X1Louis continue donc de répandre ses subsides et il asphyxie le Téméraire en poussant la banque Médicis à lui refuser tout crédit. A Grandson, le 2 Mars 1476, les troupes bourguignonnes sont surprises par les Suisses. Le Téméraire n’est sauvé que par la richesse de ses bagages sur lesquels se jettent les montagnards éblouis. Le Bourguignon reforme aussitôt une nouvelle armée et la risque au siège de Morat, où les Suisses l’acculent aux rives du lac : 10 000 hommes sont massacrés, le Téméraire s’échappe de justesse. Charles n’a plus d’armée solide, mais, au début de Janvier 1477, il assiège Nancy, que le duc de Lorraine vient secourir : le 5, les Bourguignons sont écrasés. Charles le Téméraire est tué pendant la bataille.

 

Pour Louis XI, le succès est total et il le doit en partie à l’impatiente ambition de son ennemi. Mais le roi s’est donné les moyens de réussir. Grand homme d’Etat, il a admirablement consolidé son royaume. La chute des princes et la fin des guerres intérieures ont ramené la paix et la prospérité. La souverain a certes accru la pression fiscale, mais avant tout, ses sujets se sont enrichis. Louis XI s’intéresse en effet aux problèmes économiques. Il fait venir des Italiens pour créer une industrie de la soie, des Allemands pour relancer les mines, il fonde à Lyon de grandes foires qui concurrencent avec succès celles de Genève. Il cherche à faire de Marseille le centre d’un grand commerce méditerranéen. L’administration royale, confiée à des hommes sûrs, atteint une efficacité nouvelle, surtout dans le domaine des postes, le roi jugeant la rapidité des communications essentielle à sa diplomatie.

 

A cette date, les théologiens se demandent sur le précurseur de l’Antéchrist ne sera pas ce « Grand Monarque » issu de France, et qui régnera sur le Monde entier ? Ils pensent en effet peu à peu que celui-ci personnifiera en effet le pouvoir de la Bête, et jouera le rôle de Faux Prophète. Enfin, qu’il poussera les hommes à adorer l’image de la Bête sacrilège.

 

Ces théologiens sont alors persuadés que ce Prince d’iniquité sortira de la tribu de Dan. Ils l’imaginent tel un enfant de perdition, plein d’orgueil et de malice insensée. Il fera sur la Terre une foule de prodiges. Pour appuyer l’erreur qu’il enseignera, il fera descendre le feu du Ciel. Par ses sacrifices Magiques, il surprendra la bonne foi de tous. Et ensuite, on verra une grande persécution, telle qu’il n’y en a jamais eu ; et qu’il n’y en aura jamais plus.

 

Ils croient en outre qu’une fois que l’Antéchrist sera apparu sur Terre – et y aura implanté son royaume -, Elie et Enoch ressurgiront pour convertir les Juifs au Christianisme.

 

L’un d’eux écrit alors : « En ces temps, on croyait voir des Démons partout ; et si des bûchers étaient dressés, c’était afin de prévenir toute manifestation satanique. Obscurément en effet, le peuple Chrétien sentait que le danger rodait autour de la Cité de Dieu. Des siècles durant, il guetta Lucifer, ainsi que ses cohortes. Et puis, quand il s’assoupit, Asmodée se déchaîna ; il conquit non plus quelques pauvres âmes destinées aux Sabbats de la lande, mais tenta de rallier à sa cause l’Univers entier. ».

 

 

A cette date également, Louis XI est féru d’astrologie et a une confiance presque aveugle dans les talismans et les reliques. Lorsqu’il veut obtenir un serment sûr, il fait venir la croix de Saint-Laud d’Angers. Il accomplit de nombreux pèlerinages, n’hésitant pas, alors qu’il souffre d’hémorroïdes, à galoper jusqu'à Bayonne. Il revient sans cesse à Notre-Dame de Cléry, où son tombeau a été préparé, et voue un culte particulier à la Vierge Marie.

 

Louis XI sait également agrandir son royaume. A la mort du roi de Naples, en 1480, il récupère l’Anjou, le Barrois, puis la Provence. En revanche, il se trompe en voulant reprendre les territoires bourguignons après la mort de Charles. Son conseiller Commynes, jadis au service de la Bourgogne, lui suggère de marier le Dauphin à Marie, seule héritière du Téméraire, et de laisser son fils attacher les terres bourguignonnes à la France. Mais Louis XI, impatient, se jette sur la Bourgogne, la Picardie, la Flandre et la Franche-Comté. La résistance y est parfois obstinée.

 

Finalement, Marie de Bourgogne épouse Maximilien, fils de l’Empereur Germanique. Lorsqu’elle meurt, en 1482, Louis XI et Maximilien se partagent ses terres : les Pays-Bas pour l’Autriche et le duché de Bourgogne pour la France. Le reste est apporté en dot par la fille de Marie et de Maximilien, Marguerite de Bourgogne, promise au Dauphin Charles – futur Charles VIII -. L’ultime erreur du roi est ainsi réparée. Il meurt en 1483, confiant la régence à sa fille Anne de France.

 

A suivre...