X1En 1420, le traité de Troyes conclut une période désastreuse en livrant la France aux Anglais. Le signataire du traité, Charles VI, admet « être empêché la plupart du temps » et ne pouvoir « vaquer en personne aux besognes du royaume ». Henri V épouse Catherine de France, fille de Charles VI, et devient ainsi « fils » du roi et « droit » héritier de son royaume. A la disparition de Charles VI, Henri VI, son héritier, lui succède pourtant. Quant au soi-disant Dauphin, accusé de naissance illégitime à la suite des bruits que sa mère, la frivole Isabeau de Bavière, fait courir, il n’a aucun droit sur cet héritage.

 

Il y a donc désormais trois France : la France anglaise, qui comprend la Normandie, la Guyenne et Paris ; la France du duc de Bourgogne, qui ajoute à ses possessions la Champagne, la Brie et la Picardie et s’étend jusqu’aux Pays Bas ; la troisième, la plus faible, est celle du Dauphin Charles, qui prend Bourges pour capitale, et semble incapable de toute initiative, mais suscite de solides fidélités.

 

En 1420 également, Sainte-Colette de Corbie, en Alsace, demeure un lieu énigmatique. Une rumeur prétend en effet depuis longtemps que celui-ci a un lien Secret avec l’ancien Ordre du Temple.

 

C’est à cette date que la future « Pucelle » - qui n’a qu’une dizaine d’années – affirme que la Sainte qui a donné son à cet endroit, lui a remis un anneau appartenant à Saint-Jean l’Evangéliste. Elle reçoit d’ailleurs rapidement deux autres de sa part ; laquelle lui dit alors qu’ils sont les gages qui vont lui permettre d’accomplir la future mission sacrée à laquelle elle est destinée.

 

Mais, en 1422 meurent successivement le vainqueur d’Azincourt, Henri V, et le vaincu, Charles VI, le roi fou. Entre les possessions des Anglais et celles du duc de Bourgogne, le domaine du Dauphin, Charles VII, est limité à Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry sur la Loire, et à quelques îlots de résistance : le Mont Saint Michel, entre Normandie et Bretagne, de petits fiefs en Lorraine, le comté de Foix. Charles VII dispose d’un gouvernement à Bourges et d’un parlement à Poitiers ; par ailleurs, ses finances sont en bon état, son armée est forte, mais il semble incapable de toute initiative. En 1428, Orléans est investie : la prise de la ville ouvre aux Anglais l’accès des domaines de Charles VII.

 

Rien ne paraît donc devoir sauver Orléans. L’armée de secours française est mise en déroute par celle de sir John Fastolf, lors de la « Journée des Harengs », en Février.

 

Or, depuis un an déjà, une jeune paysanne lorraine de seize ans, Jeanne d’Arc, dit entendre des voix, celles de Saint Michel, patron de la France, de Sainte Marguerite et de Sainte Catherine, qui lui ordonnent de chasser les Anglais de France. Son village se trouve dans une enclave encore fidèle à Charles : le capitaine Robert de Baudricourt, sire de Vaucouleurs, fournit à la jeune fille une monture et une petite escorte. Et Jeanne arrive à la cour de Chinon.

 

Or, quand Jeanne d’Arc s’avance pour la première fois dans la salle où le Dauphin se trouve, celui-ci se cache soudain parmi la foule de ses courtisans. Il veut en effet éprouver l’inconnue ; car, en son for intérieur, en la voyant, il se rend immédiatement compte qu’elle est l’ambassadrice de quelqu’un de « très haut placé ». Mais Jeanne le reconnaît tout de suite, se dirige vers lui d’un pas ferme et déterminé. Elle lui demande un entretien particulier, et quand ils sont seuls entre quatre murs, elle lui dit : « Gentil Seigneur, je viens de la part du Roi du Monde. Et elle le persuade ensuite qu’il est l’héritier légitime du trône.

 

Les conseillers de Charles - Gilles de Rais, un homme mystérieux, mais au demeurant courageux et combatif – le premier, laissent partir une armée vers Orléans ; les capitaines sont hésitants, mais l’enthousiasme de Jeanne transfigure les troupes. Elle somme les Anglais d’abandonner le combat : « Rendez à la Pucelle envoyée ici par Dieu le roi du Ciel les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. ». Le 8 Mai, Orléans tombe, à la stupéfaction générale. Jargeau et Meung suivent. En Juin, l’armée anglaise est à nouveau écrasée à Patay, et son chef, Talbot, fait prisonnier par La Hire, compagnon de Jeanne d’Arc.

 

Contre l’avis des conseillers du roi, Jeanne impose alors son idée : pour affirmer à la face du Monde la légitimité du Dauphin et bien que le père de ce dernier soit mort depuis sept ans, elle convainc Charles de se faire sacrer à Reims. Alors que la ville est contrôlée par les Bourguignons, alliés des Anglais, Jeanne y mène le roi ; toutes les villes s’ouvrent à leur passage, acclament le Dauphin et ravitaillent son armée. Le 17 Juillet 1429, l’archevêque Renault de Chartres sacre Charles VII. Jeanne est debout au pied de l’autel, son étendard à la main.

 

A suivre...