X1Angleterre, première moitié du XVIème siècle :

 

En 1516, un collège trilingue, consacré aux « Belles Lettres », le « Corpus Christi », est fondé à Oxford. L’initiateur de ce genre d’études est John Colet, qui, dans son école de Saint-Paul, fait un cours sur les Epîtres.

 

Toujours en 1516, après être entré au Parlement en 1504 et avoir courageusement pris position contre les excès de la fiscalité royale, Thomas More publie « Utopie ». Pour ce grand lecteur des auteurs anciens, ami d’Erasme, la pensée humaniste ne peut s’épanouir que sous l’éclairage de la révélation chrétienne. Lui même affirme sa confiance dans la perfectibilité de l’homme. Son « Utopie » repose sur sa double expérience de juriste et d’homme politique. Le livre se divise en deux parties. La première décrit les injustices et les désordres de l’Angleterre, où les terres communales sont retirées à leurs propriétaires pour être données aux favoris, et où les grands encouragent cette « conspiration des riches contre les pauvres ». La seconde partie offre la vision d’une cité idéale, en paix avec elle même et avec les autres : l’île d’Utopie – « nulle part », en grec -.

 

Dans ce pays idyllique, l’égalité est totale, l’argent, aboli, la noblesse, supprimée et les richesses sont propriétés de l’Etat. Six heures par jour de travail suffisent à faire régner la prospérité. Lever à 4 heures du matin, coucher à 8 heures du soir. L’Etat est une sorte de fédération démocratique. Le gouvernement est aux mains du prince Utopus, qui demeure soumis au peuple. La famille est la cellule de base de la société : les filles s’y marient à dix-huit ans, les garçons à vingt-deux. On s’épouse par inclination, et les fiancés ont le droit de se voir avant le mariage, sous la surveillance d’une matrone. L’adultère est un crime puni de mort, mais les conjoints mécontents peuvent divorcer après enquête. Les tâches sont partagées entre époux ; mari et femme ont une même autorité sur les enfants. Enfin, un Utopien victime d’une maladie incurable peut abréger ses jours par le suicide.

 

Le Christianisme commence seulement à pénétrer en Utopie. Si le fanatisme et l’intolérance sont proscrits, les Utopiens ont le devoir de pratiquer leur Religion. Brève, satirique, parfois dramatique, l’œuvre annonce un genre qui va être très apprécié à partir de la Renaissance.

 

C’est dans l’atelier paternel que le peintre, dessinateur et graveur Hans Holbein commence son apprentissage. En 1519, il s’installe à Bâle ; il est accueilli par la corporation des peintres de la ville. Mais les luttes religieuses n’y favorisent pas le développement des arts. Aussi, après une série de voyages, Holbein décide t’il de s’établir en Angleterre.

 

La première année est difficile car son protecteur – Thomas More – est en disgrâce. C’est auprès de ses compatriotes, des marchands allemands, que Holbein trouve sa première clientèle : ces commerçants commandent leur portrait au peintre afin de l’envoyer à leur famille, dont ils restent souvent séparés pendant de longues années. Bientôt cependant, Holbein est de nouveau en contact avec la cour : il réalise le portrait d’Anne Boleyn. Il gagne l’estime du roi. Cette faveur insigne n’est pourtant pas sans risque : après la mort de Jeanne Seymour, Holbein est envoyé de cour en cour faire le portrait des épouses potentielles. Le roi rêve pendant six mois devant celui d’Anne de Clèves, mais à l’arrivée de la jeune file en Angleterre, sa déception est si grande qu’il s’en faut de peu qu’il ne fasse arrêter Holbein pour haute trahison.

 

Henri VIII apprécie les qualités de Thomas More et lui donne les moyens de mener une brillante carrière : fait chevalier, il est élu « speaker » - président – de la Chambre des Communes. En 1529, il accepte la fonction de chancelier ; mais il reste un catholique convaincu et désapprouve le divorce du roi : celui-ci le fait exécuter.

 

Henri VIII est d’un redoutable machiavélisme ; son esprit est capricieux, autoritaire et parfois impitoyable. Et la prétendue nécessité d’avoir un héritier mâle et une violente passion pour Anne Boleyn le poussent à répudier sa première femme, Catherine d’Aragon, tante de Charles Quint, dont il n’a qu’une fille, la future Marie Tudor. Despote conjugal et politique, le roi supporte mal toute velléité de résistance ; aussi, reines et ministres ont tout à craindre de ses terribles colères.

 

D’ailleurs, la crise matrimoniale et la politique religieuse d’Henri VIII sont étroitement liées. En 1529 toujours, le pape Clément VII rejette l’annulation du mariage avec Catherine d’Aragon. Devant ce refus, Henri VIII se fait d’abord reconnaître chef de l’Eglise d’Angleterre, puis, désirant à tout prix se séparer de la reine, fait prononcer son divorce, le 23 Mai 1533, par l’archevêque de Canterbury, Thomas Cramer, et épouse Anne Boleyn. Face à cet acte d’insubordination, Clément VII réplique avec une excommunication du roi, le 23 Mars 1534.

 

La rupture avec Rome est effective : en Novembre, l’Acte de suprématie donne officiellement au souverain le titre de chef suprême de l’Eglise d’Angleterre ; Henri VIII détient désormais le pouvoir de préciser la doctrine, de punir l’hérésie et même de sanctionner les membres de l’Eglise « anglicane ». S’appuyant sur la tradition anticléricale qui s’exerce volontiers contre les moines, il décide en 1536 de dissoudre les monastères et de confisquer leurs biens, pour le grand profit de la Couronne et de quelques uns de ses fidèles serviteurs. Généralement bien accueillie, cette politique doit néanmoins réprimer la même années une opposition catholique des provinces du Nord. Cependant, il s’agit alors simplement d’un schisme : les « six Articles » de 1539 conservent en effet l’essentiel du catholicisme – le dogme, la hiérarchie et la liturgie -. Le passage de l’Angleterre à la Réforme est plus tardif.

 

A suivre..