X1Vers 1590, le nouveau visage de l’Eglise catholique se lit également dans l’art. La pudibonderie qui a voilé les nudités de la Chapelle Sixtine fait désormais place à un « dirigisme esthétique » qui s’appuie sur les règles du concile de Trente : la puissance et la beauté doivent être au service du dogme et permettre le déploiement solennel de la liturgie. Consacrée, l’église romaine de Gesù – la première de l’Ordre Jésuite – en est l’illustration : la nef spacieuse et claire, à l’acoustique soignée, la chaire monumentale, l’autel brillant d’or et de marbre, sont conçus pour que les fidèles méditent sur la grandeur du mystère sacré.

 

Désormais, deux styles se partagent l’architecture des temps nouveaux. Le premier, sobre et harmonieux, obéit aux règles classiques formulées par Palladio, que Fontana exploite bientôt pour Sixte Quint. Le second met l’accent sur le mouvement, l’émotion, l’expressivité qui avivent la ferveur religieuse : il s’agit d’un art baroque, où la profusion de statues et d’images tourbillonnantes exprime la gloire de l’Eglise triomphante, et qui réussit une synthèse remarquable entre vitalité et harmonie, mouvement et équilibre.

En 1591, la Peinture, l’esthétique maniériste devient intensité dramatique chez Tintoret ; la gamme claire de Véronèse et la vérité expressive des Carrache tendent à un art contrôlé.

 

Refusant le monde clos d’Aristote, et adepte des théories de Copernic, Giordano Bruno paie de sa vie sa conviction que l’infini recèle une pluralité des mondes. Jugé en 1592, il est bientôt brûlé vif.

Pour Tommaso Campanella, auteur de l’essai utopiste « la Cité du Soleil », les sens sont la seule voie d’accès à la connaissance. Ayant proposé une explication du monde empreinte de magie, et surtout l’instauration d’une religion universelle unique, il passe vingt-sept ans de sa vie en prison.

 

 

France, seconde moitié du XVIème siècle :

 

En 1555, la campagne commence à se modifier insensiblement, car, si la culture des céréales demeure l’activité prédominante, d’autres productions commencent à se développer. Dans le Sud du pays, on se consacre aux cultures mixtes en plantant côte à côte vignes et oliviers. Dans le Nord, on découvre la culture industrielle avec le lin dans les Flandres, la chanvre en Bretagne et le pastel sur les bords des l’Atlantique. Des terres supplémentaires sont ouvertes à l’agriculture grâce aux polders, aux digues et au traditionnel défrichement. De nouvelles espèces végétales, venues d’Amérique ou d’Orient, apparaissent sous nos climats : haricots blancs, maïs, tomates, sarrasin.

 

Le transport par route, sur des chariots, permettent de couvrir trente à quarante kilomètres par jour. Mais, pour les marchandises, on utilise de préférence les transports par voie fluviale, et l’importance de l’axe constitué par le Rhin, le Rhône, la Meuse et l’Escaut contribuent au développement des villes qu’ils traversent : à l’embouchure de l’Escaut, Anvers en offre un exemple impressionnant.

 

L’industrie est également en plein essor. Le textile bénéficie des progrès des moulins actionnés mécaniquement, et la métallurgie profite du rendement des hauts fourneaux. L’imprimerie, la verrerie et les industries de précision ne sont pas en reste et favorisent aussi l’expansion des villes à coté desquelles elles sont implantées. Enfin, l’usage de la monnaie se généralise, même si les campagnes restent encore fidèles au troc.

 

L’activité n’est pas uniforme et dépend de la conjoncture politique. La France profite de la paix avec l’Italie du Nord, mais ne peut commercer avec les Pays-Bas, qui souffrent de la répression religieuse des Espagnols.

En même temps, de nouveaux réseaux d’échanges se mettent en place, et le trafic maritime sur l’Atlantique, puis sur le Pacifique, vers l’Extrême-Orient, ne cesse de se développer. La France – de même que le reste de l’Europe – importe par cette voie des perles, du sucre, de l’indigo, du bois de teinture, de la cochenille et des épices. Mais ce sont surtout les métaux précieux d’Amérique, l’argent en particulier, qui, grâce à leur forte valeur sous un faible volume, suscitent l’intérêt des marchands.

 

Mais, malheureusement, avec l’entrée dans les guerres de Religion, la France voit s’achever cette période de prospérité dès 1559. Elle s’enfonce ensuite dans une ère beaucoup plus sombre, où la croissance tend à s’essouffler. Le pays connaît une flambée des prix aux causes multiples. Les oscillations climatiques de la décennie provoquent de mauvaises récoltes, des négociants font faillite, les paysans se révoltent contre le poids accru de l’impôt.

 

Toutes ces perturbations rompent les grands équilibres économiques, provoquant une crise qui présente plusieurs aspects. Né du commerce, le « capitalisme » est fortifié par la croissance de l’Etat. Or les dépenses de celui-ci sont essentiellement somptuaires, et les guerres qu’il mène interrompent le cours normal du commerce, accroissent fortement son endettement, et entraînent aussi de nombreuses faillites privées. De plus, le marché de l’argent est encore étroit, et le système bancaire, particulièrement vulnérable. Avant la création des banques publiques, les clients retirent en effet leurs dépôts à la première menace.

 

A Lyon, où une « Aumône Générale » est fondée pour aider les miséreux, est en proie aux « rebeynes » du peuple, qui se révolte contre la cherté du pain. Paris ne connaît pas les mêmes convulsions sociales que Lyon, mais les violences religieuses ne cessent d’y accroître le nombre des vagabonds et des déracinés sans emploi. Dans toutes les provinces françaises, des bandes armées terrorisent les populations.

 

Sous le règne d’Henri III, le roi cherche à rétablir l’ordre par des ordonnances et des règlements de police, qui organisent l’ouverture des marchés et l’administration des hôpitaux.

 

Lorsque François II devient roi en 1559, le protestantisme est déjà bien implanté. Mais, comme l’unité du royaume est forte, les tensions liées à l’existence de deux confessions ne peuvent se résoudre selon le principe allemand, qui donne à chaque unité territoriale la religion de son souverain local.

 

Or, réformés et catholiques ont chacun à leur tète des grands du royaume, dont certains, d’un coté comme de l’autre, sont liés à la Couronne de France par le sang. Les protestants ont avec eux le Bourbon Louis, prince de Condé, ainsi que les Coligny, comme François d’Andelot. Les Guises, oncles de Marie Stuart, l’épouse de François II, sont quant à eux les chefs intransigeants du parti catholique. François de Guise est couvert de gloire – il a défendu Metz et repris Calais aux Anglais – et son frère Charles, le cardinal de Lorraine, est à la tète des finances du royaume. Véritables maîtres de l’Etat, ils accentuent encore la politique répressive qui a été celle d’Henri II à l’encontre des protestants.

 

En Mars 1560, soutenu par le prince de Condé et financé par l’Angleterre, le calviniste La Renaudie prend la tète d’une conjuration qui doit enlever les Guises et les éloigner du pouvoir. Trahis par l’un d’entre eux, les conjurés sont découverts alors qu’ils marchent vers Amboise, où se trouve la cour. Le « tumulte d’Amboise » est réprimé sans pitié, ses auteurs sont capturés, pendus, et leurs corps exposés en public. Cette conjuration, dont la sanglante issue frappe les esprits, constitue une nouveauté car la dissidence calviniste se comporte pour la première fois comme une faction politique.

 

La reine mère, Catherine de Médicis, irritée par les excès des Guises, s’efforce de trouver une voie de conciliation. C’est elle qui inspire un édit, rédigé à Amboise, quelques jours avant la conspiration, et qui accorde le pardon du roi aux réformés pour leurs fautes passées. C’est elle encore qui préconise la réunion d’un concile national et une liberté de culte provisoire, dans l’attente de la reprise des travaux du concile de Trente. Celui-ci doit en effet répondre aux questions soulevées par la Réforme, mais son déroulement est pour l’instant suspendu. C’est elle enfin qui fait nommer au poste de chancelier, en Mai 1560, un humaniste tolérant, Michel de l’Hospital.

 

Mais, quand François II meurt, en Décembre 1560, après deux années seulement de règne, et que son frère Charles IX monte sur le trône à l’age de neuf ans, Catherine de Médicis écarte les Guises du pouvoir et devient la vraie régente du royaume. Avant de mourir, François II a convoqué des Etats Généraux, qui s’ouvrent à Orléans le 13 Décembre 1560. Sous l’impulsion de la reine et de Michel de l’Hospital, une politique de conciliation est mise en place. Les faits de religion ne doivent plus être l’objet de poursuites judiciaires et, hormis les chefs de séditions, les personnes déjà détenues doivent être libérées, à condition qu’elles évitent le scandale.

 

A suivre...