X1Johannes Reuchlin, lui, est assez mal renseigné sur les travaux des collègues de Pic de la Mirandole lorsqu’il compose son « De Verbo mirivico » - ou, « le Verbe qui fait des Miracles ». Dans l’un de ses chapitres, « De Arte cabalistica » - ou, « la Science de la Kabbale » -, il décrit en effet ce qu’est selon lui le véritable sens du pythagorisme. Il y associe le Pentagramme au nom de Jésus ; « le tétragramme rendu prononçable ». Et il y défend nombre de Livres Hébreux parce qu’il leur trouve davantage de signification que les Ecritures ou la scolastique d’Aristote.

 

Ce qui est alors surprenant, c’est que Johannes Reuchlin est bientôt soutenu par Paul Rici, un Converti qui est passé en Italie, puis en Allemagne, avant de s’être installé en France. Dès lors, ensemble – et malgré les critiques acerbes de leurs confrères -, ils adaptent le Verbo mirivico selon leur point de vue. Ils le publient avec le titre de « Shareei ora » - ou, « les Portes de la Lumière ».

 

Bientôt, ils s’associent à Petrus Galatinus – un Franciscain se prenant pour le pape Angélique annoncé par les Disciples de Joachim de Flore. Le trio examine le « Pugio Fidei » et se propose de traduire une nouvelle fois le Talmud, selon leurs propres convictions ; en se basant sur celui que le pape Léon X a fait imprimer par le Chrétien Daniel Bomberg. Ils agrémentent ainsi celui-ci du « Gale Razela » et de « De Arcanis catolicae veritatis » - ou, « les Mystères de la Vérité Catholique ». A son tour, le recteur de l’Ordre des Ermites de Saint Augustin Gilles de Viterbe, se met à les aider ; il fournit au groupe les idées du Dominicain Anius de Viterbe sur la Civilisation Araméenne à l’époque de Jésus. Et il les fait entrer en contact avec des savants Juifs habitant Narbonne et Pasquières, comme Elias Lévita.

 

Ainsi, c’est avec le concours d’hommes tels que Paul Rici, Petrus Galatinus, Gilles des Viterbe, et Elias Lévita, que Johannes Reuchlin traduit progressivement les principaux ouvrages Kabbalistiques lus en Occident. Il a alors l’impression de retrouver le véritable sens de la Philosophie dont Virgile a été le détenteur. Il publie d’ailleurs à son propos un traité personnel nommé « De Lieris Sanctis » - ou, « les Lettres Saintes ». Tandis que l’un de ses amis – Teseo Ambrigio », lui, édite peu après une « Introductio in chaldaicam liguam » - ou, « Introduction à la langue chaldaïque ».

 

Ce n’est qu’ensuite que Reuchlin rend public sa plus grande œuvre théosophique : le « Scechina ». A l’intérieur, il y révèle l’existence de la Kabbale au pape et à l’Empereur Germanique. De son coté, un de ses Initiés de fraîche date, le Franciscain François-Georges de Venise, diffuse « de Harmonia Mundi » et « Problemata ». Il achève donc de répandre l’usage de la Kabbale hors des frontières du royaume de France.

 

Car, un an plus tard, Archangelus de Bugonovo n’hésite pas à piller ses ouvrages, ainsi que ceux de Reuchlin. Il approfondit également deux séries de thèses écrites quelques années plus tôt par Pic de la Mirandole et ses amis. Il transmet ce qu’il en a appris à H.C. Agrippa ; lequel écrit à son tour « De Occulti Philosophia » - ou, « la Philosophie Occulte ». Et il en offre des copies à Joannes Pistorius, qui, lui, s’en inspire pour son « Artis cabalisticae hoc reconditae theologia et philosophia scripta » - ou, « la Bible de la Kabbale Chrétienne ».

 

A suivre...