X1Après la mort du cardinal Henri, en Février 1580, Philippe II, fort de ses droits imprescriptibles, se proclame roi du Portugal dès le mois d’Avril. Il prend ainsi de vitesse les Cortes. Refusant l’arbitrage pontifical, il renouvelle sa promesse de respecter la souveraineté nationale et répond même par quelques mots de portugais aux hommages de ses nouveaux sujets.

 

Mais Antonio, le prieur de Crato, ne se résignant pas à renoncer au trône, rassemble quelques troupes de mécontents. Pour les Espagnols, qui ont la meilleure armée du Monde, cette guerre ressemble à une promenade militaire. Les régiments, sous le commandement du vieux duc d’Albe, passent la frontière près de Badajoz ; les forteresses se rendent sans combat, et le chemin de Lisbonne est ouvert, alors que les bateaux apparaissent à l’embouchure du Tage. Dans le camp des rebelles portugais, mal équipés, les défections succèdent aux trahisons. L’affrontement a lieu près du pont d’Alcantara et dure seulement quelques heures : le soir même, la capitale, désertée à cause de la peste, se rend, et les vainqueurs lui épargnent le sac.

 

Le prieur de Crato s’enfuit et se fait proclamer roi le 19 Juin, mais sa tète est mise à prix. A Porto, Antonio, suivi d’une poignée d’hommes armés de fourches et de pieux, tente de réorganiser la lutte, mais en vain car ses appuis dans le peuple ne peuvent résister aux pressions économiques et politiques. En 1581, il parvient à quitter le Nord du pays grâce à l’aide des Anglais.

 

Le Portugal, sous la domination de Philippe II, garde intact les rouages de son administration ; les Indes et le Brésil se rallient également à leur nouveau souverain. L’intermède espagnol commence.

 

 

Espagne, seconde moitié du XVIème siècle :

 

Le royaume d’Espagne a des dépenses militaires considérables. Une armée aux Pays-Bas, une flotte en Méditerranée, des garnisons en Milanais, des places fortes sur les côtes, tout cela représente des frais colossaux, et la Couronne frôle à trois reprises la banqueroute, malgré l’or des Amériques. C’est à partir de 1551 qu’arrivent les plus grandes quantités de métal précieux. Quand le flux d’or commence à diminuer, l’argent du Pérou, qui provient des mines du Potosi, prend le relais.

 

Ces quantités considérables de métaux précieux, débarquées à Séville, frappent les imaginations. Pourtant, la ville n’est pas au bord de la mer, ce qui oblige les bateaux à remonter le Guadalquivir. Mais l’or et l’argent du Nouveau Monde achètent à n’importe quel prix les denrées dont ont besoin les gens ; métaux précieux, produits manufacturés, tout transite par Séville. Sa noblesse est une des plus riches du pays, et des marchands de toute l’Europe s’y côtoient. L’or et l’argent des colons profitent directement au royaume, et les palais de l’Estrémadure, de Séville, de Salamanque et de Valladolid portent la marque de cette fabuleuse richesse. Hidalgos et bourgeois ont un train de vie princier, engagent une domesticité toujours plus nombreuse et s’entourent d’objets d’arts. La Castille devient un pays d’étudiants, de clercs, de juristes et d’artistes, qui délaissent les métiers manuels, confiés à une main d’œuvre immigrée ; la riche Espagne préfère importer les biens dont elle a besoin plutôt que de les fabriquer.

 

Mais, pendant que quelques uns s’enrichissent outrageusement, les pauvres prolifèrent et certains, tombant dans la criminalité, menacent l’ordre public. Ce sont les « picaros », ces « oisifs professionnels » qui exploitent les failles de la société en vivant d’expédients. De graves difficultés gangrènent la richesse de la Péninsule : la crise inflationniste et les mauvaises récoltes entraînent bientôt l’Espagne vers son déclin.

 

Car, le royaume d’Espagne, d’abord épargné par la crise économique – malgré ses banqueroutes successives – grâce à des banquiers lui accordant des prêts garantis sur l’or et l’argent des Amériques, ne parvient bientôt plus à rembourser ses dettes. En effet, lorsque cette manne commence à être moins abondante, l’Espagne – dont la balance commerciale est déficitaire et le système de crédit affaibli – subit la crise.

 

A suivre...