X5Parfois, lorsque je me prends à rêver, je me dis que j'aimerai plus que tout au monde être quelqu'un d'autre que moi. J'aimerai avoir un corps, un visage, différents, pour que les personnes que je fréquente, que je côtoie, me regardent. Pour qu'elles viennent vers moi naturellement. Pour qu'elles me parlent véritablement. Pour qu'elles aient l'envie de partager des moments de joie et de bonheur, de rires et de concorde, en ma compagnie.

 
Pour qu'elles aient le souhait de développer leurs relations avec moi, en nous téléphonant, en nous rencontrant plus ou moins régulièrement en fonction des disponibilités de chacun(e). Tout cela, tout simplement, uniquement parce que je suis moi, que ce sont eux ou elles, et que ce plaisir d'échanger au-delà du virtuel les anime autant que moi...
 
Parfois, lorsque je me prends à rêver, je me dis que j'aimerai déchirer mon âme et mon cœur pour ne pas me sentir brisé par tant d'indifférence à mon égard. Pour ne pas me sentir isolé. Pour ne pas me sentir abandonné, trahi, blessé, par ceux et celles qui me sont chers. Pour ne pas avoir à hurler dans le vide et le silence : "Je suis là, j'existe, ne m'oubliez pas.". Pour ne pas avoir à pleurer régulièrement en suppliant - sans résultat - ces personnes de me laisser une petite place au sein de leur existence. Pour ne pas souffrir de leur distance. Pour ne pas être condamné à vivre dans l'obscurité où je suis rejeté à chaque bois que je fais un pas dans leur direction.
 
Parfois, lorsque je me prends à rêver, je me dis que j'aimerai que ma vie ressemble à celle de n'importe qui. Que j'appartienne à cette population qui ne se pose pas de questions. Qui se contente de vivre leur quotidien comme si celui-ci était le centre du monde. Qui n'a que peu d'empathie pour les autres, si ce n'est pour les gens de leur entourage immédiat. Qui prend ce qu'elle veut quand elle le veut, et comme bon lui semble, quitte à marcher sur celui ou celle qui les dérange. Qui n'a pas de scrupules à jouer les sentiments d'autrui pour mettre une femme dans son lit. Qui se moque de savoir quelles conséquences cette drague de lourdingues peut susciter chez celles qu'ils voient comme destinées à assouvir leurs sexuels plaisirs.
 
Parfois, lorsque je me prends à rêver, je me dis que j'aimerai leur ressembler pour ne plus être éternellement seul. Pour avoir le droit, juste un moment, de sentir le corps d'une femme qui me plait à mes cotés. Pour avoir l'honneur et le privilège - oui, à mes yeux c'en est un - de me perdre dans le regard d'une femme qui m'attire autant que je l'attire ; que ce soit physiquement, moralement, intellectuellement, sentimentalement, etc. Pour avoir l'honneur et le privilège que des personnes vers lesquelles je rêve d'aller, que je rêve de côtoyer, m'ouvrent les portes de leur univers autant que je leur ouvre, sans succès, les portes du mien. Pour ne pas être considéré comme quelqu'un d'à part, vers lequel on se tourne uniquement que lorsqu'on un un moment à perdre en attendant que le temps passe.
 
Pour ne pas être celui qui, si intelligent, si cultivé, si épris de savoir, de sagesse, d'évolution spirituelle, si gentil, qu'il soit, n'est rien d'autre qu'un être sans saveur qui ne mérite pas l'amitié ou l'amour de ceux et celles qu'il côtoie. Qui ne mérite que quelques échanges éphémères, avant de le mettre à l'écart de ses pensées parce qu'il est différent ; parce qu'il cherche ici ce qu'il ne parvient pas à trouver dans son environnement immédiat.
 
Alors oui, je me prends à rêver, tout en sachant que tout ceci n'arrivera pas. Que ce n'est qu'un rêve, et non un espoir. Que mes mots, une fois lus, seront oubliés, éclipsés par la réalité et ses exigences dont je ne fais pas partie. Et que, je retournerai au sein de cette nuit et de ce silence dont je tente, en vain, de m'évader. Puisque je ne suis qu'un importun condamné à s'humilier au travers des mots qu'il prononce amèrement...