X1A cette date, malgré les ruineuses guerres d’Italie, la monarchie se consolide. Le concordat assure au roi la nomination des évêques, sous réserve d’une confirmation par le pape. Cet accord est essentiel pour la monarchie, dans la mesure où il renforce l’autorité royale sur les dignitaires de l’Eglise.

 

En contrepartie, le souverain pontife obtient le rétablissement de l’impôt de l’annate, dû au Saint-Siège. Le découpage du territoire français en seize divisions et la création du Trésor de l’Epargne améliorent la collecte des impôts. Des mesures de restructuration remodèlent les frontières. La Bretagne est définitivement réunie au pays et les résistances féodales sont désarmées : le duché du connétable de Bourbon, passé au service de l’Empereur Charles Quint, est mis sous séquestre.

 

Des réformes judiciaires, puis l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui prescrit la tenue de registres civils et impose la langue française dans les actes judiciaires, confortent l’efficacité de l’administration royale. Au sommet de la pyramide, le roi gouverne avec un conseil restreint, distribuant ses faveurs aux bons serviteurs et éliminant les opposants – le trésorier Semblançay, puis le chancelier Poyet -. La fidélité à la monarchie se renforce et s’alimente dans la fierté patriotique. La France, qui compte près de 18 millions d’habitants, a la plus importante population d’Europe.

 

Grâce à l’édit de Villers-Cotterêts et à l’essor de la littérature, la langue d’oïl – du Nord – supplante la langue d’oc – du Sud – et devient celle de tous les Français. Une politique de prestige sert la gloire royale et étale les signes de prospérité – construction de châteaux, déplacements du roi, fêtes -. François Ier, que le mémorialiste Brantôme désigne comme le « père et le vrai restaurateur des arts et lettres » confie à l’humaniste Guillaume Budé la création de la Bibliothèque Royale – future Bibliothèque Nationale -. Le roi fait également copier des manuscrits à Venise et fonde le collège trilingue – futur Collège de France. Il s’entoure d’une cour brillante et accueille des poètes comme Mellin de Saint-Gelais et Marot, auxquels il donne des offices, c’est à dire des fonctions permanentes et stables. La sœur de François Ier, Marguerite de Navarre, de deux ans son aînée et auquel elle est très attachée, quant à elle, est très cultivée et d’esprit fort libre. Elle protège les écrivains, les humanistes et les réformés. Elle fait d’ailleurs de la ville de Nérac un foyer de culture néoplatonicienne – philosophie à tendance mystique.

 

Cependant, le fossé se creuse entre les riches et les pauvres, entre les villes et les campagnes, entre les érudits et les illettrés : 85 % des Français sont des paysans, mais la production agricole, basée essentiellement sur la polyculture et les céréales, est faible – 5 quintaux à l’hectare -, et la pénurie, fréquente. Par contre, l’horticulture progresse, avec la culture des carottes, des betteraves, des artichauts, des melons – importés d’Italie -, des choux fleurs et des mûriers – ces deux derniers venant d’Orient. L’Amérique envoie bientôt maïs, haricots blancs et tabac. Les villes, qui demeurent très exposées aux épidémies de peste et qui abritent beaucoup de mendiants, dépendent de la campagne proche pour leur alimentation. Aussi, les tensions n’y sont pas absentes : une crise de valeurs, le besoin de réformes et l’inquiétude religieuse perturbent les esprits.

 

 

En 1540, Copernic est le premier à ouvrir une brèche scientifique dans le système des croyances communément admises : il soutient, sans la démontrer, l’idée que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse.

 

En 1540 encore, Catherine de Médicis et la reine Anne de Bretagne introduisent les usages policés de la vie aristocratique à l’italienne. Des cours brillantes se constituent ainsi autour de quelques femmes qui accueillent artistes et poètes. Louise Labé et Pernette du Guillet brillent à Lyon, Renée de France, duchesse de Ferrare, reçoit le poète Clément Marot, et Margueritte de Navarre, sœur de François Ier et écrivain, elle même, fait de sa cour l’un des foyers de l’Humanisme.

 

Pourtant, une controverse poétique oppose apologistes et détracteurs de la femme. Les premiers croient, avec Héroet, qui écrit « la Parfaicte Amye », à l’amour idéal et à la femme élue. Les autres, avec La Borderie, auteur de « l’Amye de Court », en dressent un portrait-charge de futile coquette avide d’hommages et de cadeaux.

 

Et, un peu plus tard, sept poètes réunis autour de Ronsard – Peletier du Mans, du Bellay, de Baïf, Belleau, Jodelle et Pontus de Tyard – se donnent pour titre de « Pléiade », en référence à sept poètes Grecs qui ont déjà pris ce nom au cours de l’Antiquité. Ils n’écrivent pas pour le grand public mais pour quelques lettrés. Malgré tout, grâce à ce travail de normalisation du français qu’ils entreprennent et à l’attention qu’ils portent à cette langue, leur œuvre marque la véritable fondation de la littérature française. Ils puisent leur inspiration dans le lyrisme antique et sont ouverts à toutes les recherches de l’Humanisme comme l’inspiration philosophique de l’école lyonnaise.

 

A suivre...