X1Allemagne, XVème siècle :

 

A cette époque, c’est en Allemagne que s’éveille la pensée technique ; elle se tourne d’abord vers l’Art de la guerre et des sièges. Bien des machines qui figurent dans les traités de Kyeser ne sont pas destinées à être exécutées ; mais les progrès s’appliquent aux mécanismes de base – système bielle-manivelle, engrenages, pompes hydrauliques – qui permettent des développements ultérieurs.

 

La révolution culturelle qu’est l’imprimerie est préparée par le développement d’autres techniques, telles que la xylographie – gravure sur bois – et la métallographie – sur métal -, et conditionnée par la production de pâte à papier à base de chiffons broyés, remplaçant le parchemin. L’imprimerie voit donc le jour dans des centres métallurgiques.

 

L’essentiel de l’invention consiste à fabriquer des caractères mobiles dans un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine, fondus à partir de matrices gravées avec un poinçon d’acier. Ces caractères, précis et résistants, servent à composer des mots, phrases, rassemblées en pages sur un tableau de bois, la galée ; on encre la composition avec un tampon ; la presse à imprimer est mue par un chariot.

 

Gutenberg – 1400 – 1468 -, diamantaire et fabricant de miroirs, s’installe à Strasbourg, puis à Mayence ; il met son procédé au point en secret grâce aux capitaux d’un commanditaire, Johann Fust, mais celui-ci, l’accusant de ne pas tenir ses engagements, l’attaque en justice. Gutenberg perd son procès et doit abandonner son matériel. Il est remplacé par son associé, Peter Schöffer, qui exécute en 1455, le « Psautier de Mayence ».

 

Les livres imprimés par la suite sont écrits, pour les deux tiers, en latin, et la moitié d’entre eux traitent de sujets religieux. L’autre moitié est composée d’ouvrages de littérature générale, qu’il s’agisse d’auteurs anciens ou contemporains. Il y a aussi des ouvrages de morale, des romans de chevalerie et des traités scientifiques.

Bientôt, le livre évolue. Le petit format facilite la manipulation des ouvrages de piété, et le caractère romain détrône le gothique. La page de titre apparaît en 1480. Enfin, des vignettes illustrées et des planches gravées ornent les ouvrages grâce à cette autre invention de l’époque, l’estampe.

 

Outre l’imprimerie, quatre domaines sont surtout touchés par la révolution de la technique : le textile, la métallurgie, l’artillerie, l’architecture civile et militaire. Le textile, avec la fabrication des cotons, avec l’essor du tricot et la vogue de la soie, doit répondre à une demande croissante : le rouet se dote d’une pédale qu’actionne le système bielle-manivelle, une ailette imprime au fil une torsion supplémentaire ; tissage et cardage gagnent en qualité et en rapidité.

 

L’extraction du minerai et la métallurgie connaissent des bouleversements très importants : on apprend à s’enfoncer plus profondément dans les galeries grâce à des machines à pomper l’eau ; on construit des hauts-fourneaux de grande taille, actionnés par soufflerie hydraulique, capables de fournir 50 ou 100 tonnes de métal par an. A coté des métaux précieux tels que l’argent et le cuivre – exploités en Bohème – le « ressuage » permet de séparer le cuivre de l’argent -, on produit de la fonte et de l’acier, qui transforment les instruments de la vie quotidienne : clous, rasoirs, couteaux. Ces besoins nouveaux et le dynamisme des échanges donnent naissance à l’Industrie.

 

Vers 1480, le plus haut sommet de la chaîne du Hatz – le pic de Brocken – est réputé pour être le principal lieu de réunion des Mages de l’Empire. La rumeur populaire prétend en effet que lorsque ceux-ci s’y retrouvent, certaines nuits, on peut entendre le fracas provoqué par des armées mystérieuses, ou des processions de fantômes. On dit encore qu’ils s’y rencontrent plus souvent encore la semaine du Solstice d’Hiver, ou le soir du 1er Mai – au cours de la cérémonie des Walpurgis -. Ils se dépouillent alors de leur forme humaine, se métamorphosent en loups, puis entrent à l’intérieur des fermes pour y dévorer leurs animaux. On dit enfin qu’ils sont à même de susciter des intempéries phénoménales ravageant tout sur leur passage ; et que les Seigneurs Allemands les appellent à leurs cotés en temps de guerre pour cette raison.

 

A suivre...