X2D’autre part, l’Espagne est voisine de pays touchés par le protestantisme. En France, le Calvinisme progresse, et, en Angleterre, Elisabeth Ière, qui succède à la catholique Marie Tudor, est décidée à rompre avec Rome. Philippe II, inquiet de cette diffusion des idées réformées, durcit sa politique, et les protestants sont arrêtés à Valladolid, à Zamora et à Séville. Aux Pays-Bas, qui sont sous domination espagnole, la situation est explosive. Le roi a confié le gouvernement de cette province à Marguerite de Parme et il a obtenu du pape une bulle qui introduit dans les Flandres les règles de l’Inquisition espagnole. Dissidences religieuses et revendications politiques se mêlent alors étroitement, et le mécontentement grandit chez les patriotes flamands, qui trouvent un chef en la personne de Guillaume d’Orange.

 

En 1566, couverts de haillons à la manière des gueux, ils se réunissent pour un banquet au cours duquel ils présentent un cahier de doléances réclamant la suppression de l’Inquisition. Mais la manifestation est débordée par une aile populaire dont les revendications sont avant tout sociales, et Philippe II se décide à réagir en confiant les Flandres au duc d’Albe. Cet homme intolérant de soixante ans, formé à la croisade contre l’Islam, et sûr de son bon droit, emploie la manière forte. Le 9 Septembre 1567, tandis que les grands seigneurs sont arrêtés et une juridiction d’exception, le « tribunal du sang », mise en place, Guillaume d’Orange doit prendre la fuite. Quand, en 1568, les comtes d’Egmont et de Hornes sont exécutés à Bruxelles, tout espoir de compromis disparaît et la guerre des Pays-Bas s’engage.

 

 

Italie, seconde moitié du XVIème siècle :

 

En 1555, alors que la Contre-Réforme bat son plein, une certaine méfiance se fait jour à l’encontre de la Kabbale ; ce qui n’empêche pas certains auteurs de continuer d’éditer d’importants ouvrages concernant l’Esotérisme Chrétien. Par exemple, Laurent de Brindes s’associe avec Joannes Pistorius et s’enthousiasme en découvrant ses secrets. Le cardinal Federigo Borromeo – le fondateur de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan -, s’il publie le « De cabalisticis inventis » - ou, « les Inventions des Kabbalistes » -, collectionne également nombre de textes obscurs par l’intermédiaire des scriptores de la Bibliothèque Vaticane. Plusieurs Convertis travaillent à « la Casa dei neofit » - ou, « la Maison du Néophyte ». A. Findi édite son « Oedipus gyptiacus », dans lequel il propose des explications en ce qui concerne les Mystères Egyptiens. L’Evêque Joseph Ciantes, qui a traduit Saint-Thomas en Hébreu, tente de prouver les Enigmes de la Trinité et de l’Incarnation en s’appuyant sur la Kabbale. Et G. Bartolocci enfin, lui, collabore à la fameuse « Bibliotheca magna rabbicana ».

 

A partir de 1560, Rome n’est plus cette Babylone de perdition qu’ont tant vitupérés Savonarole et Luther ; elle retrouve prestige et majesté. Les papes sont en effet désormais soucieux de faire rayonner le catholicisme ; ils embellissent « le domicile de la Chrétienté » et font progresser les réformes.

 

Ces papes sont aussi les chefs d’un Etat qui, comme les autres Etats de la péninsule italienne, manifeste sa volonté centralisatrice. Aux cotés du souverain pontife, le « cardinal-neveu » fait office de Premier ministre, et les hauts fonctionnaires sont des ecclésiastiques dociles, tout dévoués au Saint-Père.

 

Œuvre de Sixte Quint, les congrégations romaines gèrent la vie temporelle de l’Etat : le ravitaillement, la police, les routes, la fiscalité. Il faut lutter contre le banditisme pour protéger les pèlerins et mater les révoltes paysannes, provoquées par la disette. Mais ces congrégations ont aussi des pouvoirs spirituels : elles font appliquer les décrets du concile de Trente et veillent à l’orthodoxie. C’est que, depuis la rupture entre les Eglises, chacune d’elles a redéfini sa doctrine. Réorganisée par le concile de Trente, l’Eglise catholique et romaine a mis en place un système autoritaire et hiérarchique, où l’autorité épiscopale exerce un contrôle étroit sur les activités des clercs et des laïques.

 

Par ailleurs, le catéchisme officiel est publié sous le pontificat de Pie V. Missel, bréviaire et martyrologe sont rénovés. Avec le concours des bénédictins, Sixte Quint fait établir une nouvelle édition en latin de la Bible à partir de la Septante ; elle remplace celle de Saint-Jérôme. Mais le travail, hâtif, ne satisfait pas les exégètes, et il est repris sous Clément VIII. La Bible sixto-clémentine paraît.

 

En même temps, des conflits de juridiction peuvent naître, du fait de l’intrication entre pouvoir religieux et pouvoir civil, à propos de la propriété ecclésiastique, de la fiscalité ou du statut des prêtres. Ces tensions deviennent parfois de véritables conflits entre Rome et les Etats : ainsi, Paul V excommunie le doge et le sénat de Venise.

 

Pourtant, l’autoritarisme pontifical et les résistances qu’il rencontre n’empêchent pas l’Eglise de poursuivre avec succès, dans les diocèses d’Italie, la mise en œuvre des réformes du concile de Trente. Elle est servie, en cela, par des prélats d’exception, qui font entrer dans la réalité une Eglise « virtuelle », redéfinie à la fin du concile, en 1564.

 

C’est ainsi que l’archevêque de Milan, Charles Borromée, mène de 1565 à 1581 une action exemplaire – consignée dans ses « Actes de l’Eglise de Milan » - en ce qui concerne la formation des prêtres, l’organisation des séminaires, l’obligation de résidence, l’instruction des fidèles, la tenue de registres paroissiaux, les visites pastorales, l’œuvre législatrice, la réunion de conciles provinciaux et de synodes diocésains. D’autres figures de saints viennent enrichir la spiritualité catholique : Philippe Néri, qui crée à Rome l’Ordre de l’Oratoire, et propose une formule inédite, entre le cloître et le Monde ; ou Joseph Calasanz, qui se consacre à l’éducation des enfants pauvres de Rome, et organise les premières écoles populaires gratuites, les écoles « pies ».

 

En Musique, c’est au cours de leurs 24ème et 25ème sessions que les Pères du concile de Trente mettent en cause la musique religieuse. Ils accusent les chants fugués de ressembler à des « grognements inaudibles », voire à des miaulements de chats. Face à ces critiques, l’archevêque de Milan, Charles Borromée, fait appel au maître de chapelle de Sainte-Marie-Majeure, Palestrina. Ce dernier rend bientôt à la musique « à capella » limpidité et intelligibilité. Sa célèbre « Messe du Pape Marcel » à six voix, exclut toute fioriture, en déployant une harmonie et une clarté absolument neuves, tandis que le style noble de ses motets prend des inflexions chaleureuses et sensibles.

 

Malgré tout, plusieurs formes de contestation s’efforcent de briser le carcan de l’autorité. Contestation politique, comme à Venise, où le théologien officiel, Sarpi, publie un pamphlet contre l’autorité du pape. Controverses théologiques : Baïus soutient que le péché originel a mutilé la nature humaine, tandis que les jésuites Lessius et Molina enseignent qu’il l’a seulement privée de la grâce surnaturelle. Critique philosophique, enfin : l’essor de la science favorise le progrès de la raison et entraîne les hommes à douter du droit de l’Eglise à détenir seule la vérité.

 

Et au cours de son pontificat, l’objectif de Grégoire XIII est de rétablir la concordance entre année liturgique et année civile. En effet, le calendrier Julien – en vigueur depuis l’Antiquité – fixe l’année à 365 jours un quart, ce qui donne une année bissextile tous les quatre ans. L’année astronomique étant, en fait, de 365 jours, 5 heures et 48 minutes, il en résulte un décalage croissant, qui atteint dix jours à cette époque.

Pour corriger cet écart et pour serrer de plus près la réalité, le pape décide de retrancher de dix jours à l’année en cours, et de supprimer trois années bissextiles séculaires sur quatre : on ne conserve plus comme séculaires que les années 1600, 2000, 2400…

 

Le calendrier grégorien est mis en place le 4 Octobre 1582. Désormais, en Europe, il faut que tous les pays catholiques fêtent Noël à la même date.