X1Mais, la France est alors à reconstruire. Dans l’atmosphère de la paix retrouvée, une nouvelle architecture citadine voit peu à peu le jour. Les signes de la noblesse militaire sont toujours là, mais ils s’estompent au profit d’une nouvelle structure. Le donjon d’autrefois, à l’entrée des villes ou aux coins de leurs remparts, devient alors tour, et la tour devient escalier monumental, autour duquel s’ordonne noblement la demeure seigneuriale, avec ses pièces d’apparat – et notamment la galerie de promenade et d’exposition – et surtout les appartements privés, que le nouveau mode de vie aristocratique, plus individualiste, privilégie ; les châteaux de Nantes, de Saint-Malo, de Salses, sont des exemples de ces fortifications aux formes inédites.

 

Même les grands hôtels urbains adoptent cette structure : c’est elle que l’on retrouve dans le somptueux palais que Jacques Cœur fait édifier à Bourges, et qui est encore inachevé au moment de sa disgrâce. Dans ce somptueux décor architectural, unique en France, pilastres et moulures s’étalent à profusion. Le décor intérieur, quant à lui, est tout aussi magnifique que celui de l’extérieur. C’est à cette époque que débutent réellement l’urbanisme et l’industrie du bâtiment, que des architectes s’illustrent dans les grandes cours de la Renaissance, où ils présentent des plans de villes idéales, des machines de levage pour déplacer des monuments, des écluses, digues et barrages ; des chantiers s’ouvrent ainsi un peu partout dans les cités ; tandis que sous le mont Viso, on parvient à percer un tunnel de 72 mètres de long à 2400 mètres d’altitude.

 

En 1490, l’Esotériste Charles Vadier prétend un jour, devant plusieurs de ses confrères, qu’il a autrefois contemplé une carte bien étrange : celle-ci traçait la route menant au royaume du Prêtre Jean. Mais il dit aussi qu’actuellement, elle se trouverait dans les archives secrètes du Vatican.

 

En 1495, l’expulsion des Juifs d’Espagne commence à avoir de profondes répercussions dans le Languedoc. Le mouvement Kabbaliste qui y est installé depuis plus de deux siècles, et qui a été jusqu’alors purement spéculatif et réservé à une élite intellectuelle, se transforme soudainement. Il se métamorphose en courant messianique. Il se développe à l’intérieur de toutes les couches sociales. Il est bientôt considéré comme un facteur d’équilibre entre les branches hébraïques radicales et modérées.

 

Mais, en même temps, il est utilisé pour influencer le cours de l’Histoire. En effet, ses idées théosophiques se mettent à pénétrer toutes les disciplines Scientifiques en vigueur dans les Universités. Des juristes comme Joseph Karo s’intéressent à la Kabbale, et ont même des « Révélations Personnelles ». Le penseur le plus influent de Paris, Moïse Cordovero, écrit un Livre sur le sujet : « le Pardes rimonim ». Et ce dernier est vite considéré comme la somme de l’Enseignement Kabbalistique – malgré de nombreuses imprécisions - parce qu’il se réfère souvent au Zohar.

 

Malgré tout, les « Convertis » Espagnols arrivés depuis peu dans la région, se réfèrent aussi au « Pugio Fidei » - ou, « Poignard de la Foi » - du XIIème siècle. Grâce à lui, ils élaborent les textes fondateurs de la Kabbale Chrétienne. Ils dissèquent les Vérités prônées par la religion de Jésus. Puis ils publient certains textes issus du Zohar qui se rapprochent de celles-ci ; tout en détruisant des centaines d’exemplaires du Talmud et en criant à l’imposture.

 

Ce sont ce genre de Convertis qui entourent Jean Pic de la Mirandole à Montpellier. Grâce à son soutien financier, ceux-ci traduisent en Latin plusieurs textes Kabbalistiques fondamentaux. Sur ses recommandations, certains – comme Flavius Mithidatès et Paulus de Heredia – rédigent la « Révélator arcanorum » - ou, « la Révélation des Mystères ». Ils y expliquent que le dogme de la Trinité est issu des Déclarations des Apôtres. D’autres recopient « l’Heptaplus » et les « Conclusiones kabbalistica » ; en les analysant, ils démontrent que leurs textes ont inspiré tous les auteurs de l’Académie de Florence, et que leurs dogmes se rattachent aux idéaux de Platon, d’Hermès Trismégiste, de Pythagore, et d’Orphée. L’un de ces derniers, Léon l’Hébreu – un des fils du grand Abrabanel – prétend même dans ses « Dialoghi d’Amore », que Platon a été un éminent Kabbaliste.

 

A suivre...