X1En 1561, à Poissy, un colloque se réunit en séance solennelle en présence de la reine, du jeune roi et de sa famille. Des représentants du clergé catholique et douze ministres de l’Eglise réformée sont rassemblés pour débattre de problèmes dogmatiques. Les échanges sot d’abord courtois, mais ils n’aboutissent pas. Le climat se tend quand le général des jésuites s’adresse directement à la reine, de surcroît en italien, et qu’il la met en garde contre toute immixtion dans les affaires qui ne concernent que l’Eglise du Christ. Finalement, le colloque de Poissy est un échec qui met fin aux espoirs de réconciliation doctrinale entre les Français. Il ne reste alors plus que deux solutions aux ministres du roi catholique Charles IX : rétablir l’unité religieuse du royaume par la force ou trouver un accord politique qui fasse appel à la « tolérance civile ».

C’est la deuxième voie que choisit le chancelier Michel de l’Hospital en rédigeant en Janvier 1562 un édit qui, pour la première fois en France, autorise officiellement le culte réformé. Mais celui-ci doit d’abord se dérouler de jour et en dehors des murailles des villes du royaume. Le ministère des pasteurs est reconnu, à condition qu’ils prêtent serment aux autorités locales, et des synodes peuvent se réunir. L’édit autorise enfin la création de consistoires, ces organismes collégiaux qui dirigent les communautés calvinistes.

Mais le plus intransigeant des catholiques français, François de Guise, se dirige, le 1er Mars 1562, vers Paris. En Champagne, à Wassy, il surprend un culte protestant qui se déroule dans une grange et auquel participe un millier de fidèles. Ce culte est t’il autorisé par l’édit de Janvier ? Se déroule t’il en ville ou à la campagne ? Les hommes du duc de Guise, sans se poser ces questions de droit, se livrent à une effroyable tuerie : près de 80 personnes sont égorgées et une centaine sont blessées. Ce triste fait d’armes déchaîne les passions ; à Tours, à Sens, dans le Maine, des huguenots sont massacrés, puis, c’est au tour des protestants de recourir à la violence. L’anarchie qui s’installe en France est une aubaine pour les puissances étrangères, et Philippe II d’Espagne menace d’intervenir pour défendre le catholicisme. Elisabeth Ière d’Angleterre se fait quant à elle livrer le Havre par les chefs protestants, en échange de son aide financière.

 

En 1562 également, de religion réformée, Ambroise Paré est reçu comme barbier-chirurgien à Paris, et il fait son apprentissage à l’Hôtel-Dieu. Il est aussi formé à la rude école de la chirurgie militaire pendant les campagnes d’Italie. Au siège de Boulogne, c’est lui qui soigne François de Guise, dont la blessure au visage vaut alors à ce dernier le surnom de « Balafré ». Puis, Ambroise Paré devient le premier chirurgien du roi Charles IX.

Paré, s’il croit aux prodiges et aux monstres, et si ses cataplasmes n’empêchent pas les plaies de s’infecter, n’en n’est pas moins un grand novateur. Il réfléchit sur les blessures par balle et comprend que la poudre des armes à feu n’est pas un poison qui est responsable de la mort des blessés. Son grand apport est de remplacer, au cours des opérations, la cautérisation au fer rouge par la ligature des artères. De plus, s’il lit les médecins de l’Antiquité, comme Hippocrate et Galien, c’est en français qu’il écrit plusieurs ouvrages et il n’hésite ni à attaquer certaines doctrines anciennes, ni à lutter contre les préjugés.

 

En 1562 toujours, paraît un ouvrage, « l’Exhortation aux Princes ». Ce texte est écrit par un catholique qui pense surtout en termes de raison politique. Pour lui, la tolérance est un remède pour préserver l’unité de la nation malgré les divisions religieuses.

Après ce manifeste, c’est un protestant, Castellion, qui écrit « le Conseil à la France Désolée ». Sa perspective est tout à fait différente car, en rappelant que le Christ a prêché la patience, l’accueil, la douceur et l’humilité, il défend le respect de l’autre religion au nom de la morale chrétienne.

La position de Michel de l’Hospital, quant à elle, se situe entre ces deux points de vue, le moral et le politique, ce qui l’éloigne de Catherine de Médicis, qui finit par consentir à la répression pour « raison d’Etat ».

 

Mi 1562, au cours du siège d’Orléans, tenue par les réformés, le duc François de Guise est assassiné. Bien que l’opinion publique en rende responsable le chef protestant Coligny, cette disparition permet à Catherine de Médicis d’apaiser les esprits. En 1563, un nouvel édit est rédigé à Amboise. Comme il fixe des bornes rigides au protestantisme, il est mal accueilli par les autorités réformés, et sa tolérance est jugée trop grande par les catholiques. Il donne cependant au pays deux années de paix, pendant lesquelles Catherine de Médicis organise un tour de France pour le jeune roi Charles IX, afin de lui présenter son royaume. Malgré tout, en 1567, les guerres civiles reprennent.

 

A cette date, Catherine de Médicis, en proie en doute face à la flambée de violence qui agite le royaume – de même que Charles IX -, s’entiche d’Astrologie et de Sciences Occultes. Elle fait alors bientôt de Michel de Nostre-Dame – ou « Nostradamus » - son Devin de Cour. Et celui-ci lui annonce peu après la prise du pouvoir dans un avenir plus ou moins proche, d’Henri de Navarre – Henri IV -, puis de la dynastie des Bourbons. « En effet, lui révèle t’il, ce dernier aura pour descendants Louis XIII et Louis XIV. ».

Dès lors, certaines rumeurs commencent à se répandre à travers la capitale : Catherine de Médicis s’adonnerait à la Magie Noire en compagnie de Nostradamus ; d’autres supposent qu’elle est devenue Sorcière.

 

De son coté, Jean Bodin fait publier en 1568 une « Réponse aux Paradoxes de M. Malestroit », qui est le premier traité d’économie européen. Dans cet ouvrage, il cherche les raisons de la flambée des prix, et il l’explique par l’afflux d’argent résultant de la colonisation américaine. Jean Bodin a bientôt de nombreux disciples ; tandis qu’Antoine de Montchrestien, qui donne son nom à cette nouvelle science, publie en 1615 un « Traité de l’Economie Politique ».

Quant à Philibert Delorme, en 1569, fils et petit fils de maîtres maçons, il laisse une œuvre écrite importante : « le Premier Tome de l’Architecture » unit pour la première fois l’expérience et la théorie : « L’architecte doit avoir des connaissances techniques et du talent, mais aussi le sens de l’administration. Il faut qu’il ne soit pas du tout ignorant de philosophie, des mathématiques, ni aussi de l’histoire pour rendre raison de ce qu’il fait. Il doit savoir discerner la nature des lieux, les parties du monde, la qualité des eaux, assiettes et propriétés des vents, la bonté des bois, des sables et le naturel des pierres. ».

Philibert Delorme reçoit des commandes du pape, de Diane de Poitiers, et, protégé par Henri III, il bâtit Limours, Anet, Montceaux, Saint-Germain en Laye. Son ascension rapide et son mauvais caractère lui attirent des inimitiés et des moqueries. Mais Catherine de Médicis, consciente de son génie, lui confie de grands projets. Théoricien des proportions, maître de l’école classique avec Pierre Lescot et Jean Goujon, Philibert Delorme innove aussi dans le domaine technique : il remplace les énormes pièces de bois nécessaires à la construction des charpentes de grande portée par un assemblage de petites pièces à faible section.

 

A suivre...