien n’y fait, et chaque accès de folie jette dans les rues des processions de Parisiens éperdues.

 

Les ducs, qui ont été évincés du pouvoir pour un temps, réapparaissent donc. Ecartant les conseillers du roi, qu’ils nomment par dérision les « Marmousets », ou « figures grotesques » -, les oncles reprennent leur place au Conseil. L’affrontement entre le plus puissant d’entre eux, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et le frère du roi, Louis d’Orléans, détermine alors la politique du pays. C’est à qui place ses pions et tire profit des finances royales.

 

En 1398, Nicolas Flamel préside désormais aux destinées du Prieuré de Sion. Or, au cours de sa magistrature, il découvre dans les archives de l’Ordre plusieurs documents se référant à la Magie de l’Ancien Monde. Ceux-ci semblent être passés entre les mains des Cathares qui se sont enfuis de Montségur juste avant que la forteresse ne se rende aux croisés. Ils font référence au « Rex Mundi » - ou « Roi du Monde ». Ils lui révèlent aussi que le « Rex Mundi » a été l’un des Symboles Majeurs des sectes Gnostiques ayant existées au début de l’Ere Chrétienne. Ils l’informent que la Tradition Gnostique dont les Parfaits ont été les détenteurs, se rattache au Manichéisme, à l’Alchimie, ou aux Templiers. Et il comprend qu’ils ont jadis permis à des Organisations Religieuses Démoniaques, de naître et de préserver les « Mystères d’Osiris ».

 

Il écrit alors : « Les Profanes l’appellent le Diable ; pour les Hermétistes, c’est le dieu Pan ; mais, pour notre Ecole Philosophique, il s’agit du dieu des théurges de la Confrérie d’Alexandrie. Or, malgré tout, il est aussi le dieu des Ecoles Gnostiques Primitives, l’Archimage des Perses, le Typhon des Egyptiens, le Serpent des Hébreux, et le Baphomet des Templiers. ».

 

Quand Nicolas Flamel interroge certains Hermétistes affiliés au Prieuré de Sion à propos de ses trouvailles, ces derniers lui expliquent aussitôt uniquement ce qu’ils savent au sujet du Maitre de l’Argatha. Ils lui disent qu’au cours de l’Ere précédente, les entrées souterraines de son royaume étaient indiquées à l’aide de figures monstrueuses dissimulées aux quatre coins du Monde Connu. Nicolas Flamel est impressionné par ces révélations inattendues.

 

En même temps, les recherches de Nicolas Flamel lui permettent de faire aboutir ses expériences Alchimiques ; elles lui donnent enfin l’occasion d’invoquer et de converser régulièrement avec des défunts.

 

Lorsque Philippe le Hardi meurt, en 1404, Louis d’Orléans réduit de moitié les finances de son successeur, Jean sans Peur. Celui-ci, engagé dans une politique ambitieuse et coûteuse aux Pays Bas, ne peut l’admettre. Faute d’être entendu, il fait assassiner en 1407 Louis d’Orléans et s’enfuit de Paris. La guerre civile est alors inéluctable entre les « Bourguignons » et ceux qu’on appelle « Armagnacs », Charles d’Orléans, fils de Louis, pouvant compter sur les mercenaires gascons de son beau père, le comte d’Armagnac.

 

En 1408, les Hermétistes qui ont jadis répondu aux questions de Nicolas Flamel suivent la construction de l’église de la Madeleine Arrangue à Aix en Provence sur ses ordres. Au terme de son édification, ce sont d’ailleurs eux qui ancrent sur l’un des murs de sa sacristie un tableau représentant l’Annonciation. Et ils le parsèment d’innombrables détails d’inspiration blasphématoire et diabolique.

 

Puis, étrangement, à moins d’un an de là, d’autres Frères à son entière dévotion se mettent à parcourir la France toute entière. Un peu partout, ils bâtissent des paroisses décorées de façon mystérieuse. A Rochecorbon par exemple, ils érigent une forteresse sur les hauteurs du bourg. Au même moment, ils creusent plusieurs habitations dans la vallée ; tandis qu’ils taillent un escalier menant des souterrains du château à ces dernières. A Bordeaux, par contre, ils rasent l’église Saint-André afin d’élever à sa place la Tour Saint-Michel. C’est d’ailleurs à ce moment là qu’ils déterrent 70 cadavres desséchés et momifiés dans les caves de la paroisse. Ailleurs encore, à Abbeville plus exactement, ils fondent l’église Saint-Valfan. Mais ils l’orientent mal : ils ouvrent sa façade au Nord, et non à l’Ouest. A chaque fois pourtant, les dessins et les bas reliefs qui sont ancrés sur leurs monuments sont très allégoriques ; ils se réfèrent tous à l’Annonciation et au Démon.

 

A suivre...