X1Le roi Sébastien, qui monte sur le trône, est un jeune homme fragile, mystique, exalté et souvent irresponsable. Seuls les exploits de chevalerie le captivent, et la croisade le passionne. Renonçant à la sage politique de ses prédécesseurs, il veut relancer l’aventure marocaine de ses ancêtres. Philippe II d’Espagne, son oncle, tente de l’en dissuader, mais le jeune roi s’accroche à ses rêves et, durant des mois, il prépare l’expédition. Grégoire XIII lui accorde la bulle de croisade, et les seigneurs portugais se laissent gagner par son ivresse.

 

En 1578, tout est enfin prêt : la flotte, avec un équipement important, largue le 25 Juin, dans une atmosphère de fête. Le 7 Juillet, elle aborde Tanger, et l’armée se transporte jusqu'à Arzila. Le chérif Abd el-Malek, mis au courant des mouvements de l’expédition, mobilise ses troupes et proclame la guerre sainte. La rencontre des deux armées à lieu le 4 Août, à Alcaçar-Quivir. Les Portugais sont épuisés par une longue marche sous la chaleur ; les Maures, dotés d’une excellente cavalerie et d’arquebusiers andalous expérimentés, chargent de toutes parts. Le roi disparaît dans la tuerie ; 20 000 chrétiens sont prisonniers des infidèles.

 

Le désastre d’Alcaçar-Quivir laisse le Portugal exsangue : bijoux et pierres précieuses prennent le chemin du Maroc et d’Alger pour payer les rançons. La route du commerce perd quelques uns de ses relais africains importants. Le pays est privé de ses élites sociales ou politiques, et la mort du roi ouvre une dramatique crise de succession, car Sébastien ne laisse aucun héritier direct. Le trône échoit donc à son oncle, le cardinal Henri, un vieil homme de soixante-cinq ans, podagre et phtisique. Certains envisagent même de demander au pape la permission de le relever de ses vœux pour le marier.

 

Après la mort du jeune roi Sébastien, le peuple lusitanien élabore un mythe autour du souverain disparu. Son corps n’ayant jamais été retrouvé, certains disent que, blessé, il a pu être recueilli et soigné, et qu’il ne va pas tarder à revenir.

 

De fait, plusieurs faux Sébastien se manifestent, surtout dans les campagnes, et certains s’entourent d’une véritable cour. Mais l’imposture la plus incroyable a lieu à Venise, en 1598. Un jeune homme parvient à convaincre les Portugais en exil qu’il est le roi disparu, revenu d’un voyage de pénitence. Démasqué en Espagne, il avoue son imposture et il est pendu. Malgré tout, le mythe sébastianiste revient à plusieurs reprises, révélant ainsi les aspirations du petit peuple, qui reste toujours très attaché à la dynastie portugaise.

 

Par ailleurs, les prétendants à la couronne ne manquent pas. La duchesse de Bragance, arrière petite fille de Manuel Ier par une branche aînée, fait valoir ses droits. De retour d’Alcaçar-Quivir, où il a été retenu prisonnier, Antonio, prieur de Crato et fils naturel du populaire Infant Louis – le frère de Jean III – se propose comme candidat. Enfin, Philippe II, dont la mère est une petite fille de Manuel Ier, manifeste son désir d’hériter du trône portugais. Par l’intermédiaire de ses diplomates, il prend contact avec les prélats, seigneurs et hauts fonctionnaires du royaume, alléguant qu’il est aussi aventureux de confier le pays à une femme qu’impie de l’offrir à un bâtard. En contrepartie, il s’engage à respecter les prérogatives portugaises.

 

Les esprits sont donc divisés quant au choix du souverain. Antonio est chassé hors du royaume par le cardinal-roi, qui refuse d’envisager sa mort prochaine. En outre, celui-ci, sous la pression des hommes de Philippe II, renonce à défendre la candidature de la duchesse de Bragance. Une guerre des nerfs commence, car le roi d’Espagne amasse des troupes dont nul ne sait si elles sont destinées à un raid sur Alger, à une attaque contre l’Angleterre ou à l’invasion du Portugal. Le petit peuple soutient Antonio, tandis que seigneurs sont conscients du poids économique et politique de l’Espagne.

 

A suivre...