X2Pourtant, en 1570, après deux ans de violences, l’édit de Saint-Germain en Laye semble assurer le triomphe des « politiques », partisans de la paix civile, regroupés autour du chancelier Michel de l’Hospital et du connétable de Montmorency. Mais ces efforts sont remis en cause par la situation aux Pays-Bas et par la faiblesse du pouvoir : les édits de pacification, qui renoncent à l’axiome « une foi, une loi, un roi », scandalisent les catholiques.

De fait, chez les Guises, la haine grandit contre le puissant amiral de Coligny, calviniste, qui exerce une influence croissante sur le jeune Charles IX. Coligny presse le roi de soutenir – aux Pays-Bas - par les armes le parti des gueux contre Philippe II d’Espagne ; le 6 Août, en plein Conseil, il ose même menacer Catherine de Médicis de guerre civile si elle refuse cette intervention à l’étranger. Pour sauver la paix, la reine décide de faire abattre l’amiral ; ainsi, le 22 Août, celui-ci est atteint au bras par un coup d’arquebuse. L’auteur de l’attentat est un homme des Guises, mais, dans les milieux réformés, on accuse la reine.

Catherine, se sentant démasquée, décide d’en finir avec le parti protestant : elle arrache au roi son accord et prépare le massacre.

Et, à l’occasion du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, , célébré le 18 Août, de nombreux seigneurs protestants viennent habiter au Louvre : le 24 Août, ils sont surpris dans leur sommeil par les Suisses et exécutés. Henri de Navarre est sommé d’abjurer. De son coté, Henri de Guise, accompagné d’hommes d’armes, se rend chez Coligny et le tue. A la même heure, les massacres commencent à Paris, et la population déchaînée règle ses comptes, faisant plus de 3000 victimes ; en province, sur ordre de Charles IX, les meurtres se poursuivent durant tout le mois de Septembre.

Ces atrocités sont connues à l’étranger. Le pape, à qui l’on présente le massacre comme une réponse au complot protestant, applaudit. Philippe II fait entonner un Te Deum. Les chefs épargnés se réfugient à Genève et à Bâle ; d’autres se regroupent à La Rochelle, assiégée par les armées royales. Le bain de sang a creusé un fossé infranchissable : les protestants ont perdu toute confiance dans le roi et s’organisent en conséquence – certaines villes, comme Nîmes, Montauban et La Rochelle, passent sous leur loi.

Puis, en Juillet 1572, Henri, troisième fils de Henri II et de Catherine de Médicis, est élu au trône de Pologne. Préoccupé par la situation française, il se rend sans enthousiasme dans sa nouvelle capitale : Charles IX, son frère aîné, n’a pas de fils et phtisique, il peut mourir brusquement. François, leur cadet, s’unit aux modérés, comme Montmorency, et prend la tète des « malcontents ». Ce « tiers parti », qui a la faveur des réformés, prône une politique équivoque de tolérance, destinée à protéger l’unité de l’Etat.

Quand Charles IX s’éteint, le 30 Mai 1574, épuisé moralement et physiquement, Henri s’empresse de se rendre à Paris pour recueillir la couronne et contrecarrer les agissements de son cadet. Les violences se rallument. François tend la main aux réformés et rejoint les troupes qui, réunies par le prince de Condé et par l’Electeur palatin, envahissent l’Est de la France. Faute de subsides, Henri III signe la paix, suivie de l’édit de Beaulieu – 1576 - : la Saint-Barthélemy est condamnée, les protestants obtiennent le libre exercice du culte – sauf à Paris -, huit places de sûreté et la présence de chambres mi-parties dans chaque Parlement. Cet édit, jugé trop libéral, indigne les catholiques, dont les passions antiprotestantes ont été exacerbées par les furies iconoclastes.

C’est alors la formation de la Ligue – déjà ébauchée dans plusieurs régions -, dont l’acte de naissance officiel a lieu à Péronne, place qu’elle refuse de livrer aux protestants en dépit des prescriptions de Beaulieu.

Si Henri de Guise, dit « le Balafré », est le chef incontesté de la Ligue, c’est Henri III qui en prend la direction afin de mieux la contrôler. Le roi s’efforce alors de rétablir l’ordre et d’imposer sa loi. En 1577, la guerre reprend. Quelques mois plus tard, la paix de Bergerac y met un terme, et un nouvel édit revient sur certaines concessions de celui de Beaulieu. Mais d’autres événements compromettent bientôt l’espoir de détente et rallument les hostilités. La « septième guerre de Religion » - 1579-1580 – se conclut par la fragile paix de Fleix. Aux Pays-Bas, la révolte des gueux s’est transformée en révolte générale, soutenue par les protestants français, solidaires de leurs frères néerlandais.

En 1580 également, Henri III édicte un règlement qui institue une étiquette sévère et un cérémonial de plus en plus formaliste. La cour, suivant l’exemple italien, s’habille luxueusement : robes d’une ampleur démesurée, pourpoints à « passeron » - bosse dans le dos -, fraises empesées et couleurs vives. Il est vrai que le roi manifeste un goût étrange pour les riches étoffes, les bijoux, les parfums et les travestissements. De nombreux pamphlets brocardent les « mignons » - ducs d’Epernon et de Joyeuse, comte de Guiche -, compagnons d’armes et de fêtes qu’Henri III couvre de libéralités.

François, quant à lui, apporte son aide aux révoltés, pour entamer la puissance de Philippe II. Comme il est le seul héritier direct d’Henri III, sa mort, en 1584, fait d’Henri de Navarre, descendant du sixième fils de Saint-Louis, le prétendant au trône. Le royaume peut t’il accepter pour futur roi un prince hérétique, relaps qui plus est ? Le réveil de la Ligue est la réponse de la France catholique.

Car le duc de Guise, appointé par le roi d’Espagne, est très populaire. Henri III lui interdit pourtant l’entrée de la ville, mais doit lui même fuir sa capitale après la journée des Barricades, le 12 Mai 1588. Convoqué aux Etats Généraux de Blois, le Balafré est poignardé dans le château, le 23 Décembre, par la garde personnelle du roi. Il ne s’agit pas d’un assassinat, mais de l’exécution particulière d’une condamnation prononcée par le roi, juge suprême.

A suivre...