X1Au seuil de cette Citadelle qui n'a pas de nom, je suis révulsé par ma propre sidération. Je songe à ses couloirs parcourus des vents glacés surgis soudainement du Néant. Je rêve de ses portes serties de diamants ou ornées de motifs d'or et d'argent. Je m'émerveille devant ses statues de pierre encadrant ses fortifications. Tout autour, le silence alentours résonne de leurs cris muets de saisissements. Et je réalise soudain quel chemin il m'a fallu pour que mes pas me conduisent céans.

Combien d'hommes et de femmes, avant moi ont atteint cette Citadelle sans age et sans nom ? Combien ont failli au contact de ses effroyables enchantements ? Combien ont affronté ses démons qui ne sont pas de ce monde ? Combien ont rejoint ses hordes enfantées dans la douleur et la démence ?

Moi qui ne suis qu'un Être destiné à ne pas savoir qui il est ; qui a tout perdu parce qu'il n'est pas bien né ; je fais fi de mes espoirs sans lendemain pour me consacrer à cette quête su Savoir qui n'a pas de limites. Je n'échapperai peut-être pas à mes ennemis ; ils me poursuivront certainement jusqu'au cœur de l'Enfer ou jusqu'aux confins du Paradis. Puisque je suis l'incarnation de leur haine et de leur barbarie. Puisque j'ai fui des contrées où ils sont les Seigneurs d'un idéal honni qui m'a maudit. Puisque je suis désormais, à leurs yeux, un Étranger qui doit être soumis.

C'est pour cette raison que je me tiens devant ce Donjon honni et dévoreur de nuits. C'est pour cette raison que je ne crains pas ses tours crénelées arpentées de monstrueuses Sentinelles. Si je suis captivé leurs mugissements, je n'en n'ai pas peur. Ils sont appauvris par les ombres de mes cauchemars évanescents. Je suis prêt à batailler contre elles afin de ne pas à avoir à revenir en arrière. J'utilise ma faiblesse pernicieuse instillée par ceux qui m'ont écarté ; de cet Univers d'eau et de feu, de terreur et de bris. Je m'en sers afin, d'arracher d'ici peu ; à ces Démons qui ne m'ont pas encore dépecé, quelques Mystères dont ils sont les réceptacles involontaires.

Tandis que je franchis le seuil de cette Citadelle qui n'a pas de nom, je me remémore le trajet qui doit être le mien. L'itinéraire ciselé par ses salles et ses couloirs sans fin. Ses escaliers tortueux, ses cavités poussiéreuses aux décorations mortifères perdus. Je m'accroche à eux puisqu'ils vont m'accompagner jusqu'à ce lieu où sont ensevelies les béances de l'Histoire. Car ce sont elles, sans nul doute, qui vont me permettre de survivre à la fureur et à la vengeance des Seigneurs de cet idéal moribond et sanglant...