X1Pour Chah Abbas 1er le Grand, le pouvoir des Séfévides se stabilise et l’Iran se donne des frontières stables.

 

L’Etat ressemble fort à celui des Ottomans. Comme chez ces derniers, le pouvoir est un lieu de grandes rivalités ; celles-ci se manifestent souvent par des meurtres, car les prétendants au trône prennent vite l’habitude d’éliminer les autres héritiers mâles, frères ou fils de femmes du harem. Comme les Ottomans encore, les souverains Séfévides s’entourent de nombreux esclaves convertis à l’Islam, qui forment la garde personnelle du chah, ainsi que l’armée, et parmi lesquels sont recrutés les hauts fonctionnaires.

 

Le monarque Séfévide cultive cependant le particularisme iranien dans le domaine religieux en imposant sa version du dogme musulman, ce chiisme duodécimain que la population a facilement adoptée. Il fait venir des théologiens, poursuivis dans d’autres pays musulmans, qui diffusent, depuis Ispahan, la doctrine chiite, alors minoritaire. Car, pour lui, le Cycle de la prophétie divine n’a pas été totalement clos par la mort du Prophète Mahomet. Les imams, ses successeurs, sont dotés d’un pouvoir charismatique qui les autorise à interpréter la volonté divine. Les fidèles attendent le retour du douzième imam, qui n’est pas mort mais a seulement été caché depuis le Xème siècle.

 

Dès lors, les chiites persécutent volontiers les autres musulmans, qu’ils soient sunnites ou adeptes d’autres écoles de l’Islam. Ces persécutions ont cependant un revers positif car, en contraignant à l’exil une partie des élites intellectuelles et religieuses, le souverain Séfévide contribue involontairement à la diffusion de leur culture irano-persane. De nombreux chefs spirituels, poètes et médecins vont ainsi créer en Inde des foyers de Civilisation musulmane, fortement marqués par le chiisme iranien. Ainsi, le persan influence largement la formation de l’hindoustani.

 

Toujours à cette date, les Iraniens de Chah Abas jouent à un sport qui se pratique à cheval et qui oppose deux équipes de quatre cavaliers. Les joueurs essaient de marquer le plus de buts possible en frappant, à l’aide d’un maillet, une balle de bois qu’ils doivent envoyer entre deux poteaux. Plus le maillet est court, plus les coups sont précis, mais l’adresse su cavalier est alors encore plus sollicitée, car le joueur doit littéralement plonger sur la balle.

 

Le choix des chevaux est l’un des facteurs essentiels de succès : ils doivent être vifs, rapides et endurants.

 

Dans cette région auparavant marquée par les spécificités régionales et les luttes tribales, Abbas réussit désormais à imposer une centralisation de l’Etat. Sous son règne, les arts et les lettres sont à l’honneur, et l’art de la miniature connaît une période faste. L’Iran Séfévide devient également une grande puissance commerciale. Elle entretient avec l’Europe un important trafic, essentiellement constitué de cette soie qu’apprécie tant l’Occident. Le chah Abbas s’assure pour cela le contrôle du golfe Persique où, en plus du port de Bandar Abbas nouvellement construit, les Iraniens s’emparent de celui d’Ormuz en en chassant les Portugais, avec l’aide des Anglais. C’est de cette manière que les Séfévides montrent qu’un sentiment national puissant, fortifié par le particularisme religieux, peut exister en Iran.

 

A suivre...