X1Bourgogne, XVème siècle :

 

A la fin du XIVème siècle, Philippe II le Hardi, un Valois, fils du roi de France Jean II le Bon, pose les bases de l’Etat de Bourgogne : il reçoit ce duché, et épouse en 1383 Marguerite de Mâle, héritière de la Flandre, de l’Artois, d’Anvers et de Malines. Le duc transforme Dijon en résidence princière, rénove le palais ducal et y donne des fêtes qui servent son prestige. Il fait venir de nombreux artistes de Flandre : le sculpteur Claus Sluter se voit ainsi confier la décoration du palais d’été de Germolles et de la Chartreuse de Champmol, où le grand cloître reçoit en 1395 sa sculpture, le « puits de Moïse ». Accompagné de son chancelier, Philippe le Hardi se déplace d’une province à l’autre afin d’asseoir davantage son pouvoir et d’obtenir la fidélité des villes et des échevins.

 

Car, l’Etat de Bourgogne reste sans unité géographique ; il réunit des villes à l’esprit indépendant et des régions relevant, pour les unes, du roi de France, pour les autres, de l’Empereur Germanique, auxquels le duc doit l’hommage vassalique. De Bruges – Flandre occidentale – à Dole – Franche Comté -, du Hainaut – situé à la frontière franco-belge – au Charolais – Bourgogne -, les habitants ne parlent pas la même langue. Il faut doubler, à Lille et à Gand, les institutions – la Chambre du Conseil et la Chambre des Comptes -, qui ont leur siège à Dijon.

 

Son fils aîné, Jean sans Peur, qui lui succède à sa mort, en 1405, poursuit sa politique. Mais il décide de soutenir les Anglais contre le roi de France Charles VI, espérant ainsi profiter des crises du règne de celui-ci, alors atteint par la démence. Cette alliance lui vaut d’être assassiné en 1419 à Montereau par les Armagnacs, partisans du duc Louis d’Orléans. Philippe le Bon, le nouveau duc, recueille alors l’héritage de son père ; il lui donne bientôt, avec ses chanceliers, Jean de Thoisy et Nicolas Rolin, un exceptionnel éclat.

 

Au croisement des réseaux de la Baltique et de la Méditerranée, Bruges constitue en effet en 1420, le plus grand marché de l’Occident chrétien : dix-sept nations y ont établi leur comptoir. Les courtiers Van der Burse donnent leur nom à la « bourse » permanente qu’ils aménagent dans leur hôtel. L’opulence de la maison des Gruuthuse, qui ont le monopole de l’orge mondé indispensable aux brasseries, en dit long sur la richesse des notables.

 

Car, annexions, achats et politique matrimoniale font de Philippe le Bon le plus riche seigneur de l’Occident et l’entraînent dans des luttes de rivalités acharnées avec le roi de France Charles VII, successeur de Charles VI à partir de 1422. L’Etat bourguignon ne cesse de prospérer en dépit d’années cruelles où la peste sévit.

 

Le 7 Janvier 1430, Philippe le Bon épouse même en troisième noces Isabelle de Portugal. Négociants et armateurs de Bruges fêtent l’assurance de participer au florissant commerce portugais des épices. Ce même jour, à Gand, au château des comtes, le duc institue l’Ordre de la Toison d’Or, au Symbolisme éminemment Egyptien – qui regroupe autour de lui la haute noblesse de tous ses territoires – 24, 31, puis 51 Chevaliers, dont les comtes Guillaume et René d’Anjou - et devient le symbole de l’unité bourguignonne -, qu’il ne cesse désormais de célébrer par toutes sortes de cérémonies et de fêtes – joutes, passes d’armes, banquets – plus magnifiques les uns que les autres. Il le place sous la protection de Saint-André. Iil a l’intention affichée de restaurer par son intermédiaire les anciens idéaux Templiers de Fraternité Initiatique. Il décide que pour se reconnaître, chacun de ses membres devra désormais porter un collier d’or garni de briquets en forme de « B », auquel sera suspendu un Bélier d’Or. Il désire que sa devise soit : « Il frappe avant que la Lumière ne brille. ». Puis, en 1435, la paix d’Arras réconcilie temporairement Charles VII et Philippe le Bon, qui obtient une quasi-indépendance.

 

A la faveur de cette trêve, le commerce s’intensifie et les industries se développent , en particulier les industries de luxe comme l’orfèvrerie, la tapisserie, les objets d’art. En Bourgogne, la vigne donne des vins fins ; les salines du Jura en Franche-Comté enrichissent l’Etat, car un « droit de monseigneur » est perçu sur les ventes du sel.

 

A suivre...